CID 51 Modélisation, et analyse des données et des systèmes biologiques : approches informatiques, mathématiques et physique

XI. Verrous institutionnels

Même si l'interdisciplinarité en biologie est souvent présentée comme prioritaire dans les discours de politique scientifique, beaucoup de verrous institutionnels freinent son développement. Ces verrous sont le résultat de contraintes diverses. Premièrement, la structuration de l'activité de recherche en universités, instituts ou UFRs disciplinaires, complique l'émergence de domaines interdisciplinaires. Cette structuration impose aussi des contraintes de recrutement, d'affectation ou d'évaluation qui défavorisent les chercheurs interdisciplinaires car ils se trouvent en général face à des arbitrages et des jurys aux compétences centrées sur une seule discipline. Le CNRS a l'originalité d'avoir développé les CIDs pour le recrutement et la co-évaluation des chercheurs interdisciplinaires. Cela a permis une intégration forte de compétences autour de la modélisation et l'analyse de données en biologie, sans pour autant résoudre entièrement les problèmes de recrutement. En effet, le nombre de candidats dans la CID51 est de l'ordre de 60 par poste non colorié (ouvert à plusieurs instituts disciplinaires), plus que la moyenne au CNRS. À l'université, la situation est encore plus délicate pour les enseignants-chercheurs dans des domaines interdisciplinaires car les postes dépendent des besoins en enseignement des UFRs et ont donc tendance à favoriser l'aspect disciplinaire des profils. La division du CNU et des UFRs en domaines strictement disciplinaires rendent aussi difficile la promotion des enseignants-chercheurs et le développement de laboratoires interdisciplinaires. La création des très grandes unités CNRS centrées autour d'une discipline pourra rendre la situation encore plus délicate s'il n'y a pas un effort d'évaluation spécifique des équipes interdisciplinaires. Bien évidemment, la situation n'est guère plus favorable dans les nombreux établissements français de recherche mono-disciplinaires.

Les financements sur projet ainsi que le recrutement de doctorants peuvent aussi être plus complexes pour les chercheurs à l'interface par manque de soutien des commissions d'évaluation, typiquement disciplinaires. Dans l'environnement actuel, avec des taux très faibles d'acceptation de dossiers, les commissions d'évaluation, souvent peu à même de s'assurer de la qualité des projets interdisciplinaires, ne prennent pas le risque de les soutenir. Les différents modes de fonctionnement de chaque communauté compliquent aussi la structuration de la recherche et la publication des résultats. L'influence grandissante des financements par projet et l'importance du prestige de la liste de publications pour l'obtention de ces financements risquent donc de freiner considérablement le développement de l'interface entre la biologie et d'autres domaines de recherche.