Section 24 Physiologie, vieillissement, tumorigenèse

VI. Place des ITA

Les ITA forment, au même titre que les chercheurs, une composante incontournable de la recherche. Ces personnels jouent un rôle moteur dans la transmission des techniques, le maintien des compétences ainsi que dans la gestion des unités. Les ITA ont vu leurs tâches augmentées et devenir d'années en années plus complexes du fait d'une technicité de plus en plus poussée et de l'élargissement de leur champ d'action. Le rapport de la mandature 2000-2004 indiquait déjà que « la crise de la recherche [tenait] pour une part à la crise du personnel ITA » mais n'a pas donné lieu à un changement de politique.

Le faible recrutement en ITA n'a fait que s'accentuer au cours des dernières années. Facteur aggravant la pyramide des âges augure de nombreux départs en retraite. La création de plateformes techniques a permis d'amortir en partie la pénurie d'ITA sur certaines problématiques de pointe en mutualisant personnels et compétences. En contrepartie, le nombre d'ITA affectés directement aux équipes a drastiquement baissé. Le non-renouvellement des postes pérennes entraîne une perte massive des savoir-faire, des problèmes de suivi des travaux de recherche et un moindre investissement du personnel technique dans la culture scientifique. Il induit aussi un coût élevé qui ampute les moyens, déjà limités, des laboratoires ainsi qu'une impossibilité de planification à long terme due au caractère souvent aléatoire des ressources nécessaires. Un effort doit rapidement être fait pour inverser cette tendance qui nuit au bon fonctionnement des structures de recherche, avec un renforcement des effectifs ITA pour stabiliser les compétences dont les équipes ont besoin.

La faible évolution de la valorisation des carrières ainsi que le nombre restreint de promotions est un facteur de démotivation important pour le personnel ITA. Ainsi que le préconise le rapport Pêcheur, il est nécessaire de « définir un cadre salarial motivant et assurer des parcours professionnels de qualité [en] repensant les structures des carrières et des classifications dans la perspective d'une rénovation de la grille ». Ainsi, la mise en œuvre d'une politique de reconnaissance de l'expérience et de la qualité du travail est indispensable, y compris au niveau des travaux de routine, en donnant davantage de sens à l'avancement, par la rémunération et la prise de responsabilités. Des plans de formation doivent être mis en place pour permettre aux ITA de s'adapter à l'évolution continue des métiers et des fonctions dans le domaine des sciences du vivant.

Motiver une forte implication des ITA dans l'encadrement technique et dans la vie administrative des unités est d'autant plus crucial que leur travail accompagne et valorise la recherche.

En guise de conclusion : perspectives et recommandations

Outre les questions égrainées dans les différents paragraphes, nous considérons comme important de développer les recherches concernant :

Les interactions gènes-fonctions-environnement qui peuvent impacter de multiples systèmes régulateurs et de communication.Les conséquences de l'inflammation, de la sénescence cellulaire et du vieillissement en physiologie et pathologie. La physiologie intégrative prenant en compte les interactions multiples et complexes entre organes et entre organes et système nerveux central.Les mécanismes s'inscrivant dans un continuum entre physiologie et pathologie, compréhension mutuelle de l'une par l'autre.Les nouveaux modèles (souris humanisées, modèles cellulaires, cellules souches – iPS).Les nouvelles approches génétiques de haute précision (multiplex), « genome editing » (TALEN, CRISPR, ZFN) au niveau de la cellule et de l'organisme ; incluant le locus-specific editing des modifications épigénétiques des histones.Le phénotypage préclinique intégrant les données de la biologie à haut débit (big data analysis).La modélisation du(des) « Physiome(s) » (EuroPhysiome, VPH : Virtual Physiological Human, VPR : Virtual Physiological Rat). Nécessité d'intégrer différentes disciplines relevant du champ de la section (physiologie suivant l'organe ou la fonction, électrophysiologie, contrôle métabolique) mais aussi d'autres sections (fluidique, biomécanique, thermodynamique des systèmes, théorie des systèmes)
Optimisation de l'utilisation des banques de ressources biologiques (sang, plasma, ADN, tissus) et centres de ressources concentrant l'exploitation des banques de données.Décloisonnement de la recherche, de la recherche d'amont à la recherche translationnelle, et organisation de l'interdisciplinarité, avec en particulier la physique (biomatériaux) et les mathématiques (interprétation et robustesse des données de biologie à haut débit, modélisation).Regroupement thématique et non thématique assurant autour de plateaux techniques performants une masse critique, une visibilité et des opportunités d'interactions élargies.Émergence de jeunes équipes au sein de sites identifiés par leur niveau scientifique et leur masse critique qu'ils représentent.Maintien d'un pool de techniciens et ingénieurs important au sein des plates-formes, mais aussi des équipes dont ils sont une mémoire active et garants de la préservation de certains savoir-faire.Formation de jeunes scientifiques capables de produire des données à grande échelle (NGS, MS-based OMICS technologies) et d'analyser ces données.Meilleur équilibre entre les dotations récurrentes et les financements sur projets.Équilibre entre émergence et recherche ciblée, en s'appuyant sur une recherche d'amont forte.Dédier une partie des investissements (financiers et humains) à des projets à risque ou à haut risque avec de fortes capacités d'innovation.Intégration des stratégies de recherche des multiples organismes français opérant dans les Sciences de la Vie.