Section 35 Sciences philosophiques et philologiques, sciences de l'art

V. L'information scientifique et technique et la section 35

Sont examinées les unités qui ont la section 35 en rattachement exclusif ou principal. L'IRHT fait cependant partie des unités examinées même si la section 35 est son rattachement secondaire, car il offre une réflexion intéressante sur le numérique (pôle dédié) et une organisation fonctionnelle de ses nombreuses bases de données. Une liste détaillée par type de ressource sera fournie en annexe.

Sont examinés les revues, les fonds documentaires (bibliothèques des laboratoires et autres fonds), les bases de données et les autres archives (dictionnaires ou plate-formes). Les collections ne font pas partie de l'information scientifique stricto sensu mais de l'activité éditoriale des laboratoires ou de leurs membres dont ce rapport tient également à rendre compte.

A. Revues

Les unités de la section sont impliquées dans la parution de 11 revues exclusivement francophones, toutes les autres étant bilingues ou multilingues. 15 revues paraissent uniquement en format papier, avec leurs descriptif et sommaires en ligne. Presque toutes ont des résumés soit bilingues, soit multilingues et la majorité contiennent des comptes rendus d'ouvrages. La plupart des revues ont adopté le double support, papier et numérique, mais avec des pratiques variables quant à la diffusion numérique : certaines (une douzaine) sont en accès libre sans embargo, via soit des sites dédiés, soit des sites des laboratoires, soit la plate-forme revues.org ; la majorité est en accès libre avec embargo (variable, de 1 à 3 ans, rarement plus) sur des plate-formes comme Cairn ou MUSE, donc accessibles via biblioSHS ; trois sont en accès uniquement payant sur le site de leur éditeur commercial. Certains laboratoires (minoritaires) ont une revue de doctorants ou « jeunes chercheurs », gérée par les intéressés. Ces revues sont uniquement en ligne.

B. Fonds documentaires

C'est le minimum de l'information scientifique que peut fournir un laboratoire. Les catalogues sont consultables en ligne (moteurs de recherche des bibliothèques classiques) sur le site du laboratoire ou intégrés dans des ensembles plus vastes quand les bibliothèques font partie de réseaux documentaires ou de catalogues d'établissements universitaires. On note l'originalité d'un fonds qui, au lieu d'un simple catalogue, a mis en place un carnet de recherche (MSH de Clermont-Ferrand), ainsi que les « étagères virtuelles » (thématiques) de la bibliothèque de l'Institut français du Japon. Les fonds documentaires en format PDF sont difficiles à consulter. Certains fonds spécialisés alimentent des bases de données : manuscrits pour l'Institut français de Pondichéry, iconographie musicale ou bibliographie Rameau pour l'IReMus.

C. Bases de données

Leurs thématiques varient beaucoup, selon les domaines de recherche et les programmes des unités. Les bases issues de collaborations internationales institutionnelles (conventions entre organismes ou établissements) sont rares, mais quelques autres ont des collaborateurs étrangers individuels. Sans surprise, les bases les plus riches et les plus fonctionnelles sont celles des laboratoires disposant d'une infrastructure adéquate et de personnel spécialisé en nombre suffisant (ingénieurs et techniciens en analyse de sources, documentalistes, développeurs web, etc.). À l'exception de l'Année Philologique, la consultation des bases est libre et gratuite, requiert parfois une inscription pour ouvrir un compte, ce qui garantit une meilleure sécurité pour les données. Certaines bases sont hébergées dans Huma-Num : leur nombre n'atteint cependant pas la moitié du total, ce qui est peu par rapport à leur grand nombre.

D. Collections

Les laboratoires ont souvent une ou plusieurs collections propres, ce qui donne plus de visibilité à leurs travaux, même dans le cas le plus fréquent où l'éditeur des collections est une maison commerciale et non institutionnelle (CESR, Centre Jean-Pépin, LIRE, STL, THALIM, IReMus, ITEM, USR Georges-Dumézil, IFP, Institut français d'études andines, USR Asie orientale). L'éditeur institutionnel facilite souvent l'accès aux sommaires et descriptions scientifiques et non commerciales des ouvrages, ou fonctionne comme support de réflexion sur des questions importantes de politique éditoriale : rôle du numérique, diffusion des travaux savants, regroupements thématiques etc. Dans le cas où il n'existe pas de collections « maison », on trouve dans la majorité des laboratoires un ou plusieurs chercheurs (co-) dirigeant une ou plusieurs collections, souvent avec des collègues de laboratoire(s) aux thématiques proches ou, dans le cas des collections à dominante artistique, avec des spécialistes ou des critiques du domaine artistique concerné (CRAL, Centre Léon-Robin, Archives Husserl). Il existe peu de collections accessibles uniquement par voie électronique (les « traductions introuvables » du CESR, qui contiennent des textes du théâtre anglais médiéval et renaissant ; « Silexicales » de STL et les collections de l'Institut Georges-Dumézil ; la nouvelle collection « Arts et photographie » dirigée par un membre du CRAL). La langue privilégiée est le français, mais certaines collections sont multilingues par conviction éditoriale ou parce qu'elles publient des ouvrages collectifs multilingues par essence (actes de colloques, journées d'étude internationales, mélanges). On dénombre quatre collections exclusivement anglophones (trois à STL, une nouvelle collection dirigée par un membre de l'Institut Jean-Nicod).

E. Autres ressources

Moins de la moitié des laboratoires pratiquent le dépôt de leurs travaux (déjà parus ou à venir) dans un site d'archive ouverte comme HAL. Moins nombreux encore sont ceux dont le site possède un espace en accès libre dédié aux travaux de leurs membres (comme le site Dipnot de l'Institut Dumézil à Istanbul). À noter, la base originale Wikicréation de l'Institut ACTE (site participatif encyclopédique et pluridisciplinaire sur la création), le site des réseaux internationaux auxquels participe l'Institut Jean-Nicod et son équivalent participatif, la plate-forme collaborative de l'ITEM destinée au travail à distance et à plusieurs, ainsi que le portail biodiversité de l'Institut français de Pondichéry. La plate-forme TELMA de l'IRHT met le numérique au service de l'édition des corpus et du référencement des données. L'EquipEx Biblissima, observatoire du patrimoine écrit du Moyen Âge et de la Renaissance (histoire des bibliothèques et circulation de l'écrit en Occident du viiie au xviiie siècle, dans plusieurs langues) compte parmi ses participants le CESR de Tours et l'IRHT ; il est financé jusqu'en 2019.

F. Bilan

Parmi les points forts du dispositif, on notera le maintien de la francophonie ou du plurilinguisme, tant pour les revues que pour les bases de données ; l'utilisation à bon escient de la plate-forme revues.org dont l'accès est gratuit, parfois après embargo imposé par la revue ; la grande diversité thématique des bases ; le libre accès à presque toutes les bases de données et archives, l'esthétique et la fonctionnalité des sites ; l'équilibre entre papier et numérique pour un grand nombre de publications qui ont gardé un double support et n'envisagent pas le numérique comme un calque ou un remplacement du papier mais comme un support obéissant à des règles spécifiques d'édition et de présentation ; l'implémentation de fichiers audio et souvent vidéo ; la communication entre les ressources numériques soit à l'intérieur d'un laboratoire via des outils fédérateurs, soit avec les ressources externes, facilitée par l'interopérabilité des données des différentes bases ; la numérisation soit par le laboratoire, soit en lien avec Gallica (Bibliothèque nationale de France) ou d'autres plate-formes de documents numérisés, rend accessibles des documents anciens introuvables. Une mention spéciale revient à la réflexion sur le livre électronique et la complémentarité papier/numérique menée aux Presses universitaires François-Rabelais de Tours, en collaboration avec d'autres éditeurs universitaires et des ressources CNRS (TGIR, CLEO).

Concernant l'activité éditoriale, elle semble se porter bien, compte tenu du nombre des collections recensé. L'existence de nouvelles collections témoigne d'une recherche de nouvelles voies et thématiques. Les collections sont une marque encourageante de l'attachement à la francophonie et au plurilinguisme : l'anglophonie exclusive est ultra-minoritaire. À l'ère où l'idée de la « disparition progressive du livre imprimé » envahit l'espace public sans réflexion approfondie sur la question, les collections, constituées de volumes papier, peuvent donner l'occasion d'un débat sur l'imminence de cette disparition annoncée, sur le rôle du numérique et sur la place du livre imprimé pour diffuser les travaux savants dans la communauté scientifique, mais aussi vers le grand public.

Parmi les faiblesses, il faut noter la grande dispersion des bases de données, chaque laboratoire aspirant à en avoir une ou plusieurs. Les « humanités numériques » servent parfois d'emballage, sans réflexion de fond : le contenant vaut contenu. Le TGIR Huma-Num est sous-utilisé, alors qu'il serait l'endroit idéal pour fédérer toutes ces bases, offrir l'infrastructure technique, la sécurité et l'harmonisation des pratiques et des normes, aider à la publicité des bases et à leur développement international. Les services qu'Huma-Num peut rendre gagnent à être plus connus, non seulement par la voie institutionnelle (bulletin d'informations de l'InSHS), mais peut-être aussi par une communication directe avec les laboratoires, qui hésitent souvent à faire appel à ce TGIR. L'absence du minimum requis (une base bibliographique des publications du laboratoire) et le non respect des règles internationales de l'ISBD par certaines bases bibliographiques constituent une autre faiblesse. La question de l'embargo (barrière mobile) est un sujet sensible qui mériterait un large débat incluant la participation des revues, mais aussi des institutions, dont le CNRS et les universités, et tenant compte des nécessités de la protection contre le copiage et le plagiat.

G. Questions

Au moins la moitié des bases de données en ligne sont l'émanation de programmes limités dans le temps (ANR, ERC, bourses post-doctorales, contrats doctoraux etc.) ; leur financement et leur personnel le sont donc aussi. Même un EquipEx n'est pas pérenne, malgré l'importance de son financement qui permet de réaliser des projets dans les délais impartis. Or ces bases, dès lors que leur création répond à une réelle demande des chercheurs et que leur pertinence est garantie (contrairement à la masse incontrôlée des données offerte par les moteurs de recherche généralistes du web), ont une vocation pérenne ; elles ont besoin d'une mise à jour régulière de leur contenu et de leur infrastructure logicielle. Si elles reposent sur des personnels précaires ou si leur financement durable n'est pas assuré, elles risquent tout simplement de disparaître du paysage, car une base figée n'est plus consultée et ne remplit plus sa mission envers la communauté scientifique.

Qu'en est-il de l'avenir de l'information scientifique au CNRS ? À l'heure des ComUE, de nouvelles dispositions semblent se dessiner pour l'IST. Comment articuler une stratégie d'information scientifique et technique propre au CNRS, fondée sur les besoins de la recherche dans ses laboratoires, ouverte à la formation, fruit de l'expertise, des savoirs et savoir-faire des personnels scientifiques et techniques de ces unités, avec une stratégie de « visibilité » et de fusions-mutualisations visant à des regroupements par grands pôles ? Comment éviter la dilution des fonds documentaires spécialisés dans des grands ensembles et comment garantir et pérenniser les métiers grâce auxquels ces fonds ont été constitués et continuent à rendre service à la communauté des chercheurs ? Quelle place pour la TGIR Huma-Num, investissement important de l'Institut des Sciences humaines et sociales, dans un paysage de fusions-mutualisations des bases de données par grands pôles notamment régionaux ?