Section 31 Hommes et milieux : évolution, interactions

V. Géographie physique et environnementale

Correspondances CNU : 23e section

Thématiques générales et temporalités

Les recherches de la communauté des géographes physiciens et de l'environnement s'articulent autour des thématiques 1) des impacts géomorphologiques et environnementaux des actions anthropiques et plus généralement des changements globaux, 2) des aléas naturels et/ou anthropiques et des risques associés et 3) de la gestion environnementale des milieux anthropisés, des ressources et des services écosystémiques associés. Les notions de résistance aux changements, de seuils, de résilience et de durabilité sont abordées de façon transversale, interdisciplinaire, systémique et à des échelles spatiales et temporelles emboîtées.

L'analyse des changements récents, largement contrôlés par des pressions anthropiques exacerbées, est replacée dans une temporalité longue, multi-séculaire à multi-millénaire, dans laquelle se manifestent les effets de l'évolution climatique en co-évolution depuis le Néolithique avec ceux des activités humaines. L'élaboration croissante de scénarios prospectifs incluant la gestion, repose sur des modélisations pouvant être articulées avec les trajectoires temporelles longues.

Grands milieux et problématiques

Les environnements qui concentrent le plus de recherches du fait des enjeux qui y sont liés, et les principales problématiques associées, sont les suivants : 1) les littoraux : tempêtes tsunamis, variations du niveau de la mer et gestions de leurs effets ; 2) les hydrosystèmes continentaux (cours d'eau et lacs) : gestion/restauration des hydrosystèmes continentaux anthropisés, évaluation des ressources et des services écosystémiques, gestion et mitigation des risques ; 3) la moyenne et haute montagne, y compris les volcans : dynamiques des versants et des torrents et gestion en termes de risques, gestion et modélisation des glaciers. Ces milieux concernent aussi bien les latitudes tropicales, tempérées que froides. Enfin, le karst constitue également un environnement particulier durant les périodes préhistoriques. Mais il souffre d'un manque important d'investigations sur son évolution géomorphologique, la taphonomie de ses parois, son histoire paléoenvironnentale, ses fréquentations par les communautés animales ou humaines, sa conservation (en dehors de quelques sites ornés particulièrement célèbres).

Acteurs, structuration du champ

La communauté des chercheurs CNRS travaillant sur les processus actuels, principalement géomorphologues, glaciologues, voire géochimistes, est relativement faible ; la plupart des recrutements récents ayant eu lieu dans les universités (MCF et PR). La discipline est cependant en partie menacée au sein des universités, où l'évolution de la géographique tend à marginaliser l'étude des processus physiques en faveur d'une géographie où l'environnement est abordé avec un regard de plus en plus sociétal. La section 31 souhaite motiver ses jeunes chercheurs à faire acte de candidature au CNRS (section 31, CID 52), notamment sur des profils complémentaires de ceux des universités. Il existe en effet un vivier d'excellente qualité dont la communauté scientifique a besoin.

Sur les dix unités opérées par la section 31 qui mènent des recherches en géographie physique et environnementale, celles qui lui sont principalement rattachées accueillent un total d'une vingtaine de chercheurs, dont le quart partira à la retraite avant 2020. Il s'agit de :

– l'UMR5204 (EDyTeM) de Chambéry (n = 7) ;

– l'UMR6554 (LETG) du « Grand Ouest » (n = 5) ;

– l'UMR5608 (GEODE) de Toulouse (n = 5) ;

– l'UMR6042 (GÉOLAB) de Clermont-Ferrand (n = 1) ;

– l'UMR8591(LGP) de Meudon-Bellevue (n = 1) ;

Certains géographes physiciens sont intégrés en tant que chercheurs à des laboratoires en rattachement secondaire INEE et en rattachement principal en SHS (39), ce qui est par exemple le cas de l'UMR 5600 (EVS) de Lyon.

Quelques géographes physiciens isolés sont intégrés en tant que chercheurs à des laboratoires qui relèvent d'une autre section :

– UMR7044 (IPGS) de Strasbourg (n = 1) ;

– UMR6524 (LMV) de Clermont-Ferrand (n = 1) ;

– ENC de Paris (n = 1).

Principaux partenaires français du CNRS dans ce domaine

Universités ;Institut de Recherche pour le Développement (IRD) ;Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) ;Office National de l'Eau et des Milieux Aquatiques (ONEMA) ;Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture (IRSTEA) ;Institut National de l'Information Géographique et Forestière (IGN) ;Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) ;Météo-France ;Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer (IFREMER) ;Ministère des Affaires Étrangères et Européennes (MAE) ;Ministère de l'Écologie, du Développement Durable et de l'Énergie (MEDDE) ;Commissariat à l'Énergie Atomique (CEA).

Outils

L'acquisition de données de terrain géo-référencées, qui reste fondamentale, conduit à la constitution de bases de données de plus en plus volumineuses qui doivent être bancarisées. Les principaux types de données, et les moyens humains particuliers qu'ils requièrent, sont les suivants : 1) des données ponctuelles comme des levés topographiques, des carottages sédimentaires ou dendrologiques, des traçages de particules (sédiments, embâcles...) ; 2) des monitorings en continu de terrain comme des acquisitions de données limnimétriques, hydrométriques ou thermiques, d'images ou de vidéos, etc. Ce type de données, qui peut conduire à la mise en place d'observatoires pérennes, nécessite des moyens techniques conséquents ; 3) un spectre large des données géomatiques : télédétection (de la haute résolution temporelle est aujourd'hui possible avec certains satellites), LIDAR (terrestre, aéroporté, voire bathymétrique), photographies aériennes et images IR thermiques, photogrammétrie, images acquises à l'aide de drones ou de paramoteurs à haute résolution spatiale, prospections géophysiques de surface et sub-surface. Ces dernières données peuvent notamment être traitées à l'aide de techniques de modélisation spatiale, de modélisation temporelle, de géostatistiques ou de data mining.

Contexte, thèmes porteurs, besoins de recrutements

Les transformations liées aux activités anthropiques se positionnent au cœur de ces recherches. L'évolution récente de la recherche, notamment en lien avec les gestionnaires de l'environnement, sans oublier les programmes ANR et européens, est très forte depuis une décennie. Les contextes multi-établissements sont très positifs car ils ont fréquemment engendré de nouvelles collaborations (LABEX, DIPEE, ZA...). De ce fait, de nombreux jeunes docteurs trouvent des emplois dans des organismes autres que le CNRS, notamment dans le domaine opérationnel (gestionnaires, collectivités territoriales, Agence de l'Eau, ONEMA...).

Les besoins en recrutement portent avant tout sur les approches fondamentales pour avancer méthodologiquement de façon indépendante par rapport aux attentes opérationnelles, mêmes si elles peuvent être partiellement liées à ces dernières.

Concernant les chercheurs, les besoins concernent les thématiques suivantes : 1) l'analyse de la réponse des milieux aux changements environnementaux : reculs de traits de côtes ou des glaciers, dynamiques de versants, ajustements des cours d'eau, suivi et modélisation du transport sédimentaire, avec pour application sociétale la restauration des milieux et leur gestion ; 2) l'analyse des risques environnementaux en lien avec l'accroissement de l'aléa (changement du climat, forçage anthropique) ou de la vulnérabilité (accroissement de l'exposition des biens et personnes). Ces études d'aléas et de risques nécessitent des profils plus fondamentaux que des profils étroitement liés aux besoins des gestionnaires (exemple : modélisation de l'aléa). Cette thématique est d'autant plus prioritaire en section 31 que les géographes physiciens n'ont pas de représentants à la section 39, ce qui réduit les chances de jeunes candidats issus de notre discipline ; 3) les interactions de la géomorphologie avec les systèmes biologiques. Ce thème, qui relève de la biogéomorphologie, est d'un intérêt international. À titre d'exemple, on peut citer l'incidence de l'installation de communautés biologiques sur les mécanismes physiques et la construction des géoformes, l'utilisation des communautés biologiques pour reconstruire l'évolution spatio-temporelle des processus géomorphologiques (bio-indication) ou encore les synergies entre les deux compartiments à la base de services écosystémiques ; 4) l'hydrologie de surface et l'éco-hydrologie en lien avec des problématiques de gestion durable de la ressource hydrique, de gestion des risques ou d'aménagement durable des territoires ; 5) l'étude des environnements karstiques.

Concernant les IT, les besoins les plus pressants concernent 1) l'acquisition de données de terrain, notamment dans le cadre de monitorings en continu. La gestion d'importants parcs d'instruments lourds à déployer et à entretenir (observatoires...), peut devenir un frein qui rend le personnel IT indispensable ; 2) les traitements mathématiques de jeux de données de plus en plus lourds, le cas échéant de nature différente, requièrent également des moyens humains en gestion de bases de données, modélisation, géostatistiques et en développement informatique.