Section 33 Mondes modernes et contemporains

Revues et publications

La question des revues et publications est un sujet pour lequel la section ne disposait d'aucun indicateur quantitatif ou qualitatif fiable. Les critiques portées contre les listes ERIH et AERES en ont souligné les faiblesses. À l'échelle du périmètre de la section, on ne peut que souhaiter qu'un travail solide et approfondi soit mené pour comprendre la richesse des productions.

À sa session d'automne 2013, la section a eu à évaluer une soixantaine de demandes de subvention de revues relevant de son champ. En très grande majorité, les avis émis étaient favorables ou très favorables du fait de leur dynamisme, de leur rayonnement et de leur qualité. Néanmoins, de nombreuses revues se sont vues notifier des diminutions, des suppressions ou des refus de moyens et de personnels. Alertée par les directeurs de publication, la section a émis deux motions devant ce qui menace nombre de revues de SHS. Cette absence de soutien du CNRS pénalise d'autant plus ces publications que ce soutien constituait souvent une condition sine qua non pour obtenir d'autres aides d'organismes et d'institutions publiques et privées, et un signalement international.

La section a demandé instamment à être informée des réponses faites aux revues ainsi que des modalités et des critères d'attribution du soutien par l'InSHS. Elle a émis le souhait que les revues puissent se prévaloir à nouveau du label scientifique CNRS, accordé par l'InSHS sur la base des avis favorables de la section. Ce label, à destination de la communauté scientifique et des autres instances d'évaluation françaises et internationales, constituerait la reconnaissance de leur qualité et de leur intérêt pour la recherche.

À l'heure où l'inflation de revues aux modèles économiques opaques, non contrôlées par des institutions universitaires, non conformes aux standards des bonnes pratiques scientifiques, constitue un problème récurrent, le rétablissement d'un label « CNRS » constituerait un signal fort adressé à la communauté scientifique internationale.

La situation des revues peut traduire l'état d'un domaine et son évolution. Ainsi la vitalité de la recherche sur les questions relatives à l'esclavage se manifeste également par les publications dans, principalement, trois pôles : Karthala avec la collection « Esclavages » ; les Presses Universitaires de Rennes ; les Perséides avec la collection « Atlantique ». Dans le cadre de sa politique de soutien aux revues, l'InSHS a décidé d'accompagner la revue CLIO, Femmes, Genre, Histoire (anciennement CLIO, Histoire, femmes, sociétés) dans la publication d'une version numérique en anglais. Dans le champ de l'histoire de l'art, la diversité des revues (papiers et numériques) montre le dynamisme de la discipline, mais la question du droit à l'image (et les pratiques abusives commerciales qui en découlent) nuisent considérablement à l'édition des travaux scientifiques, et notamment des thèses, et pénalise ainsi la recherche française par rapport à d'autres pays européens. Pour l'aire Amériques, les grandes revues du secteur sont désormais présentes en ligne. En histoire économique, les revues françaises ont su tirer profit du numérique pour maintenir leur attractivité internationale, avec un partage des champs pertinent. Un effort sur leurs sites internet reste à mener. Il faut se réjouir de la vitalité de plusieurs revues prestigieuses consacrées aux espaces proche et moyen-orientaux, tout en notant que les plus dynamiques d'entre elles sont généralement soutenues par un centre de recherches ou un éditeur privé. S'agissant de l'Asie, les revues auxquelles le CNRS apporte fréquemment un soutien maintiennent un haut degré d'exigence dans leurs publications, avec l'insertion courante d'articles traduits d'auteurs non-francophones, en offrant un aperçu de la richesse et de la solidité des travaux scientifiques menés dans les pays concernés. Elles contribuent ainsi à assurer une présence en langue française de haut niveau dans les recherches sur l'Asie, pour lesquelles les revues anglophones n'exercent certainement pas une suprématie scientifique indiscutable dans toutes les aires culturelles concernées. Ces revues sont de plus en plus accessibles en ligne sur des portails spécialisés, et la visibilité sur internet des activités des UMR s'est considérablement améliorée et diversifiée ces dernières années en partenariat avec les universités et les grands établissements qui les hébergent. Mais dans ce domaine aussi les acquis sont menacés, en raison des départs à la retraite et des recrutements insuffisants d'ingénieurs de recherches ou d'études avec des profils linguistiques rares, ce qui accroît d'autant, et parfois au-delà du supportable, la tâche des personnels encore en poste.

L'incitation à la publication en anglais, et plus encore à la traduction des « meilleurs articles » de certaines revues dites d'« excellence » ne doit rester qu'un moyen, parmi ceux évoqués, de diffuser les résultats de la recherche : les revues relevant d'aires culturelles, et qui publient déjà dans certaines des langues concernées (cas notamment de l'espagnol et, dans une moindre mesure, du portugais) n'ont nul besoin d'être traduites en anglais afin d'asseoir leur légitimité scientifique et de faire connaître les travaux publiés, y compris dans les pays anglo-saxons où cette aire culturelle est traditionnellement centre d'intérêt.

Dans le cas des revues électroniques, il serait souhaitable que les expériences originales soient prises en compte afin qu'elles ne soient pas des décalques de publications papier ne tirant que peu d'avantages de l'interactivité. On ne peut que constater le faible nombre de revues d'histoire multilingues (sauf aide ponctuelle et sélective visant à la traduction en anglais de textes publiés dans les « grandes revues »). Seules les aires culturelles semblent, pour des raisons linguistiques évidentes, privilégier une diffusion internationale de leurs recherches, même si les véritables revues multilingues en ligne demeurent l'exception. Il y a ici un enjeu scientifique de communication et de visibilité à l'international qui n'est pas toujours pris en compte au niveau de l'InSHS et demanderait à ce que l'expertise de certains chercheurs et ITA dans ce domaine soit valorisée plus activement.