Section 35 Sciences philosophiques et philologiques, sciences de l'art

Résumé

La place des humanités au cœur de la recherche fondamentale a été confortée au cours des dernières années par le perfectionnement des outils numériques de publication et de recherche, par l'identification de plus en plus fine des interfaces entre sciences humaines et sciences de la nature, par l'importance nouvelle reconnue à la connaissance des patrimoines du monde entier pour la formation des citoyens dans les sociétés démocratiques. L'héritage culturel de l'humanité, et en particulier son patrimoine écrit, n'apparaît plus comme un monument à entretenir mais comme le point de départ de toutes les inventions formelles et théoriques qui, en philosophie, dans les littératures et les arts, portent la marque du travail de la pensée.

La nouvelle dénomination de la section, adoptée en 2011, fait ressortir l'apport des unités de recherche de la section 35 à la science, qu'on l'entende comme scholarship ou comme Wissenschaft, et dans tous les cas comme un savoir cumulable, durable et partageable pour les humanités classiques et contemporaines. La contribution, essentielle, du CNRS s'observe tout particulièrement dans la mise à disposition d'éditions critiques de référence, dans l'information scientifique et technique (en comprenant les humanités numériques), dans la pratique d'une interdisciplinarité réelle – avec, par exemple, les neurosciences, les sciences de l'information et du développement durable –, dans la place centrale qu'occupent les laboratoires de la section dans la politique d'internationalisation de l'organisme.

Les 35 unités de recherche rattachées à titre principal à la section (unités non métropolitaines incluses) regroupaient à l'automne 2012 près de 2 500 personnels de tous statuts, dont environ 140 chercheurs (sur 189 rattachés à titre individuel à la section) et 113 ingénieurs et techniciens du CNRS. Ces proportions indiquent plusieurs déséquilibres. Que les personnels du CNRS n'atteignent pas 15 % de l'effectif total rappelle le poids historiquement dominant de l'Université dans le domaine des humanités. Le chiffre n'en fait que davantage ressortir la contribution qualitative des laboratoires du CNRS, grâce auxquels depuis des décennies la recherche française en philosophie, littérature et arts peut échapper à l'académisme. Les recrutements opérés ont en outre mis en place, avec ou sans « profils », une complémentation intelligente avec l'Université. Le déséquilibre entre chercheurs et ingénieurs-techniciens a en revanche moins de justification ; il exerce une menace directe sur la scientificité des humanités et constitue l'un des aspects les plus criants de la crise de l'emploi scientifique, avec le danger qui pèse sur les vocations. Un troisième déséquilibre doit enfin être souligné : sur les 35 unités de la section, 19 sont situées en Île-de-France (18 à Paris), 8 en province et 8 à l'étranger. La vague de créations d'unités de recherche observée en 2013 a exclusivement concerné Paris et a encore accentué la dissymétrie avec la province, dans des proportions qui excèdent de loin le déséquilibre « historique » observé dans les sciences humaines et sociales. Un des tests de la « politique de site » mise en place par le CNRS consistera dans sa capacité à inverser le cours des choses et à implanter la recherche en humanités dans tout le territoire national.