Section 38 Anthropologie et étude comparative des sociétés contemporaines

IV. Situation de l'anthropologie

Depuis 2009, au regard de la démographie, l'avenir de la discipline apparaît incertain sur le plan institutionnel. Des sections relevant de l'INSHS, la section 38 est celle qui compte le plus de départs à la retraite. Elle est l'une de celles qui comptent le plus d'agents de 60 ans et le moins d'agents de moins de 50 ans. La moyenne d'âge des chercheurs y est la plus élevée des sections de sciences sociales avec 52,2 ans pour une moyenne de 50 ans pour l'INSHS. En l'espace de 15 ans, 62 % des effectifs de chercheurs partiront à la retraite. Cette séniorité ne s'accompagne pas des « honneurs » puisque la 38 compte le pourcentage de DR le moins élevé des SHS : seulement 31 % des agents sont DR, pour une moyenne de 37 %. La section affiche la moyenne d'âge la plus haute pour les DR (59 ans, moyenne de 57 ans en SHS) comme pour les CR (49 ans pour une moyenne de 46 ans en SHS). Depuis 2012, la section a pu profiter d'une politique soutenue de recrutement mais qui, malheureusement, ne pallie pas l'hémorragie.

La situation des Ingénieurs et techniciens (IT) n'est guère plus favorable. Les personnels IT CNRS au nombre de 73, représentent 31 % des effectifs totaux du CNRS de la section 38. Ils sont essentiellement spécialisés dans la Branche d'Activité Professionnelles (BAP) dit F (documentation, culture, communication, édition...) : 35 IT ; dans la BAP dite J (gestion et pilotage) : 22 IT ; dans la BAP dite D (sciences humaines et sociales) : 13 IT et dans la BAP dite E (informatique, statistique et calcul scientifique) : 3 IT.

La section compte 47 IT de catégorie A (10 Ingénieurs de Recherche (IR), 27 Ingénieurs d'Études (IE) et 10 Assistants Ingénieurs (AI)) et 26 IT de catégories B et C. Tous interviennent à différents moments du processus de recherche et de diffusion scientifique, depuis la veille documentaire, la production et l'analyse des données jusqu'à la communication, l'édition, la diffusion, la gestion et l'administration de la recherche.

Depuis 2010, la section 38 a perdu 8 postes d'IT soit 9 % de nos effectifs. De plus, 16 % des IT avaient plus de 60 ans en 2009 et devraient faire valoir leurs droits à la retraite à brève échéance.

La section 38 comprend un grand nombre d'IT appartenant à la BAP F et D (documentation, édition, diffusion, sciences humaines et sociales). Les bibliothèques de recherche représentent une richesse pour la section par la diversité de leurs collections, leurs catalogues disponibles sur internet, mais également pour les services qui y sont proposés. La présence de personnel qualifiés au sein même des unités de recherche permet de proposer aux chercheurs un service adapté aux besoins spécifiques de l'unité et de la discipline.

Depuis un certain nombre d'années, l'accent a été mis sur la collecte, la conservation et la valorisation des matériaux de terrain des ethnologues avec la création du réseau ethnologie. En 2011, grâce à la grande infrastructure de recherche (TGIR) des Humanités numériques (Huma-Num) a été lancé le consortium Archives des ethnologues. Cette dynamique est importante et particulièrement apprécié de notre communauté de recherche. Néanmoins, il faut noter que la plupart des bases de données en ligne sont l'émanation de programmes limités dans le temps (ANR, ERC, bourses post-doctorales, contrats doctoraux...) et que nous avons toutes les raisons d'être inquiets quant à leur pérennité à long terme.

Les unités relevant de la section 38 font régulièrement remonter le déficit de postes IT notamment en gestion (BAP J). La participation des IT, si déterminante dans les dispositifs de plus en plus complexes de programmation et de financement de la recherche à l'échelle nationale, européenne ou internationale risque d'être fortement compromise, réduisant la capacité des équipes à assurer leur financement de projets et donc à garder leurs places dans la recherche internationale. Le déséquilibre actuel entre les IT CNRS et les IT non CNRS dans les unités de recherche est criant. Ces chiffres sont corroborés par le calcul des ratio : 73 IT CNRS contre 33 IT non CNRS toutes BAP confondues. Pour le corps des chercheurs, le ratio est de 171 CR CNRS contre 182 non CNRS de grade équivalent.

La réduction constante des effectifs est la conséquence de l'apparition de postes multitâches dus à la multiplicité des fonctions Les bipolarités de certains profils : édition et communication ; communication, gestion et/ou administration de la recherche... sont de plus en plus fréquents. La non-reconnaissance et la non-valorisation dans les laboratoires des fonctions et tâches qu'effectuent – souvent avec un niveau d'expertise très haut – nos ingénieurs et nos techniciens risquent de nous priver d'une mise à disposition optimale de compétences professionnelles uniques et riches. Le maintien et la création de postes titulaires sont intimement liés aux possibilités de promotion et de mobilité de nos IT : possibilités actuellement de moins en moins assurées.

Ne pas assurer la valorisation, la formation continue et le remplacement des IT est une manière de fragiliser dangereusement les sciences humaines et sociales. En l'absence d'un plan pluriannuel de recrutement, la situation s'annonce particulièrement critique pour les unités de recherche de la section 38. Leur fonctionnement en sera indubitablement ralenti.