Section 27 Relations hôte-pathogène, immunologie, inflammation

IV. Inflammation et régulation de l'inflammation

L'inflammation est une réaction de défense immunitaire de l'organisme contre une agression, d'origine infectieuse ou non, permettant d'éliminer la source du danger et de réparer les tissus lésés. Elle est déclenchée par la reconnaissance de signaux de dangers endogènes ou de motifs microbiens par des récepteurs cellulaires spécifiques, dont les récepteurs Toll-like et l'inflammasome. Cette reconnaissance déclenche la transcription de gènes inflammatoires puis, plus tardivement, de gènes anti-inflammatoires nécessaires au contrôle de l'inflammation et aux processus de réparation tissulaire. La dérégulation des processus inflammatoires (balance inflammation/réparation) conduit à des maladies, souvent chroniques, aboutissant à des processus cicatriciels dégénératifs et/ou à une perte de la fonction des tissus ou des organes. Les modifications de notre environnement (ex. pollution) et de notre mode de vie (ex. alimentation trop riche) contribuent fortement à l'augmentation de la prévalence des pathologies inflammatoires. Celles-ci représentent un problème majeur et croissant de santé publique. Leur impact sociétal et économique est extrêmement important. À titre d'exemple, les coûts liés à leurs traitements devraient doubler dans les 10 prochaines années. Parmi les maladies inflammatoires les plus fréquentes, citons les pathologies pulmonaires (asthme, broncho-pneumopathie chronique obstructive), l'athérosclérose, les maladies auto-immunes (lupus, sclérose en plaques), rhumatismales (polyarthrite rhumatoïde), dermatologiques (psoriasis) et intestinales (maladie de Crohn, rectocolite). Bien que des progrès thérapeutiques notables aient été constatés pour certaines de ces maladies, en particulier grâce aux anticorps monoclonaux, il persiste une importante marge de progression dans certaines affections, ou pour augmenter la part de patients répondeurs ou la balance bénéfice/risque. Par ailleurs, les maladies inflammatoires chroniques sont souvent associées à d'autres types de pathologies notamment celles liées à des dysfonctionnements métaboliques (diabète, obésité). Elles peuvent aussi conduire à une susceptibilité accrue aux infections et au développement de cancers. Mieux comprendre l'origine et les conséquences de ces maladies représente donc un enjeu majeur.

La recherche fondamentale et la recherche clinique doivent être soutenues et développées. Le renforcement de l'accès aux ressources biologiques et le développement de nouvelles cohortes de patients ainsi que de nouvelles banques biologiques (sang, ADN, urine, selles, échantillons de tissus/organes) devraient permettre l'identification de nouveaux marqueurs prédictifs et évolutifs des maladies inflammatoires chroniques mais aussi de sensibilité aux traitements. Parmi les axes de recherche à développer et/ou soutenir, citons le développement de modèles animaux pertinents et proches de la réalité clinique (rongeurs dont souris humanisées, primates) et l'imagerie, notamment l'imagerie dynamique qui permet de suivre les cellules in vivo au plus profond de l'organisme. Considérant l'importance grandissante du microbiote commensal sur les maladies inflammatoires, la relation hôte/microorganismes (microbiote commensal mais aussi agents infectieux) doit être mieux comprise. Les « omiques » sont également à encourager afin d'identifier des signatures biologiques liées à la maladie et afin de découvrir de nouvelles cibles thérapeutiques. L'identification des gènes de susceptibilité, l'élucidation des mécanismes de régulation de l'expression des gènes (épigénétique, microRNAs) et protéines (phosphorylation, ubiquitination) de susceptibilité, la recherche de nouvelles cibles moléculaires et cellulaires et l'étude de l'impact de la composante environnementale sur la maladie doivent constituer des axes prioritaires. L'emploi d'animaux modèles tels que la drosophile, le poisson zèbre et le nématode C. elegans pourrait aussi conduire à la découverte de nouveaux mécanismes de régulation de l'inflammation et à l'identification de molécules innovantes sur le plan thérapeutique. La biologie intégrative et la modélisation pourraient également contribuer à de nouvelles avancées thérapeutiques et à leurs validations. Les approches thérapeutiques, qu'elles soient moléculaires (bio-médicaments dont les anticorps thérapeutiques) et/ou cellulaires, doivent être développées, en étroite relation avec les approches plus classiques de pharmacologie (médicaments chimiques). Face aux coûts croissants pour la société, il apparaît évident que des investissements massifs, tant publics que privés, doivent être portés dans le domaine des maladies inflammatoires chroniques. Des programmes incitatifs forts et bien ciblés, favorisant recherche fondamentale et recherche translationnelle, doivent être encouragés.