Section 37 Économie et gestion

Introduction

La section 37, économie-gestion, connaît une baisse régulière de son effectif de chercheurs. Elle compte 180 chercheurs en poste en 2011 et 2012(1) contre 207 au début des années 2000 (source : derniers bilans sociaux publiés par le CNRS), ce qui représente une baisse de 13 % de son effectif. En termes de parité, l'effectif de chercheurs affiche une proportion de 27,8 % de femmes en 2011, soit la plus basse proportion de femmes de toutes les sections de l'InSHS, et moins que la proportion moyenne du CNRS toutes sections confondues (i.e., 32,5 %). Cette proportion se réduit avec la progression en grade, avec 41 % de femmes en CR2, 35 % en CR1, 23 % en DR2 et 6 % en DR1. Si, tous grades confondus, il n'apparaît pas d'écart significatif entre la part des candidates et celle des promues, le grade de DR semble moins accessible aux chercheures qu'à leurs homologues masculins (source : « la parité dans les métiers du CNRS-2011 » et MPDF – « indicateurs sexués 2012 »).

Outre les aspects d'emploi scientifique et de démographie, ce rapport de conjoncture voit le jour dans une période où l'économie et la gestion, secteurs disciplinaires de la section 37, sont l'objet d'un certain nombre de questionnements et d'évolutions qu'il importe de rappeler brièvement.

Tout d'abord, l'économie et la gestion connaissent une internationalisation croissante, à la fois au niveau de la production de la recherche et au niveau du marché du travail. L'activité de recherche à proprement parler s'inscrit dans un cadre de plus en plus international, ce qui signifie qu'en dehors de quelques thématiques encore centrées sur des écoles de pensée hexagonales, les travaux français contribuent à un espace de production international, qu'il soit européen, transatlantique ou mondial. Les chercheurs s'impliquent par ailleurs de manière croissante dans des coopérations, des réseaux et des programmes de recherche conçus dans des cadres pluri-nationaux. Les séjours de courte et moyenne durées dans des universités étrangères sont de plus en plus fréquents et donnent corps à des co-autorats. Les colloques, enfin, amènent les chercheurs à parcourir le monde et à affirmer leur appartenance à une communauté internationale.

En conséquence, les publications émanent de manière croissante de co-autorats internationaux et les revues elles-mêmes sont, pour la plus grande partie d'entre elles, des revues d'audience internationale, généralement en langue anglaise. Quelque soit la localisation géographique de leur éditeur, elles comprennent des comités éditoriaux internationaux qui évoluent dans le temps, et leur reconnaissance par la communauté scientifique globale constitue un enjeu de premier plan pour leurs promoteurs. Dans ce contexte, les revues françaises, et plus largement francophones, se retrouvent souvent reléguées derrière les revues internationales, revues généralistes et revues de champ. Elles connaissent une remise en question, provoquée par les classements bibliométriques et les préoccupations des chercheurs concernant l'impact de leurs publications. De ce fait, elles peinent à mettre en avant, voire à réinventer, leur rôle et leurs spécificités au service de la communauté scientifique.

Le marché du travail hexagonal lui-même s'internationalise, mais de manière encore timide comparativement aux marchés anglo-saxons ou asiatiques. Un nombre croissant de chercheurs français développent une partie de leur carrière dans des universités ou des organismes étrangers, en Europe, aux États-Unis, en Asie, pour des séjours de moyenne ou longue durées, dont ils reviennent parfois. Les doctorants, quant à eux, s'engagent le plus souvent dans des séjours post-doctoraux à l'étranger, parfois répétés, avant de briguer, en France, une position stable à l'université ou dans un organisme de recherche. Ces séjours post-doctoraux leur donnent une première expérience professionnelle et contribuent à élargir leur champ de compétences et leur réseau de relations. Ils se transforment parfois en installation à plus ou moins long terme à l'étranger. Inversement, les laboratoires français accueillent de plus en plus de post-doctorants étrangers, de professeurs ou chercheurs invités, et de doctorants d'origine internationale (à hauteur de 40,5 % en économie et 54,7 % en gestion, selon le rapport Hautcœur du MESR). Certaines universités, certains laboratoires, fréquentent de plus en plus les « job markets » internationaux, que ce soit pour y placer leurs doctorants ou pour trouver de nouvelles recrues. En ce qui concerne le CNRS, la section 37 a recruté 17 % (1/6) de chargés de recherche d'origine étrangère en 2013 et 33 % (2/6) en 2014, voire 66 % (4/6) si l'on prend en compte deux lauréats français ayant effectué leur doctorat à l'étranger.

Un deuxième bouleversement en cours, de nature plus institutionnel, concerne l'organisation de la recherche et son financement dans un contexte de restrictions budgétaires globales. S'il n'est pas spécifique à l'économie ou à la gestion, il contribue à modifier en profondeur le paysage de la recherche. La première innovation institutionnelle de cet ordre a été l'instauration de l'ANR, créée en 2005 afin de financer des recherches sur projets et dotée au détriment des financements récurrents des laboratoires, générant un infléchissement dans la conduite des programmes de recherche et dans le temps passé par les chercheurs dans la recherche et la gestion de financements. Une autre innovation institutionnelle a été l'introduction des RTRA en 2006, qui a permis la création de l'École d'Économie de Paris et de Toulouse School of Economics, seuls projets parmi les 13 financés toutes disciplines confondues, à avoir réussi à attirer des capitaux privés aux côtés des dotations publiques. S'il n'a pas été renouvelé, le dispositif des RTRA a en quelque sorte été relayé par les « Investissements d'Avenir » mis en place en 2010 et dans le cadre desquels ont été directement financés 11 Labex en économie et gestion (d'autres projets ayant été financés localement dans le cadre des IDEX), dont trois au moins ont assuré la relève des RTRA parisien et toulousain en économie. La pertinence de ces dispositifs a été largement débattue lors des Assises de la Recherche à l'automne 2012 et continue à être une préoccupation, notamment dans le cadre du Conseil Scientifique de l'InSHS. Nous n'y reviendrons pas plus avant, si ce n'est pour constater qu'ils ont accru la polarisation des moyens sur un petit nombre d'UMR ou de sites, contribuant s'il en était besoin à l'asymétrie qui caractérise le paysage de la recherche en économie-gestion et au phénomène dit des « UMR en péril démographique » sur lequel nous reviendrons.

Comme conséquence des aspects d'internationalisation et de changement institutionnel, notamment en ce qui concerne le financement de la recherche et l'impact des classements internationaux, le marché du travail des chercheurs et des enseignants-chercheurs en économie-gestion est devenu de plus en plus concurrentiel. Concurrentiel sur le plan international d'abord, mais aussi sur le plan national avec des institutions privées, grandes écoles et écoles de commerce. Tandis que ces dernières entendent désormais recruter de bons chercheurs et dégagent à cet effet les moyens nécessaires pour les attirer, un nombre croissant de laboratoires publics recherchent le soutien d'entreprises privées avec la mise en place d'un certain nombre de chaires, système pratiqué déjà de longue date de l'autre côté de l'Atlantique. Cette concurrence s'exprime au niveau du recrutement international, qui nécessite souvent des conditions salariales compétitives au regard de celles qui ont notamment cours dans les universités anglo-saxonnes. Elle s'exprime également chez les chercheurs et enseignants-chercheurs en poste, pour qui elle justifie la recherche de plus en plus courante de compléments de revenus face à un risque évoqué de fuite des cerveaux. Ces cumuls peuvent concerner des démarches individuelles (e.g., affiliation complémentaire à des écoles de commerce, prise de postes dans des universités étrangères, activités de consulting) ou prendre la forme, plus institutionnalisée, de compléments salariaux dans certains gros pôles, notamment adossés à des grandes écoles de commerce ou d'ingénieurs. Ils renforcent encore les inégalités existantes entre les grosses et les petites unités de recherche en économie et gestion.

Un troisième point qui nous semble devoir être évoqué ici concerne spécifiquement les sciences de gestion, qui participent, avec les sciences économiques, au secteur disciplinaire de la section 37, alors qu'elles relèvent d'une section CNU distincte, tout en participant le plus souvent aux mêmes UFR au niveau des structures universitaires. Une réflexion quant à la place des sciences de gestion au CNRS s'impose au vu de la faible proportion de gestionnaires recrutés parmi les chargés de recherche CNRS au cours des dernières années (e.g., un gestionnaire recruté lors de la mandature 2008-2012), notamment si l'on fait abstraction des financiers recrutés. Comme l'économie, les sciences de gestion rassemblent des travaux relatifs à des thématiques variées, fondés sur une pluralité d'approches et de méthodes, aux finalités et aux implications multiples (théoriques, sociétales, managériales, méthodologiques). Tout comme pour les approches non-standard en économie, il paraît difficile d'évaluer de la même manière l'ensemble de ces approches sans n'en pénaliser aucune. Les travaux en gestion conduits dans les UMR CNRS montrent une spécificité par rapport à ceux menés dans les écoles de commerce, plus dépendantes des classements internationaux et plus susceptibles de privilégier des travaux à publication rapide au détriment d'enquêtes de terrain spécifiques, de la construction de bases de données originales, des démarches qualitatives et d'une pluridisciplinarité intégrant davantage les autres sciences sociales.

Enfin, un quatrième aspect des évolutions récentes en économie-gestion concerne le renouvellement des méthodes (e.g., économie expérimentale, économie computationnelle) et l'entrée dans l'ère de l'interdisciplinarité, au sein des sciences sociales (e.g., sociologie et anthropologie, droit, psychologie) et au-delà (e.g., mathématiques, informatique, physique, sciences de l'environnement).

Dans ce contexte, il nous a semblé que l'élaboration du rapport de conjoncture ne pouvait se concevoir qu'en nous tournant vers les acteurs de la recherche, en nous appuyant sur la communauté des UMR et donc en constituant avec elle un matériau original, qui reflète les situations et les orientations réelles de la vie des unités. À cet effet, nous avons envoyé un questionnaire général aux 32 UMR rattachées à la section 37 à titre principal (24) ou secondaire (8), doublé d'un questionnaire spécifique pour celles qui développent des activités de recherche spécifiques en sciences de gestion. Nous avons reçu 27 réponses, les 5 réponses manquantes concernant des UMR rattachées à titre secondaire.

(1) Notons toutefois que l'extraction de Labintel la plus récente (février 2014) totalise 191 chercheurs, dont environ 10 % sont en détachement ou en disponibilité, ce qui doit être considéré comme normal dans la carrière de ces chercheurs, mais se traduira l'année de leur éventuelle réintégration par une réduction des possibilités de recrutement.