Section 27 Relations hôte-pathogène, immunologie, inflammation

Introduction

Cherchant à savoir s'il existait d'un côté des sciences du normal et de l'autre des sciences du pathologique, Georges Canguilhem conclut qu'il n'existait en définitive que des sciences de la vie, c'est-à-dire du vivant considéré dans son milieu.

Les maladies infectieuses, les cancers et les maladies inflammatoires ou auto-immunes restent les causes majeures de décès dans le monde. Les projections de la mortalité pour les décennies à venir apparaissent terrifiantes, avec 8 à 17 millions de décès annuels dus aux infections en 2030, près de 12 millions dus aux cancers et 10 millions dus aux maladies inflammatoires ou auto-immunes : diabète, inflammations chroniques cardiaques et pulmonaires, arthrite rhumatoïde, asthme etc. (Mathers & Loncar. 2006 PLOS Medicine). Les agences de financement de la recherche et les autorités de santé publique, nationales et internationales, enjoignent alors le chercheur de se hâter au lit du malade afin de lui trouver le meilleur traitement, si possible « personnalisé », et de se plonger sans attendre dans cette recherche « translationnelle », présentée comme la mise en application la plus harmonieuse et la plus utile des connaissances tirées de la recherche fondamentale au bénéfice ultime de la santé des individus. La science au bénéfice de la santé et même du « bien-être » est l'équation parfaite que l'on tente d'imposer au chercheur à grand renfort de financements fléchés et de partenariats industriels incitatifs. Et c'est là qu'éclate le douloureux paradoxe, car la recherche fondamentale sur le vivant ne pourra être exploitée au bénéfice d'une recherche finalisée pour la santé et le bien-être, que si elle est vivement encouragée et fortement soutenue.

L'objet de ce court rapport n'étant que de faire, sans plus de polémique, un état des lieux des connaissances dans nos domaines de compétences, accompagné de propositions scientifiques, nous nous abstiendrons de nous demander si le but de cette recherche translationnelle ou finalisée vise uniquement la santé des individus. Nous souhaitons simplement réaffirmer qu'en biologie comme ailleurs la connaissance ne surgit pas ex nihilo, et que les sciences du pathologique ne se nourrissant plus des sciences du normal ne feront que tarir le progrès dans son ensemble. Autrement dit, une recherche fondamentale, désintéressée, ayant pour seul objet de connaître et de comprendre doit perdurer. Dans les domaines qui nous intéressent ici, la physiologie d'une inoffensive bactérie du sol et ses relations avec ses congénaires, les mécanismes moléculaires les plus fins impliqués dans la phagocytose d'une particule par un macrophage, les voies métaboliques les plus discrètes mobilisées par un lymphocyte en cours d'activation, sont et doivent rester autant de sujets d'étude d'un intérêt équivalent à la recherche d'un biomarqueur pour le traitement et le suivi de tel cancer, ou à l'identification de la cible de tel nouvel antibiotique.

Longtemps considérées comme deux branches de la biologie, la microbiologie et l'immunologie sont maintenant réunies dans les mêmes départements des plus grands centres mondiaux de recherche, telles les Universités de Harvard, MacGill, Melbourne, Columbia et d'autres. La section 27 du CNRS s'inscrit pleinement dans cette évolution vers l'étude du système immunitaire et des causes des désordres pathologiques dans leur globalité. Ses missions de recherche portent sur les mécanismes moléculaires et cellulaires de la réaction immunitaire innée et adaptative, et de l'inflammation et de sa régulation au cours de désordres pathologiques d'origines infectieuse et non infectieuse. Mais ses domaines de recherche ne se limitent pas à cela, et la section souhaite vivement maintenir une recherche d'excellence, basée sur la connaissance de la microbiologie et de l'immunologie dans leurs aspects les plus fondamentaux.

Dans les pages qui suivent, nous résumons les avancées récentes des connaissances et des technologies dans ces différents domaines et décrivons les perspectives liées à ces découvertes. Des notions porteuses y sont particulièrement développées, telles, parmi d'autres, l'importance de l'étude du métabolisme et du microbiote dans le contexte de l'immunité et de l'infection ; l'importance de l'étude des modifications épigénétiques eucaryotes et procaryotes impliquées dans la physiologie cellulaire et microbienne, dans les relations hôte-pathogène, l'inflammation et l'immunité anti-cancéreuse ; l'importance du développement d'instrumentation pour l'analyse à haute capacité, et plus généralement de l'utilisation des technologies les plus modernes comme la microscopie, pour l'étude du vivant à toutes ses échelles, depuis la molécule jusqu'à l'organisme.