Section 35 Sciences philosophiques et philologiques, sciences de l'art

III. Sciences de l'art

A. Musicologie

La musicologie est l'une des disciplines représentées par la section 35 et parmi les plus innovantes en ce qui concerne l'édition critique, les catalogues thématiques, les bases de données et les éditions numériques. Si la musicologie s'ouvre de plus en plus à l'interdisciplinarité (littérature, histoire politique et sociale, beaux-arts, liturgie, esthétique), elle demeure néanmoins spécifique de par son objet. De par aussi sa forte composante patrimoniale, la science de la musique, telle qu'elle a été jusqu'ici pratiquée et développée dans la section, est devenue l'une des meilleures au monde, ainsi qu'en témoignent les nombreux accueils de chercheurs et d'étudiants étrangers dans les laboratoires français. Les grands projets éditoriaux (Monumentales Charpentier, Rameau, Fauré, Debussy) sont quasiment tous dirigés par des chercheurs du CNRS et trouvent dans le cadre des laboratoires de l'organisme les moyens scientifiques et humains pour accomplir ce travail qui demande de solides compétences philologiques et musicales.

D'importants bouleversements se sont produits ces dernières années dans les laboratoires consacrés à la musicologie. Le 1er janvier 2013, l'Atelier d'études sur la musique française des xviie et xviie siècles du Centre de musique baroque de Versailles a été rattaché au Centre d'études Supérieures de la Renaissance de Tours. Désormais, il ne reste plus qu'un seul laboratoire exclusivement musicologique, l'IReMus (Institut de Recherche en Musicologie, UMR 8223), nouvelle structure créée le 1er janvier 2014 en renouvellement de l'IRMPF et placée sous une quadruple tutelle (CNRS/Ministère de la culture/U. Paris-Sorbonne/BnF). Il faut aussi déplorer qu'un seul recrutement (en 2012 sur un poste fléché) ait eu lieu depuis 2001 alors que les jeunes talents sont là ; cette panne dans le processus de renouvellement des chercheurs risque de compromettre fortement à l'avenir l'excellence de la musicologie française et son rayonnement.

B. Esthétique, arts et sciences de l'art

Les recherches en esthétique, arts et sciences de l'art menées au sein de laboratoires affiliés au CNRS se répartissent suivant trois centres de recherches : le Centre de recherche sur les arts et le langage (CNRS/EHESS), THALIM (CNRS/U. Sorbonne-Nouvelle Paris 3/ENS) et l'Institut ACTE (CNRS/U. Paris 1 – Panthéon-Sorbonne). Pris ensemble, ces trois centres couvrent une part importante de la recherche française dans ces domaines. Par leurs partenariats et la qualité des programmes développés, ils occupent une place éminente dans la recherche internationale.

Ces trois UMR ont en commun leur ancrage dans les modernités artistiques jusqu'à l'époque contemporaine, ainsi qu'un double point de vue historique et esthétique. Ils partagent, conformément au caractère multimédiatique de la création moderne, le choix de travailler sur l'ensemble des medias artistiques, sans exception, des plus apparemment traditionnels aux plus apparemment contemporains. Mettant à profit la multidisciplinarité des chercheurs, ils optent pour des objets d'études et des problématiques transversales. Au-delà de la grande diversité des domaines abordés, on trouve ainsi une non moins grande unité méthodologique. Autre facteur de convergence épistémologique, ces unités partagent un souci des œuvres comme objets et comme processus créatifs indissociables des modalités de leur institutionnalisation et de leur réception.

La spécificité de chaque laboratoire est néanmoins bien dessinée. Le CRAL met en avant l'articulation entre les arts et les sciences sociales dans une visée théorique large qui inclut la philosophie de l'esprit et les neurosciences, la sociologie et l'anthropologie, les études sémiotiques, l'analyse des normes et des valeurs culturelles ainsi que l'épistémologie de l'histoire de l'art. Dans ce spectre théorique cohérent, les recherches poursuivies concernent la littérature, la musique moderne et contemporaine, autant que les arts visuels. Le centre a récemment défini trois orientations majeures qui croisent esthétique naturaliste et esthétique sociale : le vivant, le rythme, l'imagination. Dans la perspective ouverte par ces problématiques, on relève la nécessité de renforcer l'équipe par l'apport de chercheurs spécialisés dans les arts vivants (études théâtrales, danse, opéra) et la musique contemporaine.

THALIM, unité formée en 2014, oriente ses recherches vers la complexité concrète des pratiques artistiques, l'analyse des histoires, des traductions et des transferts culturels dont elles sont issues et la question de l'intermédialité. Le développement des appareils techniques qui depuis la fin du xixe s. sont la condition sine qua non de la diffusion des arts comme de leur institution se trouve au centre des travaux des chercheurs. Le domaine slave est particulièrement bien représenté mais aussi le monde postcolonial, l'Asie du Sud et l'Afrique. Jusqu'ici plus particulièrement tourné vers les arts du spectacle, les arts vivants, la danse, le cinéma et la littérature, le centre programme un triple déplacement et élargissement de ses recherches : vers les sound studies, les études de genre et les technologies de l'archivage. Ces orientations conformes au souci de demeurer au plus près de ce qui de la réalité des pratiques demeure occulté (l'écoute, la sexualité, la transmission) nécessite de renforcer l'apport en chercheurs musicologues, en spécialistes de cinéma, ou encore en philosophes, mais également de doter le centre de l'équipement technologique nécessaire au développement des archives numériques.

L'Institut ACTE, enfin, est composé en grande majorité d'enseignants-chercheurs, dont nombre d'artistes actifs. Ce centre fonde son identité sur la création contemporaine et ses évolutions, la conception d'un outillage conceptuel conforme aux nouvelles conditions de production, de réception et de diffusion des formes actuelles de l'art. La grande diversité des objets de recherches y est contrebalancée par la transversalité des programmes développés, parmi lesquels on relèvera un site de création interactif, Wikicréation, développé par les doctorants et étudiants en master, un programme sur le noise et les installations sonores, un axe Peinture dont l'orientation reprend l'axe poïétique fondateur dans l'histoire du laboratoire, ainsi qu'un pôle autour de la « création insulaire » (Antilles, Mayotte, La Réunion et bientôt la Polynésie), héritage des travaux d'Édouard Glissant.

En conclusion, la richesse des recherches en arts et en esthétique menée dans le cadre du CNRS est impressionnante, de même que la cohérence du développement des laboratoires et l'actualité des épistémologies critiques qui y sont pratiquées. Les difficultés que rencontrent ces centres, au regard du choix, incontestable, de cultiver la diversité des medias, des pratiques et des objets, comme de leurs approches historiques, sociales, philosophiques, voire expérimentales, concerne la possibilité de disposer des chercheurs dont elles ont besoin dans les domaines qu'ils se sont définis. En 2013, la section 35 a eu l'occasion d'élire un chercheur présentant un projet orienté vers l'histoire de la création musicale contemporaine et l'informatique musicale, ce qui a permis une affectation dans un laboratoire de sciences de l'information. Le déroulement de ce concours a montré qu'il existe aujourd'hui un vivier d'artistes et de chercheurs suffisant pour que le CNRS s'implique dans le secteur de la recherche en arts.

Les artistes et les scientifiques ont en effet depuis toujours collaboré étroitement ; le CNRS a contribué à ces développements notamment dans le cadre de l'Institut de recherche et de coordination acoustique/musique (UMR Sciences et technologies de la musique et du son, CNRS/U. Pierre-et-Marie-Curie/Ministère de la culture et de la communication/IRCAM). Cependant, le champ de la création contemporaine s'ouvre aujourd'hui d'une manière neuve aux sciences de la nature comme aux sciences humaines. Il n'est plus seulement question de programmes à développer ensemble mais d'objets de recherche communs et d'épistémologies partagées. Ces recherches convergentes concernent notamment les problématiques liées à la représentation de l'espace et du temps tels qu'ils sont redéfinis par les technologies contemporaines et leurs usages : questions sociales, économiques, problématiques liées à la mémoire, à l'archive ou encore représentations des corps, des genres et des sexualités, sont aujourd'hui des terrains d'investigations partagés par les artistes et les scientifiques.

Les relations institutionnelles qui se sont établies depuis une quinzaine d'années entre départements de philosophie et écoles d'arts témoigne de l'ouverture de ce champ de recherche inédit. Par ailleurs, et suite à l'intégration des écoles d'arts dans le protocole de Bologne, plusieurs groupes de réflexion se sont mis en place pour élaborer des plates-formes européennes de recherche entre institutions artistiques, écoles d'arts et laboratoires de recherche en sciences humaines et sociales. Ces groupes de réflexion visent à définition de nouvelles thèses dites de création (à distinguer des doctorats arts et recherche déjà existants dans les universités). Ces différents éléments constituent un terrain suffisamment riche et actif pour que le CNRS s'engage à son tour en direction de ces formes de recherches nouvelles, voire qu'il en devienne l'un des promoteurs à l'échelle nationale et internationale.