Section 37 Économie et gestion

III. Le rôle du CNRS dans la recherche vu par les UMR

De façon quasi-unanime, les UMR rattachées à la section 37 considèrent que le CNRS joue un rôle important dans l'animation et la réalisation de la recherche en France dans les domaines des sciences économiques et de gestion. C'est d'abord la qualité de ses chercheurs qui est plébiscitée. Leur capacité d'animation des UMR dont ils constituent les éléments moteurs est soulignée par l'ensemble des équipes, ne serait-ce que pour regretter leur faible nombre quand il s'agit d'équipes de petite taille ou aux effectifs déséquilibrés. Ces chercheurs constituent une véritable force de frappe de la recherche française : même si certains laboratoires regrettent de ne pas pouvoir participer de plus près à « leur » recrutement, personne ne conteste que le recrutement centralisé et de haut niveau dont ils font l'objet contribue à la haute qualité moyenne de leur effectif. Certains laboratoires déplorent cependant la faiblesse de l'information à l'adresse des candidats étrangers au recrutement. D'autres estiment que l'insuffisante rémunération des chercheurs nuit au recrutement ou au maintien des chercheurs les plus brillants. Relativement à d'autres centres européens, le CNRS est ainsi perçu comme insuffisamment attractif et réactif.

Les ITA CNRS sont très appréciés dans les UMR, qui soulignent leurs compétences et leur professionnalisme. Dans de nombreux cas aussi, les laboratoires trouvent leur nombre insuffisant et se sentent handicapés par le non-remplacement systématique des collègues faisant valoir leur droit à la retraite. Ces moyens en diminution compliquent l'organisation des tâches et la gestion des ressources humaines au sein des unités. Ajoutées à la lenteur démotivante des évolutions de carrières, ces fontes d'effectifs se soldent souvent par la perte de compétences essentielles, dans les domaines de l'administration de la recherche et de l'aide au chercheur.

Le soutien financier du CNRS est généralement apprécié comme complément à d'autres sources, mais il n'est pas toujours considéré comme essentiel ; il est parfois perçu comme modeste voire dérisoire au regard des ressources totales et surtout des dépenses des équipes. Le label apporté par le CNRS est mieux apprécié, surtout en province, mais aussi chaque fois qu'une unité se trouve confrontée à la recherche de moyens complémentaires, soumissionne à une ANR ou participe à d'autres confrontations avec des partenaires non labellisés. Ce label semble avoir moins d'importance sur le plan international où d'autres logiques priment.

La politique scientifique du CNRS n'est pas souvent citée : quand elle l'est, c'est plutôt négativement. Si chacun semble s'accorder pour constater la faiblesse des orientations scientifiques données par le CNRS, il n'y a pas vraiment d'accord sur la forme que devrait prendre cette politique si elle s'affirmait plus clairement. Plusieurs thèmes ressortent, portés par des équipes aux caractéristiques différentes. Citons par exemple le souhait de voir le CNRS défendre mieux la pluridisciplinarité. Il pourrait s'agir par exemple de réunir en certains lieux des compétences différentes autour d'un objet, plutôt que de privilégier des configurations de laboratoires associant des compétences voisines, dans la recherche d'un renforcement des domaines de spécialisation. Certaines unités – parfois les mêmes – souhaiteraient voir le CNRS donner plus de moyens aux sciences de gestion. Mais dans d'autres cas, les laboratoires peuvent aussi souhaiter une aide plus sélective aux unités susceptibles d'occuper les premiers rangs dans leur champ sur le plan européen et international. Moins de cloisonnement disciplinaire dans certains cas, plus de sélectivité voire d'incitations financières sont recommandées dans d'autres.

L'hétérogénéité des UMR, soulignée plus haut dans ce rapport, a une incidence sur la perception du CNRS par les équipes. Les plus grosses unités trouvent souvent le CNRS trop centralisé ou bureaucratique dans ses procédures ; certaines voudraient choisir leurs chercheurs, maîtriser leur promotion et le niveau de leurs incitations. Les plus grosses unités regrettent parfois le saupoudrage des moyens quand les plus petites pointent au contraire du doigt la concentration de ces mêmes moyens dans un petit nombre d'équipes localisées dans de grands pôles de recherche parisiens ou provinciaux. Les provinciaux trouvent généralement que Paris draine l'essentiel des moyens, mais l'hétérogénéité existe autant entre UMR de Province qu'entre UMR franciliennes. Les uns plaident pour une sélectivité teintée d'élitisme, les autres pour une pluridisciplinarité et un pluralisme méthodologique estompant les faiblesses individuelles et misant sur les interactions.

De cet examen ressort la perception du CNRS comme une agence de moyens plutôt que comme un opérateur de recherche. L'agence a des qualités évidentes : elle choisit des chercheurs de haut niveau, et leur offre un statut les aidant à produire une recherche nourrie et de qualité. L'institution n'a pas de véritable politique scientifique mais cet état de fait, toujours constaté au moins en creux, n'est jamais considéré comme l'expression d'une carence majeure du système. La liberté de choisir ses sujets et méthodes de recherche est souvent plus appréciée que ne le serait une parfaite harmonisation nationale des thématiques et champs d'étude.