Section 31 Hommes et milieux : évolution, interactions

III. Bioarchéologie

Correspondances CNU

La bioarchéologie est représentée dans les sections 20, 21, 65, 68 du CNU.

La bioarchéologie étudie les archives biologiques végétales et animales, des macro restes jusqu'aux paléoparasites et à l'ADN environnemental. L'étude des restes humains est traitée dans le chapitre I – Anthropologie biologique. L'étude des restes végétaux est également abordée dans le chapitre IV – Paléoenvironnements.

Sur le plan européen, le CNRS est leader dans les disciplines de la bioarchéologie, notamment à travers le nombre de ses scientifiques permanents. Ainsi, le GDRE BioarchéoDat réunit 145 scientifiques en poste (presque autant de doctorants et post-doctorants), dont plus de 120 relèvent strictement du champ « bioarchéologie » (près de 80 du CNRS). Cette communauté est organisée en réseaux, autour de bases de données nationales et de nombreux projets de recherche. Outre ce GDR et les responsabilités que des Français occupent à l'ICAZ et à l'IWGP, la communauté française est également motrice au plan international. Elle développe une recherche originale avec un fort enracinement dans l'archéologie de terrain et dans une école d'anthropologie préhistorique et historique, dont l'esprit transparaît dans des travaux sur l'histoire des techniques et la haute résolution chronologique, géographique et culturelle. Une importante partie de cette communauté œuvre à une forte valorisation de l'interface sociétés-environnements-biodiversité, nourrie par une sensibilité particulière concernant l'interpénétration des facteurs sociaux, symboliques et techno-économiques.

L'archéobotanique

La section 31 compte 19 archéobotanistes dont certains ont plusieurs spécialités. La répartition entre spécialités se décline comme suit : 7 en anthracologie, 5 en palynologies, 3 en dendrologies, 2 en carpologies, 2 spécialistes des phytolithes. D'ici 2018, quatre départs à la retraite toucheront la dendrologie, la palynologie, l'anthracologie et la carpologie. La carpologie souffre déjà d'une pénurie inquiétante de chercheurs, en particulier pour le début de l'Holocène alors même que se développent les problématiques liées à la proto-domestication dès le Mésolithique.

L'anthracologie est également mal représentée en regard des besoins (dernier recrutement en section 31 en 2007, depuis : un recrutement en section 32 et un au MNHN), en dépit d'une demande croissante pour cette spécialité dont les champs interprétatifs ont été largement diversifiés par les développements méthodologiques récents. Les conséquences sont immédiates sur la mise en réserves sans étude de matériels potentiellement très informatifs. En outre, les jeunes docteurs se tournent vers l'archéologie préventive et plus précisément vers les entreprises privées, l'Inrap étant très peu pourvue dans ce champ. Mais ils y assurent au mieux la production de données peu diffusées et dont l'exploitation et l'intégration dans des synthèses font défaut. Au-delà de la seule perception paléoenvironnementale – toujours présente – les recherches actuelles en anthracologie sont également orientées vers les usages du bois et les pratiques humaines associées, dans une démarche enrichie par l'interdisciplinarité et appuyée par l'expérimentation. Ces approches sont autant de thèmes de recherche à part entière, qui ouvriront demain à des candidatures à des postes de chercheurs.

On assiste en archéobotanique à l'arrivée en force des sciences physico-chimiques et biologiques dans les approches croisées : géophysique, paléogénétique et morphométrie géométrique sont régulièrement sollicitées pour préciser les pratiques culturales, l'origine et la diffusion et diversification des nouvelles espèces. Très prometteuses, ces approches nécessitent encore le développement de référentiels actuels et doivent restent adossées à des problématiques bien définies.

À un moment où l'interdisciplinarité joue un rôle de plus en plus important dans la recherche archéobotanique, conduisant de manière très positive à un fort développement des outils méthodologiques, il semble crucial de développer l'emploi IT, afin d'accompagner les besoins croissants en matière de traitement du signal (approches physico-chimiques, statistiques, imagerie).

La paléontologie et l'archéozoologie

Parmi les 42 chercheurs et ingénieurs paléontologues/archéozoologues que compte le CNRS, 38 (31 chercheurs et 7 ingénieurs) relèvent de la section 31, trois d'entre eux ayant été recrutés par l'ancienne CID 45. La section 31 est donc le principal point d'ancrage de la discipline au CNRS et dans le paysage national, ces deux disciplines étant plus faiblement représentées à l'université (17 EC). Seuls quatre autres chercheurs, archéozoologues spécialistes des périodes protohistoriques et historiques, sont évalués par la section 32. la communauté des paléontologues et des archéozoologues se répartit entre les champs chronologiques suivants : Paléolithique (18) [Mio/Plio/Pléistocène (6), Paléolithique inférieur (2), Paléolithique moyen (4), Paléolithique supérieur (6)], Mésolithique (2), Néolithique (7), Protohistoire (1), périodes préhispaniques (2), Histoire (1) ; et entre les spécialités suivantes : macrofaune (22 dont 3 spécialistes des carnivores), ichtyofaune (3), avifaune (2), malacofaune (2 dont 1 bivalves marins/culture, et 1 restes terrestres/paléoenvironnement) ; micromammifères (3). Outre les approches classiques, ces chercheurs détiennent une spécialisation en cémentochronologie (2), biogéochimie isotopique (2), taphonomie (2), morphométrie géométrique (2), datation (1) et paléogénétique (1). Le CNRS ne compte aucun spécialiste de paléoparasitologie (il n'existe qu'un MCU/chaire d'excellence en délégation au CNRS depuis 2009, évalué par la section 31), ni en archéoentomologie (il y a 1 IR CNRS mutualisé sur trois UMR). La communauté est dynamique sur le plan de la formation. Le nombre de jeunes docteurs est important (19 doctorats soutenus entre 2010 et 2013) et grandira dans les années à venir. On compte 29 doctorats en cours, venant notamment renforcer des compétences trop rares (microfaune, ichtyofaune, herpétofaune, malacofaune : 9 doctorats en cours).

Au sein des approches paléobiologiques, la paléontologie (anatomie, taxinomie et classification, étude des processus évolutifs) et la paléoécologie (éco-éthologie, paléodémographie, étude des communautés, taphonomie) semblent souffrir, au niveau de la formation et du recrutement, d'une mise en retrait, à la faveur des recherches sur les relations homme/animal qui sont au cœur de l'archéozoologie. Or, on ne peut faire l'économie d'une meilleure connaissance des écosystèmes et des processus de formation des assemblages fauniques sur les sites, qu'il s'agisse de contextes archéologiques ou non. Ce besoin concerne toutes les aires culturelles et une large période chronologique, en particulier le Pléistocène.

Le Mésolithique est un champ chronologique et culturel également mal représenté parmi les archéozoologues au CNRS, comptant seulement 2 chercheurs.

L'archéozoologie des périodes protohistoriques et historiques est essentiellement le fait des acteurs de l'archéologie préventive (Inrap, collectivités territoriales, sociétés privées : 35 personnes dont l'activité relève pour moitié du périmètre de la section 31), avec les limites inhérentes à leurs missions (détermination, enregistrement, rapports, mais peu ou pas de synthèses). Cette situation devrait inciter à soutenir la formation et le recrutement d'archéozoologues susceptibles d'apporter leur expertise dans le domaine de l'exploitation des données, afin de les rendre accessibles à la collectivité. La grande majorité des thématiques développées par l'archéozoologie, contribuant à l'histoire des sociétés et de la biodiversité, transcendent les limites chronologiques des sections 31 et 32 (on pense notamment à la coupure entre protohistoire et antiquité, obstacle à l'étude de la romanisation) et devrait susciter une concertation interinstituts (INEE, INSHS) et intersections (31, 32, 52).

On assiste à un renouvellement de certaines thématiques (domestication, pratiques agropastorales, biodiversité) par la diffusion de méthodologies comme la morphométrie géométrique et la biogéochimie isotopique, développées depuis plus longtemps en anthropologie et en paléontologie, plus récemment en archéozoologie. Cette évolution mène vers une orientation plus intégrée de ces outils aux problématiques. Une tentation inhérente pourrait être de croire pouvoir se passer des compétences détenues par de vrais spécialistes à même de les mettre en œuvre de façon autonome et de produire des avancées méthodologiques. Une attention particulière devra être portée à cette évolution afin d'éviter l'essoufflement qui résulterait du développement d'une démarche purement appliquée qui ne serait plus consolidée par des bases méthodologiques renouvelées. L'archéozoologie s'engage par ailleurs activement dans la modélisation de scénarios, et dans cette entreprise notamment, elle gagnerait à pouvoir s'appuyer sur un emploi IT renforcé dans les domaines des statistiques et des bases de données.

Paléogénétique et Paléogénomique

La section 31 compte un seul chercheur en paléogénétique (hors anthropologie), recruté en 2011. Il est essentiel que l'effort de recrutement cible des personnes ayant à la fois une bonne maîtrise des concepts et des outils de la génomique, et une capacité à intégrer ses résultats à des scénarios valides. Les outils de recrutement que sont les CID peuvent être utilisées en ce sens. Idéalement, des discussions croisées devraient être menées entre les sections 31 et 29. Les affectations de ces chercheurs doivent se faire dans un cadre qui leur assure un accès aux équipements. L'INEE, l'INSHS et l'INSB doivent travailler en concertation pour la gestion de l'accès aux équipements – actuellement essentiellement détenus par l'INSB – et pour une bonne cohésion nationale autour des projets émergents.

Approches physico-chimiques en bioarchéologie

Les archives de la bioarchéologie sont très diversifiées et comprennent des restes à morphologie conservée pour lesquels les approches vont de la reconnaissance macroscopique aux études morphométriques et aux analyses physico-chimiques, qu'il s'agisse de reconstituer le génome des espèces ou d'en appréhender les régimes alimentaires, leurs pathologies ou les migrations, ou encore d'en comprendre les processus d'altération, perceptibles au niveau des signatures isotopiques et des données élémentaires, moléculaires et cristallines. D'autres vestiges, sans morphologie conservée, témoignent également de l'exploitation des espèces végétales et animales (cires, huiles, boissons fermentées, graisses animales, produits laitiers, résines et goudrons végétaux) ; ils nécessitent des développements analytiques spécifiques puisque seule leur analyse chimique (détermination des caractéristiques élémentaires, isotopiques et moléculaires) est à même de permettre leur caractérisation.

Dans le domaine de la biogéochimie isotopique appliquée à la reconstitution de l'alimentation, de l'environnement, des pratiques pastorales et agricoles, la France est en perte de vitesse par rapport à ses voisins européens. Les champs d'application en archéozoologie sont encore largement sous-représentés (2 spécialistes en section 31) en comparaison aux pays anglo-saxons. Ces investigations sur les restes botaniques, en plein essor en Espagne et en Grande-Bretagne, sont étonnamment inexistantes en France. Un effort particulier devrait être consenti sur le recrutement de chercheurs et d'IT pouvant assurer quotidiennement la prise en charge technique de la partie analytique. À ce niveau, il y a nécessité de disposer de plates-formes performantes et innovantes (exploitation de la signature isotopique de nouveaux éléments chimiques, couplage des approches moléculaires et isotopiques).

Parmi les objectifs majeurs de la communauté des bioarchéologues, le premier devrait être le soutien aux chercheurs, IT et équipements permettant de conserver une place dans le peloton de tête de l'innovation technologique, tant dans les outils et méthodes développés, la production et la conservation des données, que dans les approches socio-environnementales intégrées. L'effort maintenu du CNRS dans cette direction au fil des dernières années doit être accentué, visant les bénéfices que pourrait tirer la communauté de se trouver plus et mieux impliquée dans les grands projets mutualisés de l'INEE (écotrons, bases de données, SEEG, OHM, plateaux techniques ou plates-formes analytiques) et de l'INSHS (édition scientifique, projets internationaux, UMI).

Le second objectif, qui n'est pas en contradiction avec le premier, serait de maintenir une communauté de généralistes de haut niveau, avec un bon ancrage sur le terrain, sans laquelle les efforts consentis sur les domaines spécialisés ou de haute technologie risquent de se trouver, à terme, coupés de la documentation de base et de l'appareil critique qui permet de l'utiliser à bon escient. Le CNRS doit continuer d'assurer son rôle dans ce domaine, en partenariat avec les universités et le MNHN, en se souciant tout particulièrement de la formation de ces généralistes.