Section 35 Sciences philosophiques et philologiques, sciences de l'art

II. Sciences philologiques

A. Sciences du texte

1. De la tradition universitaire à l'ancrage CNRS

Pour parodier un mot célèbre, on pourrait dire que « les Français n'ont pas la tête philologique ». En témoignerait l'absence de toute « chaire » de philologie dans nos universités, en dépit d'un grand nombre d'éditions de qualité qui paraissent en France chaque année.

Or la philologie non seulement n'a pas disparu de l'horizon herméneutique hexagonal mais elle est une des disciplines dans lesquelles les humanités trouvent leurs racines épistémiques. Lieu de rencontre d'un grand nombre de disciplines des sciences humaines, elle est également à la croisée de nouvelles approches du texte et de ses horizons de réception. Si la philologie a été préservée malgré tout en France, c'est grâce au rôle joué par le CNRS depuis une soixantaine d'années. Elle s'y est préservée non comme une de ces disciplines dites de « niche », qui trouvent parfois au CNRS un dernier rempart contre la menace d'extinction. Les sciences philologiques sont aujourd'hui au cœur de deux sections du Comité national (32 et 35) et constituent pour l'InSHS un enjeu majeur, comme en témoigne le projet de créer un nouveau Groupement d'intérêt scientifique (GIS) regroupant les laboratoires qui travaillent sur les humanités.

Les sciences philologiques sont la partie et le tout d'une heuristique du texte, à la fois fondements de toute approche herméneutique et sciences auxiliaires de tous les savoirs du passé. Certaines d'entre elles s'intéressent aux objets, aux documents, voire aux monuments ; d'autres, à la philosophie, à la poésie, à la fiction, aux mathématiques, bref aux lettres et aux chiffres. Mots ou choses, ces realia et mirabilia sont les semblants ou les faux-semblants d'un savoir passé que seules les sciences de la philologie permettent d'approcher et parfois de reconstituer.

2. Périmètre et domaines

Au moins un tiers des laboratoires de la section 35 consacrent une part importante de leurs activités de recherche aux études philologiques, à l'édition de texte, aux recherches sur les transferts textuels (de la translatio studii à l'histoire de la traduction), à la création de corpus éditoriaux, à la réflexion sur les outils de la discipline, à son histoire. Plus d'une soixantaine de chercheurs et d'ingénieurs rattachés à des unités de la section (venant souvent d'horizons universitaires dans lesquels la philologie classique et la philologie romane ont conservé une place éminente dans les études académiques) et au moins autant d'enseignants-chercheurs contribuent au rayonnement national et international de la philologie française.

L'intitulé même de la section 35 souligne le rôle central que les sciences philologiques occupent dans ses activités. Sur les onze sections du CNU dont les disciplines sont incluses dans le périmètre de la section 35, aucune n'a pour objet explicite les sciences du texte ; en réalité, la philologie constitue le socle de l'approche herméneutique de la presque totalité d'entre elles. Cette transversalité contribue à fonder la cohérence et la cohésion épistémique de la section 35.

Cette richesse éditoriale et scientifique touche tous les domaines thématiques des sciences humaines et sociales : des philosophies aux sciences, de la littérature à la musicologie ; elle concerne aussi un large spectre chronologique : de l'Antiquité classique au Moyen Âge et à l'époque moderne et contemporaine ; elle s'appuie enfin sur une remarquable variété de langues et de civilisations : des langues classiques aux langues de la Méditerranée, des langues germaniques aux langues orientales, des langues asiatiques aux langues africaines et amérindiennes.

Cette variété est le terrain de nouveaux défis pour la philologie. Il ne suffit pas de connaître une ou plusieurs langues rares pour assurer le traitement des sources transmises dans telle langue et/ou écriture. L'élargissement géographique du périmètre des sciences du texte doit pouvoir accueillir le défi représenté par les nouveaux corpus textuels qui continuent d'émerger, depuis une cinquantaine d'années, des régions lointaines du monde. Ces corpus demandent de nouvelles approches et participent du débat toujours ouvert sur le rapport entre écriture et oralité, littérature et pragmatique, et plus généralement entre littérature et pratiques lettrées. À titre d'exemple, on peut rappeler la révolution que le travail de recensement, numérisation et digitalisation des manuscrits éparpillés sur le sol indien a représentée quant à la perception de l'histoire des textes en Inde et de leur réception, mais aussi de la constitution des écoles de pensée et de leurs interactions mutuelles au fil des siècles. À cela s'ajoute la valeur que ce même travail très spécialisé d'encodage et de préservation matérielle des manuscrits représente en soi, ces document étant exposés, en raison des conditions climatiques particulièrement défavorables, à l'instar des fresques d'Ajanta ou d'autres grands sites du subcontinent indien, à l'érosion du temps et au risque d'une disparition rapide.

3. Laboratoires et réalisations

On compte parmi la vingtaine de laboratoires dans lesquels des chercheurs et/ou enseignants-chercheurs travaillent sur les sciences du texte quelques-uns des laboratoires les plus anciens et les plus actifs de la section, aussi bien en France (Institut de recherche et d'histoire des textes, Laboratoire d'études sur les monothéismes, Centre Jean-Pépin, Centre Léon-Robin, Archéologie et philologie – Orient et Occident, Centre d'étude de la langue et de la littérature françaises des xvie-xviiie s., Centre d'études supérieures de la civilisation médiévale, Centre d'études supérieures de la Renaissance, « Savoirs, Textes, Langages », Institut des textes et manuscrits modernes) que dans l'espace international de la recherche : USR Savoirs et Mondes Indiens, Maison Française d'Oxford, USR Amérique latine.

Une telle concentration a eu une grande influence sur les développements récents de la philologie. Nulle part comme au CNRS on a autant réfléchi à l'articulation entre différents domaines d'étude et différentes périodes de l'histoire. Le CNRS est l'un des seuls lieux au monde où l'histoire de la philosophie et des sciences est étudiée sans solution de continuité, et à un niveau inégalé de compétence, de l'Antiquité égyptienne et babylonienne jusqu'à l'époque moderne. Des équipes comme SPHERE, qui ont révolutionné ces dernières décennies l'histoire des sciences arabes, font de cette continuité un programme épistémologique. Cette collaboration entre hellénistes, arabisants, latinistes et hébraïsants a une portée sociale, voire politique, que le CNRS doit défendre. La philologie est le vecteur indispensable de ces avancées théoriques.

Par-delà le nombre très important d'éditions de texte, il faudrait signaler tous les projets individuels et collectifs que les chercheurs de ces disciplines ont su élaborer et mener à bien ces dernières années. Sans vouloir être exhaustif, il convient de souligner en particulier que plus d'un tiers des programmes ERC junior relevant de l'Institut des Sciences humaines et sociales du CNRS concernent des projets philologiques sur le texte médiéval (Olivier Bertrand à l'ATILF ; Monica Brinzei et Géraldine Veysseyre à l'IRHT ; Anne Grondeux à HTL), auxquels il faut encore ajouter le programme ERC senior dirigé par Maroun Aouad au Centre Jean-Pépin. Le dynamisme international des recherches philologiques est attesté aussi par les projets de coopération scientifique dans les Laboratoires internationaux associés (LIA) et dans les Groupement de recherche internationaux (GDRI). Quatre des six GDRI relevant de la section 35 concernent ainsi les sciences du texte : « Le concept de littérarité dans l'Antiquité romaine » (UMR Savoirs, Textes, Langage) ; « Europa Humanistica » (Institut de recherche et d'histoire des textes) ; « AITIA/AITIAI. Le lien causal dans le monde antique : origines, formes et transformations » (Centre Léon-Robin) ; « Le judaïsme face au défi politico-religieux de l'impérialisme romain » (Centre Paul-Albert-Février).

Les nombreux programmes ANR déjà menés à bien ou en cours (Translations médiévales au CESCM, Archiz à l'ITEM, etc.), l'EquipEx Biblissima, auxquels sont associés l'IRHT et le CESR, les LabEx Hastec et TransferS dont sont également partenaires une dizaine d'équipes de la section 35, ont joué un rôle structurant, contribuant à faire évoluer les méthodes d'approche des textes et la culture de l'interdisciplinarité. Ces programmes et ces réalisations témoignent de la vitalité éditoriale et scientifique de ces disciplines au sein des laboratoires de la section 35 et permettent de renforcer le partenariat avec la section 32 (Mondes anciens et médiévaux), et au-delà du CNRS la coopération avec les établissements d'enseignement supérieur.

4. Risques et perspectives

Si la vigueur des recherches dans les sciences philologiques est attestée par l'exceptionnelle richesse de la production scientifique, individuelle et collective, traditionnelle et numérique, mais aussi par la qualité des revues, des collections, des programmes transversaux, et enfin par l'attractivité nationale et internationale des structures d'accueil et de recherche, il subsiste cependant au moins deux risques majeurs pour l'avenir de ces disciplines.

Le premier risque est lié au renouvellement, c'est-à-dire à la capacité à opérer un recrutement de qualité qui garantisse, dans un premier temps, la pérennité de ces disciplines du savoir, qui permette surtout, par la suite, d'ouvrir de nouveaux chantiers que la faiblesse des effectifs et des structures ne permet pas d'envisager aujourd'hui. Un seul exemple suffira pour expliquer l'insuffisance des moyens humains dans ces disciplines. La société de philologie romane italienne (SIFR) compte aujourd'hui environ 250 membres dont plus de 150 enseignent la philologie romane dans les universités italiennes en tant que titulaires. En France, les séminaires de philologie consacrés à l'ensemble des domaines des sciences du texte ne dépassent pas les deux dizaines ; ceux consacrés à la philologie littéraire se comptent sur les doigts d'une main.

Le second risque est lié à la raréfaction d'un vivier universitaire national. La raison en est principalement l'abandon de l'enseignement de ces disciplines dans la presque totalité des universités françaises. Si un tel phénomène favorise encore plus l'ouverture internationale de la recherche française, en permettant entre autres d'alléger la pression dont témoigne le nombre de candidats venant d'autres pays européens, cela n'est pas sans conséquences sur l'avenir universitaire de ces disciplines, non plus que sur la nécessaire dialectique méthodologique entre différentes écoles et traditions ecdotiques.

Dans les deux cas, le CNRS, et tout particulièrement la section 35, est appelé à remplir sa mission vis-à-vis de ces disciplines, d'une part en les sauvegardant et en les renforçant à travers un recrutement prioritaire, d'autre part en négociant avec les universités de tutelle des laboratoires concernés un partenariat qui tienne compte aussi des réalités de la formation et qui permette de replacer l'enseignement des sciences de la philologie au cœur des programmes.

B. Histoire et théorie de la littérature

1. Dispositif de recherche

Les principales unités de recherche dans lesquelles la théorie et l'histoire de la littérature sont représentées au CNRS sont les suivantes : le Centre d'étude de la langue et de la littérature françaises des xvie-xviiie siècles (CNRS/U. Paris-Sorbonne) ; le Centre d'études supérieures de la Renaissance (CNRS/U. François-Rabelais, Tours) ; le Centre de recherche sur les arts et le langage (CNRS/EHESS : esthétique et théorie de la littérature, principalement xixe-xxie s.) ; l'Institut d'histoire de la pensée classique (CNRS/ENS de Lyon/U. de Lyon/U. de Saint-Étienne/Clermont Université : histoire de la littérature et de la philosophie, xvie-xviiie s.) ; l'Institut de recherche sur la Renaissance, l'âge classique et les Lumières (CNRS/U. Paul-Valéry Montpellier 3 : études shakespeariennes, histoire de la littérature française du xviiie s.) ; l'Institut des textes et manuscrits modernes (CNRS/ENS : génétique des textes, xviiie-xxie s.) ; Littératures, idéologies, représentations(CNRS/ENS de Lyon/U. de Lyon : histoire de la littérature française, avec plusieurs anglicistes et américanistes, xviiie-xixe s.) ; Pays germaniques (CNRS/ENS : littérature et philosophie allemandes et de l'Europe centrale, transferts culturels, xixe-xxe s.) ; le Centre d'études supérieures de la civilisation médiévale (CNRS/U. Poitiers : théorie des genres, translatio studii).

Les dernières années ont vu la naissance de plusieurs unités de recherche dans le domaine de l'étude des littératures : Théorie et histoire des arts et des littératures de la modernité (CNRS/U. Sorbonne-Nouvelle Paris 3/ENS : intermédialité, oralité, sound studies, littérature française des xxe-xxie s., théorie postcoloniale) ; Laboratoire de recherche sur les cultures anglophones (CNRS/U. Paris-Diderot : études anglaises et américaines, xixe-xxie s.) ; République des savoirs (unité de service et de recherche, CNRS/Collège de France/ENS : littératures et philosophies classiques et modernes) ; Eur'Orbem (CNRS/U. Paris-Sorbonne : études slaves).

Il faut ajouter plusieurs unités mixtes de recherche des centre de recherche français à l'étranger (Maison française d'Oxford, IFEA d'Istanbul, CRFJ de Jérusalem, USR Savoirs et Mondes Indiens à Pondichéry, USR Amérique latine en Bolivie, etc.), ainsi que l'unité mixte internationale CIRHUS à New York University, qui toutes participent du potentiel de recherche en études littéraires au CNRS.

2. Forces et faiblesses

Si les études vingtiémistes sont relativement bien représentées, en particulier au CRAL, à l'ITEM et à THALIM, il n'en est pas de même pour les autres périodes de l'histoire littéraire. Alors que la réflexion sur les littératures du xxie s. doit encore être encouragée, il convient surtout d'attirer l'attention sur la situation des dix-huitiémistes, de moins en moins nombreux, en particulier dans un laboratoire comme l'IRCL. Même dans d'autres laboratoires, où les chercheurs sont plus nombreux, les études sur le xviiie s. et dans une moindre mesure le xixe risquent d'être affaiblies dans les prochaines années du fait des départs en retraite. Par ailleurs, on peut aussi souligner le danger d'une asymétrie qui pourrait s'accentuer entre la province et Paris, les unités parisiennes tendant à attirer à elles les jeunes chercheurs. Enfin, la baisse progressive des crédits récurrents dans les laboratoires, jamais totalement compensée par des sources de financement extérieures (elles-mêmes difficiles à obtenir, en particulier en littérature, auprès de l'ANR), contribue à affaiblir les laboratoires, et à travers elle le CNRS, notamment vis-à-vis de l'étranger lorsqu'il s'agit de nouer des partenariats.

L'une des nouveautés de ces dernières années est le nombre croissant de projets de candidature prenant pour corpus des littératures non-européennes, parfois encore très peu connues en France (par exemple des œuvres de la littérature malgache du xxe s. ancrées dans des genres très anciens comme les sorabe, ou des pièces de théâtre africaines en plusieurs langues, ou encore des productions de populations autochtones australiennes diffusées lors de festivals). Il est capital que la section 35 relève ce défi et accompagne ce mouvement d'ouverture géographique et disciplinaire parallèle à celui des global studies. Il ne s'agit pas de renoncer à des travaux portant sur des auteurs français ou européens, mais plutôt de reconnaître qu'il n'est plus possible, dans le monde interconnecté qui est le nôtre, d'ignorer d'existence de productions littéraires venues d'autres continents, et qui doivent faire l'objet, à parts égales, de l'attention du CNRS.

L'intersécularité, peu favorisée à l'Université, étant donné les contraintes des concours de recrutement de l'enseignement secondaire et le profilage des postes, est un atout du CNRS qu'il faut encourager et développer. Des projets portant sur l'articulation entre xviiie-xixe s., par exemple, permettent de s'affranchir d'une façon de penser paresseuse qui verrait dans la Révolution française une coupure radicale, alors que certains phénomènes littéraires (la naissance de tel genre, la perpétuation d'un topos, l'émergence de certains courants esthétiques) s'inscrivent dans une temporalité différente, comme l'ont montré les travaux de R. Koselleck en Allemagne. La recherche est aussi une mise en cause des héritages critiques, une réflexion renouvelée sur la façon dont l'histoire littéraire elle-même contribue à « formater » nos esprits.

L'interdisciplinarité continue d'être un point fort dans les dossiers de candidature aux concours du CNRS. Elle constitue un atout dans le nécessaire renouvellement des objets et des méthodes : ainsi voit-on de plus en plus de projets portant sur des littératures impliquant plusieurs langues, ou sur l'articulation entre texte et image, ou encore sur le lien entre la littérature et une ou plusieurs autres disciplines (philosophie, histoire, histoire de l'art, anthropologie, sociologie, éthologie, écologie, sciences de la nature, histoire des sciences, etc.). Ajoutons qu'une prise en compte de supports d'expression différents du traditionnel papier (performances orales, usage des réseaux sociaux, etc.) contribue également à renouveler la notion même de littérature. Cette ouverture vers des formes nouvelles du littéraire se conjugue avec l'ouverture déjà notée vers les aires culturelles extra-européennes.

« Global » et « local » ne cessent de rimer au sein de la recherche anglo-saxonne, nord-américaine et désormais asiatique. Plutôt que de se focaliser sur cette partition en tant que telle, la section 35 souhaite l'intégrer à différents niveaux de son engagement scientifique, notamment par son attention à des projets mettant en jeu l'interaction entre littérature et sciences de la vie, ou encore les liens entre esthétique et idéologie, par exemple dans des aires francophones qui constituent elles-mêmes un atout puissant des potentialités et de la diversité de la langue française (Afrique, Haïti, mondes caribéens, Canada, etc.). Les études postcoloniales et les études de genre, longtemps regardées avec méfiance en France, gagnent en légitimité et s'appliquent à d'autres époques que les littératures du xxe s. Cette évolution est d'autant plus significative qu'elle permet d'accroître l'internationalisation de la recherche française en l'incitant à dialoguer avec des critiques et théoriciens écrivant bien souvent en anglais. À cet égard, il serait utile que le CNRS propose une aide à la traduction qui ne se limite pas à certaines revues, mais qui concernerait plus largement la production des chercheurs.

Le rapport de conjoncture de 2010 mentionnait l'écosophie et la réflexion sur la nature, le vivant, le non-humain comme une thématique émergente. La tendance se confirme en philosophie, en histoire des idées, mais aussi en études littéraires et en arts du spectacle. En témoignent les initiatives interdisciplinaires menées au sein du CRAL, de la nouvelle unité THALIM et du département LILA de l'École normale supérieure autour des études animales et de l'écopoétique, via des projets institutionnels reliant philosophie, éthologie, histoire naturelle, théorie de l'évolution et études littéraires ; en témoignent aussi les activités de l'UMR ACTE (CNRS/U. Paris 1 – Panthéon-Sorbonne) en arts de la performance et du spectacle vivant. La section prend acte de l'importance de la question de l'oïkos non seulement dans la pensée et la création contemporaines, sensibles aux risques sanitaires et aux alertes en matière de développement durable et de biodiversité qui hantent les débats socio-politiques actuels, mais aussi dans des périodes plus anciennes qui se sont interrogées sur la question du « séjour », de « l'habiter », du rapport de notre espèce aux autres espèces, à son évolution et à son environnement. Les mutations des concepts de vivant, de nature, d'animalité, d'humanité, de domestication ou d'habitat sont à envisager sur la longue durée et impliquent l'ensemble de la recherche en section 35. On pourra encore noter un desideratum de la recherche : la réflexion sur le post-humain et/ou la science-fiction est à l'université quasi absente du cœur de discipline littéraire et présente, mais de façon très dispersée, dans les disciplines les plus diverses, de la philosophie aux sciences politiques en passant par la gestion ou la géographie.

Enfin, il est capital que des travaux d'érudition nécessitant un investissement suivi dans le temps continuent de bénéficier du soutien du CNRS : éditions et numérisation de vastes corpus comme celui des correspondances ou de la presse, collationnement et annotation de sources manuscrites impliquant de nombreux séjours à l'étranger, mais aussi prise en compte d'un vaste ensemble d'écrits non canoniques qui permet de renouveler et d'élargir notre vision de la littérature d'une époque (récits de voyage, romans populaires, périodiques, dictionnaires, mémoires scientifique). Si la dimension patrimoniale de la recherche est importante, la section 35 souhaite toutefois souligner que la recherche en études littéraires ne saurait se limiter à de pures constitutions techniques de corpus, non plus qu'à un plan de sauvetage des écrits du passé. Un programme d'analyse littéraire peut tout à fait inclure en son cœur un projet éditorial, numérique ou non, mais son articulation doit aller de pair avec le souci herméneutique et une réflexion approfondie sur l'historicité des écrits du passé et les modes de production de leurs contextes est fondamentale.