Section 32 Mondes anciens et médiévaux

II. Les personnels de la recherche

A. Les chercheurs de la 32

1. Une évolution démographique inquiétante

En avril 2014, la section 32 compte 231 chercheurs actifs (140 chargés de recherche ; 91 directeurs de recherche), soit 18 chercheurs de moins qu'en 2009 (– 7 %), 54 de moins qu'en 2002 (–19 %). La diminution du nombre de chercheurs en activité est linéaire et continue depuis 12 ans. La section 32 est, après la 36, celle qui, à l'INSHS, a perdu le plus de chercheurs depuis dix ans.

Figure 3 : Nombre de personnels (chercheurs, ITA/IATOS, CDD) dans les laboratoires relevant principalement de la section 19.

 

 

La section 32 est une section âgée. La médiane est de 51 ans alors que le milieu d'une carrière peut être situé vers 46/47 ans. La tendance est à l'amélioration : la médiane était de 54 ans en 2006. Cette amélioration est conjoncturelle et tient à la fois au départ en retraite d'un nombre élevé de chercheurs issus de la génération du baby-boom (89 départs à la retraite entre 2007 et avril 2014), et à une augmentation des recrutements au niveau CR2 depuis 2010. Cette augmentation est toutefois très loin de compenser les départs à la retraite.

Durant les quatre dernières années (2010-2013), 56 chercheurs CNRS évalués par la section 32 ont quitté l'organisme. 48 ont pris leur retraite (86 %), 8 ont changé d'organisme. Un nombre important de départs en retraite est à prévoir durant les cinq prochaines années puisque les chercheurs de 60 ans et plus représentent 26 % des effectifs (60 chercheurs). Pour les seules années 2014-2015, 26 chercheurs devraient mécaniquement partir en retraite.

2. Des recrutements en augmentation, mais très insuffisants

Face à cette vague de départ, le nombre de recrutements aux concours CR a d'abord diminué (14 entre 2007 et 2009) avant de connaître une augmentation (31 postes entre 2010 et 2013). La différence entre départs de l'organisme et recrutements reste malgré tout très élevée. 17 départs en retraite n'ont pas été remplacés au cours des quatre années écoulées. 60 départs sont à venir dans les 5 prochaines années. Il faudrait 15 recrutements annuels pendant 5 ans pour éviter que se poursuive l'érosion du nombre des chercheurs de la section. Il est donc à craindre que le prochain rapport de conjoncture ne fasse le même constat.

3. Recrutements et affectation des chercheurs

Douze des 22 UMR et UPR ayant pour tutelle principale la section 32 ont obtenu au moins un recrutement au cours des 4 années écoulées, ainsi que 3 des 19 UMR et UPR ayant pour tutelle secondaire la section 32. Parmi les premières, c'est dans les unités comptant déjà le plus grand nombre de chercheurs CNRS que les affectations ont été les plus nombreuses.

4. Un rapport hommes-femmes équilibré, mais des disparités selon les grades

Si le rapport hommes-femmes est relativement équilibré (52,4 % d'hommes ; 47,6 % de femmes), deux tendances sont à souligner :

– des disparités par grade : les femmes représentent 51,5 % des CR mais 41,8 % des DR seulement. L'unique DRCE actif de la section est un homme ;

– l'accession plus tardive des femmes aux grades de DR1-DR2. En effet, 10 hommes ont accédé au grade de DR avant l'âge de 51 ans, pour seulement 3 femmes. La moyenne d'âge des DR hommes est de 57,8 ans, celle des femmes de 59,3.

 

B. Personnels de la recherche par grands champs disciplinaires

Au-delà des personnels CNRS, la section s'est également intéressée aux enseignants-chercheurs et aux grands équilibres entre chercheurs et enseignants-chercheurs par champs disciplinaires.

La répartition des enseignants-chercheurs (EC) dans les équipes de recherche montre, pour les antiquisants et les médiévistes, une forte disparité entre quelques grosses UMR spécialisées et un émiettement dans des EA dont le périmètre est souvent très généraliste.

62,4 % des EC antiquisants rattachés à la section 21 du CNU sont répartis dans 21 UMR et 1 USR (IRAA), et 48,3 % dans 9 UMR comptant au moins 10 EC antiquisants. Le reste des EC antiquisants (120) se répartit entre 26 EA, dont 12 comptent au moins 5 EC antiquisants, 4 EA n'en comptant qu'un seul. Pour les littéraires et les philologues (section 8 du CNU), sur 226 EC, la proportion est plus équilibrée : 44 % sont rattachés à des UMR et 56 % à des EA.

63 % des EC médiévistes sont rattachés à 38 UMR, et 45 % dans seulement 11 UMR comptant au moins 10 EC médiévistes. Le reste des EC médiévistes (164) se répartit entre 48 EA, dont plus de la moitié dans 13 EA comptant au moins 5 EC Médiévistes, 22 EA n'en comptant qu'un seul.

Ce déséquilibre se traduit dans le vivier des doctorants, tel qu'il apparaît à partir de la base (incomplète et imparfaite il est vrai) theses.fr. Sur 767 thèses inscrites depuis 2010 en histoire et archéologie (Antiquité et Moyen Âge), 591 soit 77 % le sont dans 11 établissements seulement sur 40 (Universités, EHESS et EPHE), et 380 (49,5 %) dans les établissements parisiens.

1. L'Orient ancien et l'Afrique subsaharienne

On compte dans ces domaines 102 chercheurs et enseignants-chercheurs répartis à parts égales entre CNRS (52 %) et établissements d'enseignement supérieurs (48 %) (universités, EPHE, instituts catholiques universitaires(7)).

Les recrutements se font de plus en plus tardivement : seuls 14 % des CR/MCF ont moins de 40 ans, un seul a moins de 35 ans. Si la pyramide des âges des universitaires est équilibrée, celle des chercheurs CNRS est fortement déséquilibrée : 15 des 53 chercheurs CNRS ont plus de 60 ans (28 %).

Il faut par ailleurs souligner le déclin de l'archéologie syro-mésopotamienne au CNRS (2004-2013 : 11 départs, 1 recrutement ; 3 départs à venir en 2014-2015). Cette vague de départs à la retraite continuera d'affaiblir un domaine jusqu'ici bien représenté au CNRS.

2. Égypte pharaonique et copte

On compte 34 égyptologues et coptisants au CNRS (44 %) et dans les établissements d'enseignement supérieur (56 %). Cet effectif se partage entre 62 % d'hommes et 38 % de femmes.

Les jeunes chercheurs et enseignants-chercheurs sont en faible proportion : seuls 15 % des effectifs ont moins de 40 ans. Alors que les postes d'EC des établissements d'enseignement supérieur ont été renouvelés de manière stable, les départs à la retraite des chercheurs CNRS n'ont pas été entièrement compensés. De plus, trois départs supplémentaires de DR sont prévus dans les trois ans à venir.

3. Langues et littératures anciennes (section 8 du CNU)

Dans les domaines couverts par la section 8 du CNU, ces quatre dernières années ont vu une très forte diminution du nombre de postes de MCF ouverts au concours dans les universités : les chercheurs et EC de moins de 40 ans représentent seulement 18 % des titulaires actuellement en activité et la grande majorité d'entre eux a été recrutée avant 2010.

Les recrutements récents se sont en outre concentrés dans un petit nombre d'unités. Les déséquilibres démographiques se sont ainsi creusés entre l'Île-de-France et les autres régions, entre certains laboratoires à la démographie favorable et d'autres unités où de nombreux départs à la retraite sont proches. De fait, la plupart des départs à la retraite qui auront lieu dans les quatre années à venir interviendront dans des EA, alors que ce sont les unités où l'on compte le moins de nouveaux entrants. Le maillage national de la recherche et de l'enseignement en philologie classique (et particulièrement en grec) risque ainsi d'être fortement mis à mal.

Le CNRS joue aujourd'hui un rôle essentiel dans le recrutement des jeunes chercheurs de ce domaine, puisqu'il a maintenu une dynamique de recrutement constante alors que les possibilités de recrutement à l'université s'amenuisent. Alors que l'accent est mis, dans les thèmes de recherches de plusieurs UMR et EA, sur la littérature scientifique et médicale ou sur la patristique, les recrutements récents de CR ont porté sur des profils peu représentés dans le paysage universitaire actuel.

4. Antiquité gréco-romaine (section 21 du CNU)

Chez les EC antiquisants de la 21e section, une parité d'ensemble (54 % d'hommes) masque des disparités par corps : 66 % des PR sont des hommes, contre 45 % des MCF.

En ce qui concerne les âges des EC, on observe une entrée relativement tardive dans la carrière des maîtres de conférences : d'après les données disponibles, aucun MCF n'aurait moins de 30 ans et les moins de 40 ans ne représentent qu'un petit quart du corps des MCF (24,8 %). La majorité des MCF se situe entre 40 et 49 ans (56,8 %). La majorité des PR se situent entre 50 et 59 ans (51,6 %). Les PR de moins de 50 ans représentent moins du quart du corps (24,7 %) tandis que les PR de plus de 60 ans constituent 24,5 % de la catégorie.

Pour ce qui concerne les domaines d'enseignement, si l'on considère le champ large de l'Antiquité gréco-latine, l'histoire domine largement, puisque 70 % des EC se consacrent à l'histoire grecque et romaine. Il faut noter le très net recul de l'enseignement de l'histoire de l'art : les postes définis comme tels représentent moins de 5 % du champ pédagogique.

5. Moyen Âge (histoire, archéologie, histoire de l'art, littérature)

On compte dans ce domaine 544 chercheurs et enseignants-chercheurs, dans un rapport très déséquilibré au profit des EC : 80 chercheurs du CNRS, soit 14,7 % du total et 464 enseignants-chercheurs des établissements d'enseignement supérieur (universités, EPHE, instituts catholiques universitaires), soit 85,3 % du total. Parmi les EC, 268 sont en poste dans une UMR, soit 57,8 % et 177 dans une équipe d'accueil, soit 38,1 %(8).

La pyramide des âges des EC est plus équilibrée que celle des chercheurs : alors que 35 % des chercheurs ont 60 ans ou plus, ce n'est le cas que pour 12 % des EC. Comme ailleurs, les recrutements sont tardifs, au CNRS comme dans les universités : la proportion de personnes de moins de 40 ans est la même pour les chercheurs et pour les EC : un peu moins de 11 %.

Quant aux différences de carrière entre hommes et femmes, on constate un déséquilibre important au CNRS et plus encore à l'université : les femmes représentent 36 % des DR et moins de 29 % des PR.

 

C. Les ingénieurs et techniciens de la section 32

Le nombre d'IT dans les unités ayant pour rattachement principal la section 32 s'élève à 341 (333 ETPT) au 31 août 2014 (source Labintel)(8). On observe entre 2009 et 2014 la perte de 17 postes, soit une baisse de 5 % des effectifs, qui s'ajoute à la baisse de 10 % enregistrée entre 2005 et 2009 (soit à l'époque une perte de 36 postes). Ces données confirment l'érosion constante des effectifs IT de la section.

Les personnels de la section 32 comprennent une nette majorité de femmes (210 femmes – soit 62 % – pour 131 hommes – soit 38 %). Les répartitions H/F font apparaître des BAP plus féminisées que d'autres : la BAP J, avec 84 % de femmes ; la BAP F (74 % de femmes) et la BAP D (52 % de femmes).

Les personnels sont répartis principalement dans la BAP D (Sciences Humaines et Sociales) : 37 % ; la BAP F (Documentation, Culture, Communication, Édition, TICE) : 33 % ; puis la BAP J (Gestion et pilotage) : 17 %. Par ailleurs, on compte 26 agents en BAP E (Informatique, statistique et calcul scientifique) : 8 % ; 12 en BAP B (Sciences chimiques et sciences des matériaux) : 3 % ; 3 agents en BAP C (Sciences de l'ingénierie et de l'instrumentation scientifique) et 3 en BAP G (Patrimoine, logistique, prévention et restauration). Les répartitions par BAP sont donc stables depuis une dizaine d'années.

L'âge moyen des IT de la section 32 est de 47,9 ans. La médiane se situe à 48 ans : 15 % des agents ont plus de 60 ans et 27 % ont entre 50 et 59 ans.

Le nombre d'IR reste stable par rapport à 2009 ; le nombre d'IE baisse de manière significative (-12 %), alors que celui des AI augmente sensiblement pendant la même période. On est donc en droit de se demander si, pour des fonctions identiques, des postes d'AI n'ont pas été substitués à des postes d'IE.

147 IT sont affectés dans une unité de recherche en région parisienne, soit 45 % des effectifs.

D. Les personnels de l'archéologie

Depuis une quinzaine d'années, un nombre croissant de laboratoires du CNRS accueillent en qualité de membres permanents des agents des services régionaux de l'archéologie et de l'INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives), grâce à des conventions de cotutelle ou de collaboration signées avec le ministère de la Culture et de la Communication (MCC) pour les premiers, et avec l'établissement public INRAP pour les seconds. Treize UMR ont ainsi le MCC pour tutelle, dont six relèvent à titre principal de la section 32. 107 agents des services régionaux d'archéologie sont membres de ces laboratoires qui ont reçu en 2014 une subvention de 177 000 € du MCC pour la valorisation des projets communs. L'INRAP compte pour sa part 103 agents dans 24 laboratoires partenaires (dont 8 relèvent à titre principal de la section 32) et apporte une aide en partenariat de 80 000 € affectés aux équipes selon les mêmes critères d'attribution que le MCC.

En comptant les agents de la Culture ou de l'INRAP qui sont associés à des unités non conventionnées, il est possible d'évaluer à près de 310 le nombre d'archéologues appartenant au le MCC et à l'INRAP qui participent à l'activité scientifique des laboratoires liés à la section 32.

(7) Dans ce cas précis, seuls ont été pris en considération les MCF et PR rattachés à une UMR.

(8) 19 EC ne sont comptabilisables dans aucune de ces catégories.

(9) Les données analysées sont celles des IT rattachés à titre principal à la section 32. La présence d'IT de la 32 dans des labos rattachés à titre principal à la section 31 induit une incertitude pouvant porter au maximum sur 16 IT.