Section 37 Économie et gestion

II. Les grandes thématiques de recherche

Au sein de notre échantillon, 12 UMR couvrent des thématiques relevant uniquement du champ de l'économie, 3 UMR se concentrent exclusivement sur le champ de la gestion, 10 UMR développent des activités dans les deux champs, parmi lesquelles 3 y associent également des préoccupations relevant du droit, de la sociologie, des sciences politiques ou des sciences de l'information. Enfin, 2 UMR rattachées à la section 37 à titre secondaire combinent l'économie avec l'aménagement et l'urbanisme, d'une part et avec la philosophie et les sciences politiques, d'autre part.

La plupart des UMR sont organisées scientifiquement autour d'axes de recherche qui rassemblent les principales thématiques dans lesquelles s'inscrivent leurs travaux. Partant de ces axes, nous avons identifié les principaux mots-clefs qui y sont associés et les proximités sémantiques qui les caractérisent. Sur cette base, nous avons procédé à un certain nombre de regroupements qui se sont traduits par la définition de huit grands champs thématiques qui, de fait, se distinguent les uns des autres, tout en gardant un certain nombre d'intersections qui les différencient d'une simple partition de la discipline. Économie et gestion sont souvent présentes conjointement dans ces grandes thématiques, ce qui traduit la pertinence de leur association au sein de la section 37.

Ces huit grandes thématiques dont nous allons décrire successivement les grandes lignes sont les suivantes : Philosophie, histoire de la pensée et des faits ; Entreprises, organisations et institutions ; Industrie et innovation ; Comportements et décisions ; Économie publique ; Monnaie, banque et finance ; Macroéconomie et économie internationale ; Environnement, espace et ressources naturelles. Chacune de ces thématiques rassemble des approches plurielles et des méthodes qui vont des techniques les plus quantitatives (modélisation, économétrie) aux plus qualitatives (enquêtes, entretiens, archives), du plus formalisé au moins formalisé, en passant par des approches expérimentales, institutionnalistes ou computationnelles(4).

A. Philosophie, histoire de la pensée et des faits

La thématique « Philosophie, histoire de la pensée et des faits » couvre des recherches à l'intersection entre les sciences économiques, les sciences de gestion et d'autres disciplines en sciences humaines et sociales. On peut distinguer trois sous-ensembles qui se recoupent partiellement : l'histoire de la pensée économique (HPE) et des sciences de gestion, la philosophie économique et des sciences de gestion, et l'histoire des faits économiques et des pratiques de gestion.

L'HPE et l'histoire de la gestion sont au centre de ce domaine, du fait de leurs interactions à la fois avec la philosophie et l'histoire. Elles peuvent se caractériser par la convergence et l'enrichissement croisé de deux formes de recherches. Les premières développent l'édition scientifique d'auteurs de référence. Les secondes mobilisent l'histoire de la pensée pour situer et comprendre l'origine des travaux théoriques actuels et pour mieux penser leur ancrage historique et leurs présupposés.

La philosophie économique et des sciences de gestion recouvre deux grands types d'interrogations. D'une part, des interrogations sur l'épistémologie et la méthodologie des sciences économiques et de gestion, en questionnant la nature et le rôle des modèles, en discutant d'autres méthodes non exclusivement déductives et d'autres critères de validité. D'autre part, essentiellement en économie, des questions relevant des théories de la justice, et notamment de la justice distributive, liées à une réflexion normative. On remarquera que ce type de recherches, souvent menées en France dans des centres de recherche en économie, relève dans d'autres pays européens et nord-américains des départements de philosophie ou de sciences politiques.

L'histoire des faits économiques est partagée entre les partisans de la new economic history (cliométrie), et ceux d'une histoire économique moins quantitative. Il y a cependant une certaine convergence sur l'objectif des recherches, qui est d'élaborer des réponses à des interrogations fondamentales telles que : quelles sont les sources de la croissance ? Quelles sont les raisons des cycles économiques ? Quel est le rôle de la monnaie ? Comment se sont institutionnalisées les pratiques de management ? En management, l'histoire des pratiques, initialement développée dans le champ de la comptabilité, s'étend désormais au marketing ou à la stratégie.

Ces thèmes de recherche sont présents de façon plus ou moins diffuse dans la plupart des unités rattachées à la section 37. En économie, ils le sont explicitement (en tant qu'axe de recherche) dans plus du tiers des unités, parfois en lien avec les questions de théorie économique ou d'économie publique.

En sciences économiques, le domaine a connu un certain recul au cours des dernières années, notamment lié à un recul de ces thématiques dans l'enseignement. Plusieurs unités notent que ce recul est moins fort en France, qui garde un certain leadership, au niveau européen, en HPE ou en histoire économique. En sciences de gestion, le domaine s'est institutionnalisé plus récemment, notamment avec la création de l'Association pour l'Histoire du Management et des Organisations au printemps 2013. En philosophie économique, il y a eu un effort d'internationalisation et de structuration avec l'émergence d'un réseau d'abord français qui s'est très vite ouvert au niveau européen. Ce travail en réseau existait déjà en HPE avec l'Association Charles Gide pour l'étude de la pensée économique. Il semble que cette dynamique était cohérente avec la politique du CNRS qui visait à la construction de pôles HPE ou philosophie économique au sein d'UMR de grande taille tout en favorisant un travail en réseau sur la thématique entre UMR et équipes d'accueil. Un GDR d'histoire de la pensée économique a longtemps exprimé le soutien du CNRS à cette structuration de la recherche en HPE. Cette politique a semble-t-il été récemment modifiée avec la création d'une FRE dont les recherches relèvent uniquement de l'HPE, ce que la section 37 ne juge pas pertinent. Une inscription des thématiques de l'HPE, de la philosophie économique et de l'histoire économique au sein d'unités plus grandes permet en effet une fertilisation réciproque, à condition bien sûr que le pôle philosophie, histoire de la pensée et des faits ait un poids et une autonomie suffisants pour développer ces recherches.

Il ressort en effet des réponses venant des UMR que les recherches dans ces domaines pourraient jouer un rôle important face à la crise (relative) actuelle des sciences économiques et de gestion. Plusieurs unités soulignent l'importance d'une réflexion méthodologique qui puisse être utilisée pour répondre à des questions actuelles. Ces unités mentionnent notamment les questions épistémologiques soulevées par le développement de l'économie comportementale, par les analyses de la performativité des énoncés économiques ou des catégories comptables. Certaines unités appellent à réactiver des concepts forgés par le passé et étudier leur pertinence pour les problèmes contemporains. D'autres observent un regain d'intérêt au niveau international pour l'histoire des faits et pour l'étude des tendances de long terme.

B. Entreprises, organisations et institutions

La thématique « Entreprises, organisations, institutions » couvre l'essentiel des recherches menées en sciences de gestion, à l'exception de certaines recherches conduites en finance et en marketing qui s'intègrent également à d'autres thématiques.

Développées dans plusieurs UMR, ces recherches prennent différentes formes. Dans certaines UMR, elles sont conduites au sein d'axes thématiques classiques tels les ressources humaines, la comptabilité ou les systèmes d'information. En grande majorité cependant, les unités pensent leurs travaux sous forme d'axes transversaux et programmatiques : bien-être et santé au travail, management de l'innovation, gestion des connaissances et compétences collectives, dynamique des organisations et nouveaux modes de management, innovation, créativité organisationnelle et sociétale, gouvernance des nouvelles formes d'organisation...

Ces axes affichent souvent l'ambition d'un impact sociétal, à l'image du management de l'innovation qui concerne notamment les usages d'Internet, des nouvelles formes organisationnelles (réseaux, entrepreneuriat), des nouvelles formes de relations marchés-organisations (type d'informations financières divulguées, promotion de modes de consommation durables) ou de la gestion des risques qui regroupe des recherches sur la Responsabilité Sociale des Entreprises ou la santé au travail. Cette ambition se comprend aisément au regard des évolutions de la société. Notons cependant que la gestion de l'inter-culturalité n'est explicitement revendiquée que par une seule équipe, ce qui laisse perplexe dans un monde de plus en plus mondialisé.

Ces axes affichent une forte interdisciplinarité, avec des travaux en sciences de gestion issus de fertilisations croisées avec l'économie, mais également avec la sociologie ou la psychologie. Ce second type de collaborations doit être souligné dans la mesure où il constitue sans doute l'originalité de certaines des recherches conduites en sciences de gestion. Au-delà, il faut encore noter l'ouverture de la discipline aux neurosciences et aux mathématiques (notamment en marketing et en finance), voire à la médecine ou à l'ergonomie pour traiter notamment de problématiques de bien-être au travail, axe de recherches ressortant parmi les plus forts ces dernières années.

C. Industrie et innovation

La quasi-totalité des UMR de notre échantillon, quelles que soient leur taille, leur localisation, leur discipline de rattachement en économie ou en gestion, utilisent dans la description de leurs axes structurants les termes « industrie » et « innovation ». À l'évidence, elles donnent une grande part aux analyses d'organisation industrielle et d'économie-gestion de l'innovation, part qui semble installée depuis longtemps dans le paysage français. En effet, les laboratoires, dans leur grande majorité, indiquent que ces thématiques existent depuis la création même du laboratoire concerné.

Au-delà de ce caractère « historique » de la recherche sur ces thématiques, qui démontre des compétences importantes accumulées dans le domaine, les laboratoires mettent en avant qu'un renouvellement des problématiques a été possible par des investissements sur des méthodes : théorie des jeux, théorie des réseaux, micro-économétrie sur données de firmes et de brevets, économie expérimentale, économie comportementale, économie de la complexité, etc. On observe également des laboratoires qui affichent une inscription plus marquée dans la thématique en utilisant les deux termes industrie et innovation systématiquement accolés dans leurs axes structurants. Ces laboratoires, que l'on peut qualifier de plus spécialisés dans le champ, sont peu nombreux, et envisagent les évolutions possibles de la thématique via des investissements sur des champs nouveaux (en plus des méthodes) : propriété intellectuelle, éco-innovations, économie de l'environnement, économie de la science, économie des brevets, gestion des risques nouveaux, science et technologie, financement de l'innovation.

La séparation entre les approches formalisées et normatives, plutôt positionnées dans les problématiques de la concurrence imparfaite et du maintien d'une économie industrielle « à la française », plus descriptive et inductive, semble appartenir au passé. Au fil des ans, les fondements d'une économie industrielle moderne se sont enrichis, à la fois de nouvelles approches théoriques (néo-institutionnalisme, théorie des organisations, approches spatiales, externalités, réseaux, théorie de la connaissance, approches interactionnistes...) et de nouveaux outils méthodologiques (économétrie et économétrie spatiale, théorie des jeux, approches évolutionnistes, modèles multi-agents...). Ce sont désormais les acquis d'une communauté scientifique fortement internationalisée dans laquelle les chercheurs français sont de mieux en mieux intégrés, au niveau européen bien sûr mais aussi transatlantique. La recherche sur le thème apparaît transversale à l'économie et la gestion (notamment sur la gouvernance d'entreprise, l'entrepreneuriat). C'est un domaine de recherche « ouvert » qui fait se confronter des approches différentes et qui s'enrichit de cette différence. Elle est bien aujourd'hui à l'interface d'un grand nombre de champs, tels que l'environnement, les comportements et décisions, les organisations et institutions, l'économie et le droit, l'économie géographique, les politiques économiques. Elle utilise des méthodes diverses mais complémentaires, qui permettent de faire avancer la connaissance. Certains développements du champ (systèmes complexes, econophysique) requièrent également une pluridisciplinarité inter-Instituts (physique, informatique, écologie) au-delà des SHS.

La recherche a également une dimension internationale reconnue, du fait de l'existence de réseaux européens et internationaux dans lesquels les équipes françaises apparaissent comme coordinateurs ou partenaires. Cela implique parfois que ces équipes sont plus connues à l'international que dans le périmètre français.

Les productions scientifiques sont publiées en large majorité dans les revues académiques de champs plutôt que dans des ouvrages, même si cela reste une activité importante de la création de connaissances. La qualité des supports a connu un fort accroissement, tandis les revues de champ françaises continuent à jouer un rôle important pour les jeunes chercheurs, mais aussi pour des chercheurs plus confirmés qui ont la possibilité de proposer des états de l'art et des synthèses de leur production.

En conclusion, le champ a connu des renouvellements importants au cours de ces dernières années, à la fois dans les questions de recherche abordées et les méthodes utilisées, et se consolide aujourd'hui par une visibilité accrue en termes de production scientifique et à l'international.

D. Comportements et décisions

L'économie comportementale et la théorie de la décision constituent une thématique présente dans un nombre non négligeable des UMR de notre échantillon. Dans plusieurs UMR, elles figurent parmi les axes principaux depuis l'origine et continuent à être bien représentées grâce à une politique scientifique de recrutement conséquente dans ces laboratoires. Dans d'autres, elles ont été développées plutôt récemment et trouvent une place plus importante dans la recherche de ces unités.

Un aspect remarquable de l'analyse des comportements et des décisions est qu'il y a de nombreux liens avec différents domaines en économie et différentes méthodologies : non seulement avec l'économie expérimentale (expériences de laboratoire et de terrain), qui est souvent associée à l'économie comportementale, mais aussi avec l'économie publique, notamment les politiques environnementales, ainsi que la modélisation mathématique, la recherche opérationnelle, la théorie des jeux et du choix social, et la rationalité limitée. On notera également des liens naturels avec la gestion (et plus particulièrement l'étude du comportement du consommateur en marketing), la psychologie, la psychophysiologie, la sociologie, la neuro-économie ou les sciences politiques.

Dans le domaine de l'économie expérimentale, plusieurs UMR sont reconnues comme faisant partie des laboratoires initiateurs de ce domaine en France et disposent d'une reconnaissance internationale. Les thèmes abordés sont reliés entre autres à l'économie du travail (genre et compétition, incitations et effets de pairs, favoritisme), la finance (comportements spéculatifs), l'économie de la santé (préférence des patients, prise de décisions, impact de la fatigue), le design de marchés et de mécanismes (enchères, tarification, mécanisme d'appariement), la neuro-économie (comportements pro- et anti-sociaux, émotions et apprentissage), l'économie publique et du bien-être (fraude fiscale, tricherie, genèse des normes sociales), les réseaux sociaux (transmission d'informations, influence), etc.

Par ailleurs, l'objectif de plusieurs laboratoires du CNRS est d'animer et de développer les activités de recherche en théorie de la décision et ses applications à l'économie, la finance et les sciences sociales. Dans ce domaine également certains laboratoires ont une réputation internationale incontestable, en décision dans l'incertain comme en décision dans le risque, ainsi qu'en aide multicritère à la décision. En décision dans l'incertain, les thèmes de recherche portent entre autres sur les préférences incomplètes, les préférences imparfaites, les choix dynamiques, la caractérisation des aversions pour le risque, l'ambiguïté, la révision des croyances, les mesures du risque, les négociations sous incertitude. On note également des applications de ces thématiques aux questions de choix de portefeuilles financiers et de contrats d'assurance. La décision dans le risque devient un point fort des travaux expérimentaux dans certains laboratoires, complétés par divers travaux théoriques (risques environnementaux, risque technologiques, assurance et gestion du risque).

Un autre thème rattaché à la théorie de la décision qui tient une place très importante dans plusieurs UMR concerne la théorie des jeux (coopératifs et stratégiques), des interactions et des réseaux. Ici encore on trouve une grande richesse de thèmes abordés reliés à l'information et la communication, la modélisation des comportements et des interactions économiques entre les agents, la dynamique et l'impact des réseaux économiques et sociaux sur les performances économiques, etc. Les objectifs mentionnés concernent l'analyse théorique ainsi que les tests empiriques.

L'analyse des comportements et des décisions est aussi fortement reliée à la théorie du choix social. Un des objectifs qui émerge concerne le développement et l'application des solutions en théorie des jeux, théorie des choix collectifs et théorie du bien-être dans les domaines de la santé et de l'organisation industrielle. Un autre objectif important concerne des nouvelles thématiques en économie publique ou en marketing reliées aux questions sociétales, comme les inégalités et les discriminations, l'environnement, la consommation, l'éducation et l'emploi, et la santé.

Enfin, on soulignera l'émergence des aspects algorithmiques : théorie algorithmique des jeux, théorie algorithmique de la décision et choix social computationnel. Ces nouvelles thématiques sont au croisement de l'informatique, de l'économie et de la gestion, et montrent la pluridisciplinarité croissante de la recherche en économie.

E. Économie publique

La France occupe une place particulière et éminente dans l'histoire de la discipline, née en grande partie sous l'impulsion des économistes ingénieurs, de leurs problématiques empiriques de décision publique et de leurs analyses des imperfections de marché. Le renouvellement de la discipline et sa forme moderne doivent beaucoup aux développements en France de l'analyse des imperfections d'information et de la régulation des marchés imparfaits. Ces traditions restent fortement présentes dans les recherches menées aujourd'hui dans les laboratoires CNRS, et ce au plus haut niveau. Ces recherches vont du plus théorique au plus appliqué.

Les nouveautés conceptuelles en matière d'Économie Publique ont trait à son rapprochement avec ce que les anglo-saxons nomment Political Economy et qui consiste en une meilleure intégration des problématiques institutionnelles aux domaines d'études traditionnels tels que la fiscalité, la santé, l'éducation, les transports, les politiques urbaines, etc.

L'Économie Publique moderne touche ainsi à la Science Politique (récents développements des méthodologies économiques pour l'étude des institutions démocratiques), à l'Histoire (récents développements en Macroéconomie et Histoire des inégalités), au Droit (récents développements en Droit de la concurrence et sur les discriminations), etc.

La pratique actuelle de l'Économie Publique est marquée par une ouverture méthodologique croissante venant brouiller les frontières traditionnelles entre études monographiques et enquêtes statistiques. Les outils économétriques sont maintenant disponibles pour tous et, point plus important, tendent à être maîtrisés par à peu près tous. Ceci rend possible une pratique plus saine des études quantitatives, particulièrement visible dans l'étude des inégalités, l'économie de la santé, de l'éducation, du travail, des discriminations, etc.

Cette tendance s'est notamment matérialisée dans l'explosion au cours de la dernière décennie des travaux consacrés à l'évaluation des politiques publiques. Cette évolution engendre une réorientation des intérêts du champ vers des travaux de nature plus empirique, et crée également une interface forte entre la recherche académique et la décision publique. L'intérêt croissant pour les travaux de cette nature conduit également à un renouvellement profond des méthodes d'investigation empiriques elles mêmes, à travers la réalisation d'expériences de terrain. L'émergence des travaux d'évaluation des politiques publiques est une donnée forte et structurante de l'évolution de la recherche dans les laboratoires CNRS.

En termes de répartition, l'économie publique est développée de manière différente sur le territoire. Les grands pôles de recherche ont une activité intense, souvent plus orientée vers la recherche fondamentale et l'évaluation des politiques publiques. S'y ajoutent des centres de plus petite taille, en pointe sur une partie du domaine : le choix social, l'économie des transports, l'économie du changement climatique, etc.

Deux forces du CNRS dans le domaine de l'économie publique sont identifiées par tous les laboratoires. D'une part, la tradition française quantitativiste et formaliste constitue un avantage comparatif, pour peu qu'elle soit aussi mise au service de l'analyse empirique. D'autre part, s'agissant d'un domaine de plus en plus aux prises avec l'actualité, l'accent mis sur le recrutement de chercheurs qui privilégient une approche fondamentale est cité comme un élément de plasticité des programmes de recherche développés, qui favorise l'adaptation aux évolutions – très rapides – de ce champ.

F. Monnaie, banque et finance

Dans ce domaine de recherche, les chercheurs des laboratoires du CNRS sont traditionnellement très présents sur le plan international, singulièrement dans sa dimension finance de marché, risque et macroéconomie financière. Les quatre années passées confirment cette tendance. Elles marquent aussi l'émergence de travaux nombreux d'économie bancaire, écho des crises des subprimes et de la dette souveraine. En résonance avec la relative stabilité monétaire mais aussi avec un moindre renouvellement de la réflexion sur le plan international, les productions de théorie monétaire et les projets dévolus à l'analyse des politiques monétaires sont moins présents dans les laboratoires, malgré une résurgence très récente liée à l'émergence des politiques monétaires non-conventionnelles.

Les méthodologies à l'œuvre vont de l'économie mathématique et de l'économétrie appliquée, – notamment dans le champ de la finance de marché –, à des approches plus institutionnelles, singulièrement en économie bancaire et en macroéconomie financière. La finance d'entreprise fait appel à ces mêmes compétences mais elle recourt aussi aux méthodologies de l'analyse et de la gestion comptable et financière. L'économie expérimentale et la simulation numérique sont encore relativement peu sollicitées dans ce champ par les laboratoires CNRS.

S'agissant des questions de théorie et politique monétaires, les travaux de théorie monétaire, désormais moins représentés dans les laboratoires CNRS, analysent principalement un contexte marqué par les institutions (banques centrales) sur le plan macroéconomique et par la prise en compte de formes de rationalité imparfaites en microéconomie. Les plus récents travaux de politique économique rationalisent les politiques « non-conventionnelles » après une vague de recherches précédentes consacrées à la prise en compte des prix d'actifs.

Le champ de la finance de marché est celui où la présence des publications des laboratoires du CNRS est la plus forte au niveau international. Les préoccupations classiques de la finance théorique (détermination des prix d'actifs, choix de portefeuille, information, incertitude, pricing des produits dérivés, innovations financières...) sont toujours fortement représentées et trouvent écho dans les meilleures revues internationales. Sollicités par l'actualité de la dernière décennie, des objets nouveaux apparaissent aussi, plus tournés vers les propriétés du marché ou de certains de ses segments (l'analyse des contextes d'illiquidité, du changement des microstructures, de la découverte des prix, des processus de contagion financière...). Ces objets nouveaux pourraient prendre le pas sur les précédents dans les années à venir.

Le domaine de recherche relatif à l'économie bancaire connaît une vigueur nouvelle liée aux crises récentes. Il se développe souvent dans des unités auparavant plus tournées vers la macroéconomie financière ou l'analyse de la politique monétaire. Le risque de crédit, la titrisation, mais aussi les régulations micro et macro-prudentielles en sont les thèmes principaux. Les thématiques liées à la liquidité bancaire et à la contagion des crises bancaires sont aussi développées.

Les recherches en finance d'entreprise portent sur la gouvernance d'entreprise, mais s'appliquent aussi à développer l'analyse de financements non-bancaires (corporate equity, capital-risque...). En écho aux crises financières récentes, la structure de la dette reste un objet très travaillé.

Le champ de la macroéconomie financière, enfin, relie un peu les précédents dans des travaux articulant les différents éléments de l'activité monétaire et financière, dans l'analyse des composantes financière de la globalisation des économies. Les interdépendances entre marchés et institutions, entre économies nationales, entre sphères financières et réelles, font l'objet de l'attention des chercheurs. Ceux-ci s'appliquent aussi à mieux comprendre l'origine et la propagation des crises financières sur un plan macroéconomique et international.

G. Macroéconomie et économie internationale

Les événements qui ont récemment affecté l'économe mondiale, tels la crise économique et financière de la fin des années 2000, les tensions au sein de la zone euro, l'ampleur des déséquilibres globaux, la croissance à deux chiffres de certains pays émergents, la forte volatilité des prix des matières premières, les projets d'accords commerciaux de grande envergure, ont soulevé de nombreuses questions suscitant une analyse approfondie aux niveaux macroéconomique et international. Ces questions ont conduit à un renouveau des analyses théoriques et empiriques, mais ont aussi mis au premier plan la nécessité d'en déduire des recommandations de politique économique, notamment de politique macroéconomique de sortie de crise.

Les travaux en macroéconomie et économie internationale nécessitent naturellement le recours à des méthodes très diverses, comme l'économétrie (séries temporelles, données de panel, structurelle, spatiale), la modélisation, les techniques de simulations, la théorie des jeux, la modélisation DSGE (Dynamic Stochastic General Equilibrium Models) avec l'incorporation récente du secteur bancaire, l'utilisation croissante des modèles à base d'agents ou encore, notamment en économie du développement, les approches expérimentales et d'analyse d'impact.

Dans le domaine de l'analyse des fluctuations et de la croissance, les travaux intègrent de plus en plus les interdépendances macroéconomiques et financières afin de mieux comprendre les cycles économiques et financiers et d'étudier la transmission des cycles dans les économies ouvertes et financiarisées. Une part croissante des recherches porte sur les impacts macroéconomiques des fluctuations des prix des matières premières et de l'énergie ; l'objectif étant de parvenir à une meilleure compréhension des mécanismes de transmission entre les différents déséquilibres macroéconomiques afin d'en déduire des recommandations en termes de politique économique. De façon liée et s'insérant dans une optique d'analyse des équilibres de long terme, les travaux se sont récemment orientés vers les questions de développement durable, de l'analyse de la macroéconomie sous contrainte environnementale et des aspects environnementaux des questions commerciales. Des approches pluridisciplinaires sont ici fréquemment retenues, au travers de collaborations avec des biologistes, climatologues, mathématiciens, physiciens, psychologues et sociologues.

Les travaux plus traditionnels en macroéconomie théorique sont naturellement poursuivis et approfondis, avec le souci accru de rendre la théorie plus réaliste en introduisant divers éléments comme les générations d'agents, les hétérogénéités entre agents, les contraintes de crédit, l'incomplétude des marchés ou encore les rigidités nominales.

Les travaux dans le domaine de l'économie géographique et du commerce international occupent également une place centrale. Concernant l'économie géographique, les recherches ont trait à la localisation des activités économiques, l'évaluation des effets d'agglomération, les coûts de transport, le home market effect et l'effet frontière. S'agissant du commerce international et de la mondialisation, les travaux portent sur des thèmes divers relatifs à l'intégration des marchés et de la production, les liens entre commerce et sécurité internationale, la cohérence des politiques d'aide, les politiques commerciales (non tarifaires) et les accords commerciaux régionaux ou globaux.

Les recherches en économie du développement se caractérisent de plus en plus par une double dimension, macroéconomique et microéconomique. Les thèmes traités portent ainsi sur la dynamique des inégalités, les migrations internationales et les questions de transferts de fonds des migrants et de mobilité du travail, l'économie politique des institutions et du développement, les nouvelles formes d'intégration internationale des PED...

En termes de politique économique, la crise a mis en évidence l'inadaptation de certaines politiques macroéconomiques et a conduit à l'analyse de nouvelles pratiques de politique monétaire, notamment les politiques non conventionnelles et macro-prudentielles, et de leur articulation avec d'autres politiques, budgétaires en particulier.

Les membres des unités CNRS participent très activement à l'ensemble de ces débats en macroéconomie et économie internationale, champ dans lequel la France a toujours occupé une place importante. Les unités développent également une importante recherche contractuelle dans le domaine appliqué (projets ANR, thèses CIFRE, contrats nationaux et européens, publics et privés) et participent très activement au débat public, avec de nombreux partenariats relevés avec des institutions comme la Banque de France, la Banque Mondiale, le CAE, le CEPII ou l'OCDE.

L'ensemble des recherches menées par les équipes CNRS sur ces questions auront des répercussions importantes dans la redéfinition des théories et pratiques macroéconomiques mises à mal par les événements récents, ainsi que dans la formulation de recommandations de politique économique.

H. Environnement, espace et ressources naturelles

La quasi-totalité des UMR relevant de la section 37 mènent des travaux sur ces thèmes, ce qui n'était pas le cas voici quelques années. Trois UMR placent un ou plusieurs de ces thèmes au centre de leur activité : le CIRED (en particulier le changement climatique et l'énergie), le LAMETA (en particulier la biodiversité) et le LET (transports). Pour une dizaine d'autres UMR, ces thèmes (ou l'un d'entre eux) constituent un axe ou un sous-axe affiché. Certaines UMR mènent depuis longtemps des recherches importantes en environnement, tandis que pour d'autres, en particulier des UMR de gestion, il s'agit de thèmes nouveaux.

La communauté française en économie de l'environnement et des ressources naturelles s'est structurée formellement en 2013 sous forme d'une association, la FAERE, affiliée à l'EAERE européenne, avec une forte implication de plusieurs UMR CNRS, mais aussi d'UMR d'autres organismes comme l'INRA. La recherche sur ces thèmes est très internationalisée, et les UMR les plus actives sont très impliquées dans des collaborations et réseaux internationaux sur ces sujets. Sur les problématiques liées à la notion d'espace, les groupes de recherche au sein des UMR concernées bénéficient d'une visibilité au niveau international sur certaines thématiques spécifiques (comme l'économie des transports par exemple).

Les approches sont très diverses : modèles mathématiques micro ou macroéconomiques, formels ou numériques, économétrie, modèles multi-agents appliqués à l'environnement, études de cas. Il en est de même des questions traitées, parmi lesquelles en environnement trois se dégagent particulièrement : changement climatique (impacts, adaptation et atténuation) ; écosystèmes et biodiversité ; ressources renouvelables (eau, forêts, poissons...). Le même constat prévaut quant aux domaines géographiques abordés, qui vont du niveau mondial à celui du pays (dont les pays en développement et émergents). Enfin, tandis que dans certains modèles la représentation de l'environnement biophysique est basique, dans d'autres cette représentation est très riche (qu'il s'agisse de modèles de dynamique des populations animales ou de représentations simplifiées du système climatique). Par ailleurs, la Responsabilité sociale des entreprises (RSE) suscite de plus en plus de travaux de la part d'économistes comme de gestionnaires. Sur les questions d'économie spatiale et urbaine, plusieurs thèmes ressortent plus spécifiquement : évaluation des politiques publiques spatialisées (logement, emploi), influence des structures et des dynamiques spatiales sur la détermination des mobilités, constitution des territoires à travers les pratiques de mobilité des acteurs, influence des processus de migrations (internes et externes aux pays concernés) sur les activités économiques. Les approches mobilisées se tournent vers l'interdisciplinaire, avec un croisement entre des modélisations d'économie (urbaine) et des approches venant de la géographie.

De nombreux directeurs d'unités souhaitent investir davantage les thèmes de l'environnement et du développement durable, notamment à travers des approches interdisciplinaires avec des chercheurs de sciences de la nature et d'autres sciences humaines et sociales, ainsi qu'en informatique, algorithmique ou mathématiques appliquées. Les unités travaillant sur la dimension spatiale soulignent leur volonté de renforcer leur approche des questions sur la mobilité et sur l'influence des processus migratoires, et suggèrent elles aussi l'utilité d'un renforcement des projets interdisciplinaires dans leurs thématiques. À l'échelle internationale, le CNRS est placé de manière unique pour soutenir ces travaux pluridisciplinaires, de par la qualité de sa recherche et de par sa couverture globale des disciplines. Cela passe par des recrutements interdisciplinaires mais aussi par des programmes pluridisciplinaires qui apportent une valeur ajoutée scientifique dans la discipline de chaque chercheur concerné. Par ailleurs, le CNRS peut permettre à des chercheurs de travailler indépendamment des sources de financements susceptibles de générer des conflits d'intérêt, dans un domaine où de telles situations peuvent facilement se produire.

(4) Voir figure en annexe.