Section 31 Hommes et milieux : évolution, interactions

II. Anthropologie biologique

Correspondances CNU

L'anthropologie biologique s'inscrit totalement au sein de la 20e section ; les champs disciplinaires de l'anthropologie du vivant et de la paléogénétique étant également concernés par les 67e et 68e sections.

Périmètre et thématiques

L'anthropologie biologique a pour objet l'étude de l'histoire évolutive et des variations adaptatives de la lignée humaine dans le temps et dans l'espace, sans pour autant exclure l'étude de certains référentiels non-humains, généralement des primates. Elle analyse les causes et les conséquences de l'interaction des groupes humains avec leur environnement, naturel ou culturel, à l'exclusion des sciences des maladies et de l'art de les guérir.

En raison de sa double composante, biologique et culturelle, le champ d'étude de l'anthropologie biologique est particulièrement vaste. Son fil conducteur est l'étude des homininés fossiles et actuels, en prenant notamment en compte leur diversité, stratégies adaptatives, dynamiques évolutives, états de santé, gestes mortuaires, pratiques funéraires. Tout représentant de la lignée humaine est toujours envisagé en tant qu'être biologique et culturel, interagissant et évoluant avec son environnement (milieu) biotique et abiotique, culturel et social, et ce de manière diachronique.

En France, les recherches peuvent être subdivisées en 5 grands ensembles :

– l'anthropologie du vivant incluant l'anthropologie médico-légale ;

– la paléontologie humaine étudiant l'évolution de la paléobiodiversité phénotypique de l'origine de notre lignée du Mio-Pliocène jusqu'à l'Holocène ;

– la bioanthropologie s'intéressant aux dynamiques biodémographiques et aux causes et conséquences des variations des populations protohistoriques et historiques ;

– l'archéothanatologie qui inclut l'anthropologie funéraire et l'anthropologie de la mort dans toutes leurs dimensions culturelles. Naturellement, les compétences des acteurs et les « imbrications » avec les problématiques des archéologues sont d'autant plus fortes que sont étudiés des gestes mortuaires ou funéraires liés à des croyances ;

– la paléogénétique, paléogénomique et génétique des populations, abordant l'évolution de l'humanité fossile, l'étude des peuplements et les causes de la diversité phénotypique humaine par le prisme du génome.

Acteurs et structuration du champ

L'anthropologie biologique est sous-représentée en France et sa répartition sur le territoire national est déséquilibrée. La grande majorité des chercheurs CNRS dans ce champ travaille dans l'UPR 2147 et cinq UMR (UMR 5199, UMR 5288, UMR 7194, UMR 7206, UMR 7268) et une UMI (UMI 3189). À cela on doit ajouter sept chercheurs rattachés à la S31, répartis dans quatre autres structures de recherche (UMR 5133, UMR 7041, UMR 7207-Paris et UMR 7269).

L'avenir de l'anthropologie biologique est très préoccupant au regard de la situation démographique des chercheurs du CNRS. Trente-huit membres de la section 31 relèvent de l'anthropologie biologique. Sur ces derniers, 6 seront partis à la retraite à l'été 2017, et 13 (le tiers !) partiront à la retraite dans les 10 ans à venir.

Cette situation est d'autant plus inquiétante que c'est très majoritairement au CNRS que l'anthropologie biologique se développe en France. Les effectifs des enseignants-chercheurs en anthropologie biologique à l'Université (dépendant des sections 20 ou 67-68 du CNU) sont bien trop faibles au regard de ce qui existe dans nombre de pays occidentaux, avec 5 professeurs (Poitiers, Toulouse 3, Aix-Marseille, Bordeaux) et 6 maîtres de conférences (Aix-Marseille, Bordeaux, Poitiers). La situation au MNHN est un peu plus favorable (trois professeurs et quatre maîtres de conférences). Un directeur d'étude à l'EPHE est anthropologue (rattaché à l'UMR 5199).

Priorités

Étant donné ce constat préoccupant pour une discipline dont l'importance et les intérêts sociétaux ne font l'objet d'aucun doute, et tout en préservant ses autres champs disciplinaires, nous avons identifié plusieurs urgences pour le CNRS :

1) l'anthropologie du vivant (déjà signalée dans le rapport de conjoncture de 2006). Elle ne compte plus que neuf chercheurs en poste, mais dont cinq partiront à la retraite d'ici 2020. Elle est en péril extrême. D'un intérêt sociétal croissant, elle a aussi besoin qu'un vivier de jeunes chercheurs soit recréé ;

2) l'archéothanatologie (déjà identifiée dans le rapport de conjoncture de 2006), dont le dernier chercheur a été recruté en 2007, est une spécialité où la France fait figure de pointe de la recherche mondiale. Mais une rupture se fait sentir entre recherche académique et préventive. Si on peut se réjouir du développement de l'emploi dans ce domaine de l'archéologie préventive, ses acteurs n'ont pas suffisamment de possibilités pour développer de nouvelles problématiques scientifiques ;

3) l'anthropologie forensique, par nature très interdisciplinaire, peine à trouver sa place en France, malgré la qualité de la recherche en anthropologie biologique. Il est donc impératif que le CNRS œuvre à son développement ;

4) l'étude de la diversité génétique des populations humaines actuelles et la Paléogénique/génomique/épigénomique doivent continuer à être soutenues. Notamment dans le domaine de l'ADN ancien, la France est en perte de vitesse par rapport à ses voisins européens. Mais elles ne pourront devenir concurrentielles à l'international que si les équipements des laboratoires évoluent parallèlement aux progrès considérables dans ce domaine. Des consortiums interdisciplinaires doivent y associer leurs forces scientifiques humaines et techniques ;

5) les implications et les activités des Paléoanthropologues sur le terrain sont très visibles à l'international. Toutefois, elles doivent être développées, en tenant compte notamment d'une flagrante sous-représentation des chercheurs travaillant sur les phases les plus anciennes de l'histoire de la lignée humaine (Mio-Pliocène) et du genre Homo (Pléistocène inférieur), alors que la France a été pendant des décennies à l'avant-garde des recherches de terrain sur ces thématiques (le dernier chercheur a été recruté en 2005).

In fine, le caractère holistique de l'anthropologie biologique est en soi une chance pour la connaissance scientifique en général. À une époque où la parcellisation des savoirs et l'hyperspécialisation commencent à atteindre leurs propres limites, le développement d'un champ disciplinaire par nature ouvert aux aspects multiples de la diversité biologique humaine, actuelle et passée, s'avère donc important sur les plans conceptuel et productif de la recherche. L'approche singulière, transdisciplinaire par nature, de l'anthropologie biologique procure indéniablement aux disciplines voisines (biologiques, médicales, environnementales et culturalistes) un regard spécifique sur des objets d'étude communs. Donner à comprendre la complexité des processus biologiques de transformation de notre espèce, en fonction d'un milieu évoluant rapidement, constitue un fort enjeu. Par définition, l'anthropologie biologique est la discipline qui permet de comprendre comment l'Homme évolue en interaction avec son milieu, à toutes échelles d'espace et de temps ; ce qui est évidemment crucial dans le contexte actuel de changement global et majeur de l'environnement.

Le développement de la recherche en anthropologie biologique se fera donc à plusieurs conditions partagées par le CNRS et les EPST : 1) en alimentant le vivier de jeunes doctorants par la mise en place d'enseignements de la discipline dans les filières biologiques (dès le premier cycle universitaire), 2) en assurant la viabilité menacée de la discipline grâce à un recrutement soutenu, 3) en préservant et créant des laboratoires d'anthropologie associés à des Universités permettant de répondre rapidement aux défis scientifiques, 4) par la mise en place de réseaux de recherche aux échelles nationale et internationale.

Principaux partenaires du CNRS dans ce domaine

– MESR – Muséum national d'Histoire Naturelle, Aix-Marseille, Bordeaux, Lyon 2, Nice, Paris 1, Toulouse 3, EHESS, EPHE ;

– Direction de l'Architecture et du Patrimoine (MCC) ;

– UMIFRE et Écoles Françaises à l'étranger (MAEDI-MESR) ;

– Institut national de recherches archéologiques préventives (MCC-MESR) ;

– Institut National d'Études Démographiques ;

– Institut Pasteur ;

– Établissement Français du Sang ;

– Services d'archéologie de collectivités territoriales ;

– Sociétés privées d'archéologie préventives.