Section 31 Hommes et milieux : évolution, interactions

I. Périmètre et positionnement général

La section 31 est pilotée par l'INEE (16 unités opérées en tant qu'institut principal, 7 en tant qu'institut secondaire unique) en étroite relation avec l'INSHS (7 unités opérées en tant qu'institut principal, 12 en tant qu'institut secondaire unique). Quelques unités ont aussi un rattachement secondaire avec l'INSB et/ou l'INSU. Le rattachement des unités aux instituts témoigne donc d'un double ancrage très fort de la section dans les champs des Sciences environnementales et des Sciences humaines et sociales.

Contours disciplinaires

Largement interdisciplinaire, la section 31 est structurée autour de trois grands domaines : 1) la préhistoire et la protohistoire, 2) l'anthropologie biologique et 3) la géographie environnementale. Pour chacun d'entre eux, les approches sont bien souvent ancrées dans le temps long. Mais, ce qui caractérise avant tout la section, ce sont les recherches en relation avec l'Homme, les sociétés humaines et leurs interactions avec les environnements au sein desquels elles se sont développées que ce soit pendant la préhistoire ou la protohistoire, voire les périodes actuelles (anthropologie du vivant, géographie environnementale). Des approches actualistes sont également développées notamment par l'élaboration de référentiels (ethno-archéologie, approches expérimentales).

Comme les informations anthropologiques et environnementales sont susceptibles d'être recueillies à toutes les échelles de la matière, la section comprend également des techniciens, ingénieurs et chercheurs compétents en physico-chimie, géosciences, paléogénétique et génétique des populations.

De plus, les domaines de recherche relevant de la préhistoire, de la protohistoire et de l'anthropologie biologique n'étant pas concernés par les concours d'enseignement (CAPES et Agrégation), ils sont faiblement représentés au sein de l'université mais le sont fortement au CNRS.

Thématiques

Les recherches en préhistoire et protohistoire s'intéressent aux sociétés humaines à la fois dans leur diversité culturelle et leur évolution. L'interface Homme/Environnement constitue l'élément caractéristique des recherches conduites en section 31. Celles-ci s'appuient donc à la fois sur des données de la culture matérielle et sur des informations biologiques étudiées dans le cadre de la bioarchéologie et des sciences des paléoenvironnements. Ces approches sont fortement interconnectées dans toute la chaîne de production des données, du terrain au laboratoire.

En anthropologie biologique, les recherches concernent surtout l'anthropologie du vivant, l'archéothanatologie, la bioanthropologie, la génétique des populations, la paléogénétique et la paléontologie humaine.

Dans le domaine de la géographie, les recherches sont focalisées sur les volets physiques et environnementaux de ce champ disciplinaire.

L'ensemble des thématiques s'appuie sur des approches actualistes et expérimentales.

Terrains et partenariats

Les acteurs de la section 31 ont un ancrage fort sur le terrain sur l'ensemble des cinq continents. Son approche connaît une révolution technique rapide avec le développement de la photogrammétrie et des reconstitutions 3D ainsi rendues possibles. Pour l'archéologie métropolitaine, les partenariats institutionnels sont nombreux avec le Ministère de la Culture et de la Communication, l'Inrap et diverses structures. Soulignons le livre blanc sur l'Archéologie préventive qui met en avant des mesures susceptibles d'améliorer son dispositif actuel. Pour les opérations de terrain à l'étranger, il y a le soutien très fort du Ministère des Affaires Étrangères (MAEDI). Un ensemble de plusieurs partenaires universitaires ou CNRS relevant de différents instituts, ainsi que de nombreux laboratoires étrangers, sont également impliqués. Les unités de recherche rattachées à la section entretiennent bien souvent des collaborations formalisées dans des conventions avec les acteurs des collectivités territoriales, les parcs naturels et les musées, mais aussi avec d'autres institutions (CEMAGREF, CIRAD, EHESS, EPHE, EFS, INED, IRD, IPEV, etc.).

Au niveau international, les missions sont en partie financées par le MAEDI et il existe des liens très forts avec les Écoles françaises et les UMIFRE. Les fondations étrangères financent également ce type de recherche et il serait intéressant à cet égard de développer notre capacité à solliciter la Commission européenne pour certains projets, malgré le caractère complexe du montage, puis du suivi des projets.

Enfin, du fait de son caractère interdisciplinaire, la section 31 est partie prenante de différents réseaux professionnels, que ce soit à l'échelle nationale (réseau CAI-RN par exemple : Compétences Archéométriques Interdisciplinaires-Réseau National) ou internationale.

Approches méthodologiques pour la caractérisation des environnements et des sociétés du passé

Les recherches menées en section 31 reposent nécessairement sur des infrastructures analytiques (dans les unités mais aussi mutualisées), sur des outils d'étude spécifiques sur le terrain (OHM, Zones ateliers, SEEG, etc.), sur l'élaboration de référentiels spécifiques, sur des bases données et sur des approches modélisatrices ; ces dernières souffrant cruellement du manque de personnels spécialisés dans la section 31.

Les approches physico-chimiques, souvent particulièrement lourdes à mettre en œuvre, se doivent de reposer sur des compétences interdisciplinaires. Cela permet d'aborder les problématiques sans solution de continuité entre les questions posées, les données obtenues et les interprétations. Il est également important d'éviter des ruptures de continuité entre échelles d'approches, (du site – voire du paysage – aux objets et à leur composition élémentaire, moléculaire et / ou isotopique). Ces recherches sont menées au sein de laboratoires équipés analytiquement et/ou ayant accès à des appareillages par des collaborations avec des unités d'autres sections et instituts. Elles nécessitent l'accès à de grands instruments (synchrotron notamment) et ce, pour tous les champs couverts par la section 31. Il est donc important que la communauté soit, d'une part, formée à répondre aux appels à projets ouvrant l'accès à ces grands instruments et que les équipes en charge des grands instruments soient, d'autre part, sensibilisées aux besoins spécifiques à nos communautés. En effet, au-delà de mises au point analytiques fréquemment menées sur des séries de référence et un faible nombre d'échantillons archéologiques, il est aussi nécessaire de travailler sur des collections importantes d'objets, ce qui est toujours une difficulté dans ce contexte.

La mise en place des bases de données et leur alimentation reposent bien souvent sur un personnel compétent mais non permanent. Il faut apporter des solutions pour garantir la pérennité et la maintenance des bases de données, avec des services d'hébergement et du personnel dédié. Dans les cas où ces services feraient l'objet d'une facturation annuelle aux commanditaires, le risque est grand, en effet, que ces bases de données tombent en déshérence, dès lors que le financement original prévu à leur création (ANR en particulier) prend fin. Ces bases de données qui appartiennent souvent au CNRS, constituent une richesse scientifique considérable, sous-exploitée et trop rarement partagée. Malheureusement, les revues ne publient pas assez, ou plus du tout, les bases de données, ce qui ne facilite pas leur accessibilité. Le renforcement des partenariats entre les UMR et l'UMS 3468 BBEES (Bases de données sur la Biodiversité, Écologie, Environnement et Sociétés) permettrait sûrement d'améliorer les pratiques et la visibilité des bases dans nos domaines.

Modalités de financement des recherches

Avec le ciblage sur des projets sociétaux pour lesquels les institutions attendent des résultats immédiats et le faible taux de réussite des projets dans certaines agences (8,5 % en 2014 sur l'ensemble des projets déposés au sein de l'ANR), une partie des recherches développées au sein de la section va manquer cruellement de moyens dans les années qui viennent. Il est donc primordial, à l'échelle nationale mais aussi européenne, de veiller à un meilleur équilibre entre projets formalisés de recherche et recherches fondamentales. En outre, le mode d'évaluation des projets qui repose sur des comités dont l'assiette disciplinaire est très large (plusieurs disciplines des SHS par exemple), ne permet pas une évaluation de qualité. La sélection des projets semble parfois relever de la loterie, compte tenu du très faible nombre de projets financés in fine.

Ainsi, étant donné l'absence de stabilité du système, la multiplication des guichets, la complexification qui semble sans fin du système de recherche français, la superficialité des consortiums formés et l'inadéquation aux besoins des solutions proposées, il devient de plus en plus difficile pour nos communautés de répondre à des appels à projets qui ne correspondent que très partiellement à nos problématiques.

Acteurs et démographie

Les chercheurs

Plus finement que selon les trois domaines sus-cités structurant la section, les 211 chercheurs de la S31 se répartissent comme suit (au 1er septembre 2014) :

Anthropologie biologique (n = 38) ;Archéologie préhistorique et protohistorique (n = 84) ;Archéozoologie (n = 27) et paléontologie (n = 4) ;Archéobotanique (n = 17) ;Géosciences (n = 29) ;Approches physico-chimiques (n = 12).

Compte tenu des tendances actuelles, comme le montrent ci-dessous les courbes de recrutement au sein de la section par rapport à ses départs naturels à la retraite, la situation de l'emploi chercheur est alarmante. Depuis la mandature en cours, notre section perd chaque année beaucoup trop de personnels. Même si – au sein du CNRS – la politique est peut-être fondée sur le seul renouvellement des départs à la retraite, si on considère la baisse de ces derniers en S31 après 2015, les possibilités de recrutements pourraient être bien trop faibles et empêcheraient toute stratégie scientifique de la section. Nous nous inquiétons donc vivement du très faible nombre potentiel de postes mis au concours dans les années à venir.

Évolution des recrutements de CR au sein de la S31, et des départs naturels à la retraite de ses membres (courbes du bas) et de l'estimation des départs naturels au sein du CNRS.
Chiffres en gras : écarts entre recrutements et départs par mandats de la S31.

 

L'effectif par âge des chercheurs de la section montre que les classes d'âge 65-56 ans et 45-36 représentent chacune près de 33 % de ses forces vives. Sans un vrai plan pluriannuel de recrutement régulier de nombreux jeunes chercheurs, avec presque 10 % de ses effectifs qui n'ont pas été renouvelés depuis 2013 et le départ d'au moins 1/3 de ses membres dans les dix prochaines années, tous les champs disciplinaires représentés dans la section sont en grand danger.

Répartition des CR par âge
(en % ; 65-56 ans = 32 %, 55-46 ans = 24 %,
45-36 ans = 34 %, moins de 35 ans = 10 %).

 

Les ingénieurs et les techniciens

Nous avons ici pris seulement en considération les informations concernant les IT (ingénieurs, techniciens et personnels administratifs) des unités de recherche rattachées à titre principal à la section 31. En 2014, elle comptait 172 IT dont 128 agents rattachés à des unités appartenant à l'INEE et 44 rattachés à des unités appartenant à l'INSHS.

Les IT se répartissent en 7 BAP (Branches d'Activités Professionnelles), principalement au sein des BAP D sciences humaines et sociales (29 %), BAP J gestion et pilotage (22 %) et BAP F information, documentation, culture, communication, édition (20 %).

Répartition des IT au sein des BAP.

 

Le nombre d'agents en BAP F a diminué par rapport au dernier rapport de conjoncture de la section 31 (2010), conséquence directe des départs à la retraite et du nombre insuffisant de recrutements ces dernières années. Pourtant, la BAP F rassemble l'essentiel des métiers de la documentation et de l'édition, indispensables à la recherche dans nos disciplines. Il faut souligner que ces métiers ont fortement évolué ces dernières années et qu'ils sont en constante mutation, notamment en raison de l'évolution des technologies liées à l'information scientifique et technique (IST) et du renforcement du numérique (dans l'IST, l'édition ou la communication).

Le nombre d'agents en BAP J a légèrement augmenté depuis 2010 et devient la 2e BAP la mieux représentée en section 31. Ceci s'explique, notamment, par la prise de conscience du CNRS qu'une unité ne bénéficiant pas d'une équipe performante dans le domaine de la gestion n'est plus viable, compte tenu de la complexité croissante de notre système de recherche, des nombreux contrats et projets formalisés de recherche que les laboratoires doivent gérer et des fusions d'unités.

Le nombre d'agents de la BAP D a augmenté légèrement ces dernières années, ce qui fait de cette BAP la mieux représentée dans la section 31. Ceci s'explique partiellement par le fait que c'est au sein de la BAP D que l'on rencontre le plus grand nombre d'agents en soutien à la recherche. Ces recrutements ne doivent pas masquer la baisse d'effectifs annoncée pour les quatre prochaines années en raison de l'insuffisance des recrutements depuis 2013 et aux départs à la retraite.

Répartition des IT par corps.

 

C'est dans la BAP D que l'on rencontre le plus d'ingénieurs, en particulier des ingénieurs de recherche. Ils représentent près de la moitié des corps des agents de cette BAP. L'accompagnement et le soutien à la recherche peuvent également être un argument pour expliquer cette bonne représentativité et notamment les plate-formes techniques dirigées par des IR qui se sont développées ces dernières années. La forte évolution des outils informatiques liés aux métiers de la BAP D demande de plus en plus aux agents d'acquérir des compétences en informatique générale qui relèvent normalement de la BAP E. La frontière entre les BAP D et F est également très ténue notamment en archéologie où les archives sont souvent gérées par des personnels de BAP D, alors que le métier relève de la BAP F. Cela est aussi le cas pour d'autres métiers de ces deux BAP(1). Il faut veiller à la formation des IT de la BAP D et F afin qu'ils acquièrent ou améliorent leur compétences techniques liées à la forte évolution technique de ces métiers.

Répartition des IT par corps et par BAP.

 

La répartition par corps des agents de la section 31 montre que la part des Ingénieurs d'Étude est la plus importante même si leur nombre reste stable depuis 2010, suivie des Assistants Ingénieurs et des Techniciens. Depuis 2010, le nombre de techniciens a diminué de près de 11 points, celui des AI a augmenté de 8 points et celui des IR de 3 points.

Effectif par âge des IT.

 

Enfin, lorsque l'on observe la pyramide des âges, on note que les personnels âgés de moins de 35 ans sont les moins nombreux tandis que les personnels les plus nombreux ont entre 36 et 55 ans. La tranche 56-65 ans représente 20 % de l'effectif. Cette répartition démographique est très inquiétante pour le futur, y compris au terme moyen des cinq prochaines années. En effet, on compte 19 départs à la retraite (si on suppose que les agents partent à 65 ans – et il est à craindre un pourcentage de départs important (non anticipé ?) en 2017) d'ici 2019, dont 6 en BAP F, 5 en BAP D, 4 en BAP J, 3 en BAP E et un en BAP B. Ces départs concernent 5 ingénieurs de recherche, 9 ingénieurs d'études, 4 assistants ingénieur et un technicien.

Si le recrutement d'IT en section 31 continue de diminuer dans les prochaines années, certaines compétences techniques disparaîtront, notamment en BAP D, ce qui mettra en péril le bon fonctionnement de certaines unités. La problématique de la charge de travail des IT s'amplifiera, notamment pour la BAP F, dont les IT cumulent un nombre croissant de tâches de plus en plus diversifiées. Cette situation est liée aux évolutions technologiques et à la demande des instances (gestion des données de la recherche, open access, études bibliométriques, valorisation de l'information scientifique...) En outre, les perspectives d'évolution interne des IT sont toujours presque nulles et il faut noter que, outre le stress au travail, le découragement commence à se fait sentir, certains personnels, notamment au niveau T et AI se posant la question de rester dans la recherche publique compte tenu d'un pouvoir d'achat en diminution. En effet, lorsqu'ils ont atteint le point d'indice maximal de leur corps et qu'ils sont confrontés à des possibilités nulles (ou presque) de changement de corps, le salaire diminue de fait en raison du gel du point d'indice et de l'augmentation des charges salariales.

(1) Se référer à l'enquête de l'OMES sur les métiers de la BAP D de décembre 2012.