Section 32 Mondes anciens et médiévaux

I. Les structures et le financement de la recherche

A. Les unités de la section 32

Au printemps 2014, 38 unités sont rattachées à la section 32 comme section principale : 21 Unités mixtes de recherche (UMR), 1 Unité propre de recherche (UPR), 10 Unités de service et de recherche (USR), 1 Unité propre de service (UPS), 1 Fédération de recherche (FR) et 4 Groupements de recherche (GDR) :

Liste des unités

– UMR 5060 – Institut de recherche sur les archéomatériaux (IRAMAT), Bordeaux-Belfort-Orléans

– UMR 5136 – France méridionale et Espagne (Framespa), Toulouse

– UMR 5138 – Archéométrie et archéologie, Lyon

– UMR 5189 – Histoire et sources des mondes antiques (Hisoma), Lyon

– UMR 5607 – Ausonius : Institut de recherche sur l'Antiquité et le Moyen Âge, Bordeaux

– UMR 5648 – Histoire, Archéologie, littératures des mondes chrétiens et musulmans médiévaux (Ciham), Lyon

– UMR 6273 – Centre Michel de Boüard (Craham), Caen

– UMR 7041 – Archéologie et Sciences de l'Antiquité (Arscan), Nanterre

– UMR 7044 – Étude des civilisations de l'Antiquité (Archimède), Strasbourg

– UMR 7192 – Proche-Orient, Caucase : langues, archéologies, cultures, Paris

– UMR 7297 – Centre Paul Albert Février – Textes et documents de la Méditerranée antique et médiévale, Aix-en-Provence

– UMR 7298 – Laboratoire d'archéologie médiévale et moderne en Méditerranée (LA3M), Aix-en-Provence

– UMR 7299 – Centre Camille Jullian – Histoire et archéologie de la Méditerranée, Aix-en-Provence

– UMR 7302 – Centre d'études supérieures de la civilisation médiévales (CESCM), Poitiers

– UMR 7528 – Mondes iranien et indien, Ivry-sur-Seine

– UMR 8164 – Histoire, Archéologie, Littérature des Mondes Anciens – Institut de Papyrologie et d'Égyptologie de Lille (Halma-Ipel), Lille

– UMR 8167 – Orient et Méditerranée, textes, archéologie, histoire, Ivry-sur-Seine

– UMR 8210 – Anthropologie et Histoire des Mondes Antiques (Anhima), Paris

– UMR 8546 – Archéologie d'Orient et d'Occident et Sciences des textes (Aoroc), Paris

– UMR 8584 – Laboratoire d'Études sur les Monothéismes (LEM), Villejuif

– UMR 8589 – Laboratoire de Médiévistique occidentale de Paris (LaMOP), Paris-Villejuif

– UPR 841 – Institut de recherche sur l'histoire des textes (IRHT), Paris-Orléans

– USR 3125 – Maison méditerranéenne des sciences de l'homme, Aix-en-Provence

– USR 3133 – Centre Jean Bérard, Naples

– USR 3134 – Centre d'études alexandrines (CÉAlex), Alexandrie

– USR 3135 – Institut français du Proche-Orient (IFPO)

– USR 3155 – Institut de recherche sur l'architecture antique (IRAA), Aix-en-Provence

– USR 3172 – Centre franco-égyptien d'étude des temples de Karnak (CFEETK)

– USR 3224 – Centre de recherche sur la conservation des collections (CRCC), Paris

– USR 3225 – Maison René Ginouvès, Archéologie et Ethnologie, Nanterre

– USR 3439 – Maison de l'Orient et de la Méditerranée – Jean Pouilloux (MOM), Lyon

– USR 3516 – Maison des Sciences de l'Homme de Dijon

– UPS 3551 – Archéovision, Pessac

– Liste des fédérations et groupements de recherche

– FR3383 – Fédération des sciences archéologiques de Bordeaux

– GDR 3177 – Diplomatique (2007-2015)

– GDR 3279 – Théâtre antique : textes, histoire et réception (2009-2017)

– GDR 3433 – Les Capétiens et leur royaume (937-1328) : dynamiques territoriales, administratives et documentaires (2011-2014)

– GDR 3434 – Mondes Britanniques (2011-2014 ; dépend de la section 33 depuis le printemps 2014

– Suppression d'unités depuis 2010

– ERL 7229 – Moyen Âge, Nancy, supprimée le 31 décembre 2013

– USR 710 – L'année épigraphique, Villejuif, intégrée le 1er janvier 2014 au sein de l'UMR Anhima

On compte également 39 unités ou groupements ayant un rattachement secondaire en 32 : 1 UPR, 19 UMR, 14 USR, 1 UMI, 1 UPS, 1 UMS et 2 FR. Parmi les UMR, 11 d'entre elles accueillent un ou plusieurs chercheurs de la 32.

Hormis les deux suppressions signalées ci-dessus, la liste des unités de la section 32 est stable depuis les regroupements qui ont conduit en 2006 et en 2010 à la création des UMR 8167, Orient et Méditerranée, et 8210, Anhima. Leur répartition géographique est relativement équilibrée : la moitié en province (55 %), un tiers en région parisienne (33 %) et 12 % à l'étranger.

Carte 1 – Effectifs cumulés par sites des UMR et UPR en rattachement principal à la section 32 (chercheurs 32 + IT CNRS). Bleu : Antiquité ; rouge : Moyen Âge ; violet : toutes périodes. Blanc : unités à rattachement principal en section 31, comprenant des chercheurs de la section 32.

 

On observera cependant que les unités parisiennes, étant en moyenne de plus grande taille que les autres, regroupent 58 % des chercheurs et 45 % des ingénieurs et techniciens CNRS.

Les effectifs sont très variables d'une unité à l'autre et d'un site à l'autre. Toutefois, la section souhaite attirer l'attention sur une évolution qu'elle juge préoccupante : la proportion de plus en plus élevée des non permanents (contractuels et post-doctorants) dans un certain nombre d'unités ; la seule UPR de la section, l'IRHT, est particulièrement concernée par cette tendance (près de 30 % de non-permanents dans l'unité) qui est liée aux nouvelles pratiques de la recherche financée sur projets.

B. Les structures de la recherche à l'étranger

Dans les domaines de la section 32, les structures de recherche à l'étranger sont composées de 5 écoles françaises à l'étranger (ÉFÉ) et de 13 Unités de Service et de Recherche (USR).

USR liées à la section 32 du CoNRS :

– USR 3129 (UMIFRE 1) – MFO – Maison française d'Oxford (Oxford [Royaume-Uni])

– USR 3131 (UMIFRE 8) – IFÉA – Institut français d'études anatoliennes G. Dumézil (Istanbul [Turquie])

– USR 3132 (UMIFRE 7) – CRFJ – Centre de recherche français de Jérusalem (Jérusalem [Israël])

– USR 3133 (CNRS/ÉfR) – Centre Jean Bérard (Naples [Italie])

– USR 3134 (CNRS/IFAO) – CÉAlex – Centre d'Études Alexandrines (Alexandrie [Égypte])

– USR 3135 (UMIFRE 6) – IFPO – Institut français du Proche-Orient ((Damas & Alep [Syrie]) ; Ammam [Jordanie] ; Beyrouth [Liban] ; Erbil [Iraq] ; Jérusalem-est [Territ. Palest.])

– USR 3137 (UMIFRE 23) – CFEE – Centre français d'études éthiopiennes (Addis-Abeba [Éthiopie])

– USR 3139 (UMIFRE 9) – IFRI – Institut français de recherche en Iran (Téhéran [Iran])

– USR 3140 (UMIFRE 10) – IFEAC – Institut français d'études sur l'Asie centrale (Bichkek [Kirghizistan] ; Douchanbé [Tadjikistan])

– USR 3141 (UMIFRE 5) – CEFAS – Centre français d'archéologie et de sciences sociales (Jedda [Arabie Saoudite] ; Sanaa [Yémen])

– USR 3172 (CNRS) – CFEETK – Centre franco-égyptien d'étude des temples de Karnak (Karnak [Égypte])

– USR 3336 (UMIFRE 4, 24 et 25) – Afrique au Sud du Sahara : SFDAS – Section française de la direction des antiquités du Soudan (Khartoum [Soudan) ; IFRA – Institut français de recherche en Afrique (Nairobi [Kenya] ; Ibadan [Nigéria]) ; IFAS – Institut français d'Afrique du Sud (Johannesburg [Afrique du Sud])

Écoles françaises à l'étranger :

– Casa de Velázquez (Madrid [Espagne])

– École française d'Athènes (ÉfA) (Athènes [Grèce])

– École française d'Extrême-Orient (ÉFEO) (Maison de l'Asie, Paris [France] + nombreuses antennes)

– École française de Rome (ÉfR) (Rome [Italie]

– Institut français d'archéologie orientale (IFAO) (Le Caire [Égypte]).

Les ÉFÉ ont le statut d'Établissement Public à caractère Scientifique, Culturel et Professionnel (EPSCP) ; elles relèvent du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche et sont placées sous l'autorité de l'Institut de France. Les USR sont toutes rattachées au CNRS : dans un cas unique comme seule tutelle (CFEETK) ; deux USR sont conventionnées avec des ÉFÉ (CJB avec l'ÉfR ; CÉAlex avec l'IFAO) ; les autres ont toutes la double tutelle CNRS/ministère des Affaires étrangères et comprennent une ou plusieurs UMIFRE. Les 27 UMIFRE du MAE bénéficient d'un soutien fort de ce dernier (80 ETP et 14M € par an). Leur statut d'USR permet l'affectation de 146 chercheurs et IT expatriés en SHS.

Les USR et ÉFÉ constituent un outil de recherche unique par l'association avec les institutions de recherche locales, par la connaissance des pays d'accueil, par leur capacité à former localement de jeunes chercheurs et à accueillir étudiants et chercheurs sur leurs terrains d'étude.

Si toutes les tutelles s'accordent à reconnaître l'importance des structures françaises de recherche à l'étranger, le contexte financier n'en est pas moins difficile. Le financement des UMIFRE accordé par le MAE a globalement diminué de 10 % en 4 ans et le ministère n'envisage pas d'augmentation en 2014-2015. Face à ces difficultés financières, on peut regretter que la seule réponse apportée aux directeurs de ces instituts soit une incitation à la recherche de financements externes.

C. Les effets (dé)structurants des « initiatives d'excellence »

Liste des principaux Labex concernant la section 32

§ ARCHIMEDE – Archéologie et Histoire de la Méditerranée et de l'Égypte Ancienne, Université de Montpellier 3, Université de Perpignan.

§ DynamiTE – Dynamiques Territoriales et Spatiales, Hésam.

§ HASTEC – Histoire et Anthropologie des Savoirs, des Techniques et des Croyances, Hésam.

§ LaScArBx – L'usage du monde par les sociétés anciennes, Bordeaux.

§ PATRIMA – Patrimoines matériels : savoirs, patrimonialisation, transmission, Université de Saint-Quentin, Université de Cergy-Pontoise.

§ PP – Les passés dans le présent, MAE René Ginouvès, Université de Nanterre.

§ RESMED – Religions et sociétés dans le monde méditerranéen, Paris Sorbonne Universités.

§ TransferS – Transferts matériels et culturels, traduction, interfaces, ENS Paris.

Quatre ans après la première vague de création des Labex, il est difficile d'évaluer correctement les effets de ces « initiatives d'excellence » sur la structuration et le financement de la recherche. Sur les 171 Labex créés en 2011 et 2012, 40 (23 %) relèvent des SHS et parmi eux, 13 ont à voir, à des degrés divers, avec les thématiques de la section 32. Ces chiffres cachent cependant des cas extrêmement divers.

Dans certains Labex, nos domaines de recherche sont bien présents, mais de façon très minoritaire : IMU (Lyon, urbanisme) ou SMS (Toulouse, sociologie et histoire), par exemple. Viennent ensuite des Labex qui fédèrent et financent des projets issus des UMR présents sur un site, dans un spectre thématique large. C'est le cas de LabexMed (Aix-Marseille), dont sont partenaires 4 UMR et 1 USR de la section 32.

Cinq Labex ont des thématiques qui font une assez large part à l'Antiquité et au Moyen Âge : Patrima, Hastec, TransferS et, dans une moindre mesure, DynamiTE et PP, ce dernier étant davantage axé sur le patrimoine et l'historiographie. Enfin, les disciplines de la section 32 sont très présentes dans 3 Labex qui offrent la particularité d'avoir un périmètre institutionnel très resserré (1 à 3 UMR) : deux ont une forte dimension archéologique, LaScArBx et Archimède ; le troisième, Resmed, traite des religions. 13 UMR et UPR de la section 32 sont inscrites dans des Labex, sur un total de 22.

La répartition géographique des Labex est beaucoup plus déséquilibrée que celle des UMR : seuls 4 Labex intéressant la section sont implantés en dehors de l'Île-de-France. Surtout, le déséquilibre Paris/province est accentué par le fait qu'en Île-de-France, des liens multiples existent entre unités et Labex, une UMR pouvant être partenaires de deux, voire trois Labex, alors qu'en province tout se passe comme si les Labex se constituaient en bastions locaux autofinancés. La carte qui se dessine aujourd'hui suscite bien des interrogations sur la façon dont le développement des Labex peut être amené à modifier le maillage territorial des forces vives de la recherche.

Par ailleurs, toutes les thématiques de la section 32 ne sont pas couvertes par les Labex, loin de là : sont privilégiées l'histoire culturelle et l'histoire des religions (Resmed, Hastec...), ainsi que la dimension spatiale et territoriale (LaScArBx, DynamiTE...). De même, l'aire méditerranéenne est particulièrement bien couverte.

L'autonomie que permettent les financements octroyés par les Labex et les équipements d'excellence a deux effets contraires. D'une part, elle renforce des situations existantes en ajoutant des ressources dont les critères d'attribution ne sont pas toujours clairement définis et qui n'apportent aucune solution pour la pérennisation et la continuité de la recherche, et encore moins pour l'emploi scientifique. D'autre part, elle peut favoriser le développement de programmes novateurs et l'évolution de la discipline, en lui permettant de réagir vite et de s'adapter à des réalités sociales, économiques et culturelles changeantes. Il faudra attendre encore quelques années pour savoir quelle tendance va dominer ; ce qui est sûr, en revanche, c'est que les initiatives d'excellence contribuent fortement, avec l'ANR, à la précarisation de l'emploi scientifique.

D. La recherche sur projet

1. Les financements par l'Agence nationale de la recherche

 

L'ANR joue depuis 2005 un rôle déterminant dans le financement de la recherche publique. Le mode de sélection des projets et les effets de la politique scientifique de l'agence ont fait l'objet de jugements contrastés qui reposent principalement sur des données globales, en l'absence de bilans détaillés secteur par secteur. Nous avons tenté de combler cette lacune en ce qui concerne les disciplines de la section 32(2).

Sur la période 2005-2009, 126 projets rentrent dans le périmètre de la section 32. C'est 13 % des projets blancs SHS, 10 % des projets Jeunes chercheurs SHS, 19 % des projets Corpus et 15 % des projets franco-allemands. Les résultats ont beaucoup varié d'une année sur l'autre, avec un étiage à 9 projets (2011) et un record à 19 (2006).

Le gros des projets se répartissent de façon équilibrée entre l'Antiquité (38 %) et le Moyen Âge (35 %), à quoi s'ajoutent un groupe plus réduit de programmes protohistoriques (14 %) et un volant non négligeable de projets sur le temps long (13 %).

Prises dans leur acception disciplinaire la plus large, l'archéologie (54 %), l'histoire (35 %) et les sciences des textes (25 %) sont dominantes et souvent associées dans un même projet. L'archéométrie (8 %) et les études paléo-environnementales (12 %) sont bien représentées. En revanche, on notera la part très faible de l'histoire de l'art (5 %).

Quant à la répartition géographique des terrains d'étude, plusieurs tendances se dessinent :

– Le monde méditerranéen se taille la part du lion : il est concerné par 46 % des projets.

– L'Europe occidentale est également l'objet d'un grand nombre de projets (40 %). Les projets limités à la France sont peu nombreux (11 %), tandis que les régions du nord et de l'est de l'Europe ont une place très marginale.

– Le Proche et le Moyen Orient (17 %), ainsi que l'Asie Centrale (4 %), ont obtenu des financements qui restent importants quand on les rapporte à la taille des communautés scientifiques concernées. L'Afrique (hors Maghreb et Égypte) et l'Extrême Orient sont en revanche presque complètement à l'écart.

La carte des unités qui ont bénéficié des financements de l'ANR reflète, à quelques exceptions près, la répartition des centres de recherche sur le territoire français. Les UMR sont les principaux bénéficiaires de ces financements. La part des équipes d'accueil universitaires est beaucoup plus faible (13,5 % des projets financés). La proportion des projets hébergés par des unités parisiennes est élevée (39 %), comme on pouvait s'y attendre(3), mais pas écrasante, et plusieurs équipes implantées en province sur des sites de taille intermédiaire ont su tirer leur épingle du jeu.

Le financement varie de 37 k€ à 577 k€ par projet, avec une moyenne à 234 k€. On peut évaluer à plus de 29 M€ les sommes qui ont été distribuées sur une dizaine d'années dans nos domaines de recherche.

Nos estimations permettent d'avancer que les subventions versées aux unités de la section 32 pour le financement de projets ANR atteignent, en moyenne, 1,7 M€ par an. Cette somme est identique à la dotation CNRS annuelle de ces mêmes laboratoires(4). Le rapprochement de ces deux sommes, l'une destinée au financement d'une poignée de programmes, l'autre censée servir à la fois aux dépenses courantes, à l'équipement et aux programmes de recherches de plusieurs centaines de chercheurs et ingénieurs, parle de lui-même. Le paradoxe est qu'aujourd'hui la capacité à obtenir des financements ANR est devenue un des principaux critères d'évaluation des unités de recherche, alors que les projets ANR eux-mêmes, une fois terminés, ne sont pas évalués.

Dernier point, sur lequel il ne nous a pas été possible de réunir des données exploitables : l'impact des programmes ANR sur l'emploi précaire (CDD et vacations) des doctorants et des postdoctorants.

2. Les financements par l'ERC (European Research Council Grants)

Sur 84 projets en SHS financés en France depuis 2007 – dont 17 classés SH6 (« L'étude du passé humain ») –, 11 relèvent de la section 32, pour un montant total de plus de 15 M €. Tous ces programmes sauf deux ont leur base à Paris(5).

Ces résultats présentent à la communauté de la section 32 un miroir quelque peu déformé : sur 11 projets, 4 portent sur le Moyen Âge occidental, 2 sur l'Islam, 2 sur les contacts entre religions, 2 sur l'Orient ancien et 1 sur l'archéologie romaine. Il faudrait connaître la liste complète des projets soumis pour savoir si ces résultats sont dus à des préférences thématiques propres au système d'évaluation européen, ou si l'absence d'autres domaines de recherche ne s'explique pas tout simplement par une absence de candidatures.

Comme dans le cas des projets financés par l'ANR, mais avec des effets encore plus marqués compte tenu des sommes mises en jeu, les programmes ERC augmentent les charges de gestion des laboratoires qui, dans le même temps, voient leurs crédits récurrents s'amenuiser. Les 15 millions d'euros du financement de ces 11 programmes équivalent à dix ans de dotation CNRS pour l'ensemble des 22 UMR et UPR de la section 32(6). Cette comparaison doit être immédiatement nuancée, dans la mesure où la dotation annuelle des laboratoires ne comprend pas la masse salariale, alors que les emplois représentent une part très importante des budgets des programmes ERC. Mais elle a du moins le mérite d'attirer l'attention sur le fait que le financement de la recherche par l'ERC contribue fortement à la multiplication des postes de chercheurs en CDD et à la montée de la précarité dans les métiers de la recherche.

3. Le financement de l'archéologie par le MAE

La majorité des missions de fouilles et de prospections archéologiques à l'étranger est portée par des chercheurs et IT statutaires issus de l'université et du CNRS (sections 31, 32 et 33). Leur financement dépend tout ou partie d'une allocation attribuée pour quatre ans par le MAE sur les avis de la Commission consultative des recherches archéologiques à l'étranger.

En 2014, le MAE soutient 148 missions dans 63 pays étrangers, pour une subvention globale de 2,4 M€ (moyenne : 16 200 € par projet), stable depuis 2008. Les programmes couvrent la majorité des aires culturelles mondiales, le plus souvent dans le cadre de partenariats avec les institutions de recherche des pays hôtes, et bénéficient de l'appui logistique, parfois financier, des UMIFRE, des ÉFÉ ou des services de coopération et d'action culturelle des ambassades. Les aires non couvertes sont l'Europe du Nord, l'Amérique du Nord et l'Océanie (hors Polynésie).

Ces cinq dernières années, l'inaccessibilité de plusieurs terrains au Proche Orient a entraîné le repositionnement ou le redéploiement de plusieurs programmes. Parallèlement, le MAE a lancé des appels d'offre afin de redynamiser les fouilles archéologiques dans des régions touchées par les départs à la retraite de plusieurs chefs de missions.

Plutôt que de privilégier un nombre restreint de projets dotés d'une allocation conséquente, le MAE fait le choix d'un nombre élevé de projets au financement limité. Ce choix ne permet de faire face à l'augmentation du coût des missions de terrain engendrée par la technicité croissante des moyens d'acquisition des données que par l'obtention de cofinancements. Encouragés par le MAE, ces derniers représentaient en 2012 45 % du budget total de l'archéologie extra-métropolitaine (hors salaires). Les responsables d'opérations consacrent une part importante de leur temps à cette quête de financements annexes. Moins pérennes que ceux du MAE, ils permettent rarement la programmation de travaux au-delà de l'année en cours.

Autre corollaire du grand nombre de missions, le départ en retraite d'un nombre important de responsables d'opérations et le faible renouvellement générationnel – lié à la faiblesse des recrutements sur postes permanents, non à l'absence de compétences – est une menace pour la pérennité d'un nombre important d'opérations existantes. Ainsi, entre 2004 et 2013, 8 archéologues spécialistes du Proche-Orient et de la Mésopotamie ont pris leur retraite au CNRS mais un seul a été recruté. Cette difficulté a conduit le MAE à confier des missions à de jeunes chercheurs non statutaires qui ne peuvent être rémunérés par l'allocation du MAE. La viabilité de ces missions est donc extrêmement fragile.

D'un point de vue prospectif, faute de recrutements de chercheurs statutaires permettant le maintien d'une présence forte de l'archéologie française à l'étranger, certains terrains seront nécessairement abandonnés. Un tel choix permettrait sans doute de concentrer les moyens au bénéfice d'un plus petit nombre de missions, mais il conduirait à abandonner l'étude de domaines sur lesquels la recherche française est bien positionnée et où une génération de post-doctorants de grande valeur a été formée et est en mesure d'assurer la relève.

 

(2) Détails de la méthode et des résultats dans la version longue de ce rapport.

(3) Rappelons que 58 % des chercheurs de la section 32 travaillent en Île-de-France.

(4) Chiffres 2012 pour les UMR et UPR, auxquels on a ajouté les dotations des USR de Naples, d'Alexandrie et de Karnak.

(5) On trouvera la liste de ces programmes dans la version longue de ce rapport.

(6) Quantité extrapolée à partir de la somme des dotations annuelles pour 2012, soit 1509,5 k€ (source : INSHS, Allocation des moyens 2012, avril 2012).