Section 02 Théories physiques : méthodes, modèles et applications

Conclusion

Au moment de conclure nous voudrions en premier lieu rendre hommage à tous les chercheurs et enseignant-chercheurs de notre communauté dont les résultats et projets ont nourri ce rapport ainsi qu'aux ITA pour le rôle crucial qu'ils jouent au sein de nos laboratoires. C'est aussi le moment de rappeler qu'au cœur des découvertes et des innovations il y a avant toutes autres considérations, en particulier de structures, des femmes et des hommes de talent qui par vocation ont dédié leur vie à la recherche, à l'amélioration du savoir, à sa transmission et à sa diffusion ; et qu'une réelle politique scientifique, pour être efficace, c'est à dire favoriser les découvertes et les ruptures conceptuelles, doit avant toute autre chose considérer le facteur humain. Il y aura toujours plus d'impact et de profonde structuration de la recherche découlant d'idées novatrices que venant d'un pilotage structurel.

Une comparaison entre le présent rapport et la situation de la section 02 il y a dix voire vingt ans montre un élargissement et/ou une intensification de son spectre remarquable dans plusieurs directions comme la matière condensée, la physique statistique et non-linéaire, la biophysique, etc. Dans une situation où le nombre de postes ouverts aux concours chargés de recherche est en diminution, il devient d'autant plus difficile de maintenir la dynamique de renouvellement des générations sur une aussi grande variété de sujets. En particulier les domaines dans le cœur historique de la section comme en particulier la physique des interactions fondamentales ou la physique mathématique et méthodes théoriques sont dans une phase de départs importants en retraite qu'il conviendra de suivre attentivement sous peine de perdre des expertises de premier plan au niveau international. La pression sur le concours est devenue dans le même temps extrême (probablement parmi les plus fortes au CNRS) avec par exemple 183 candidats CR2 (pour 4 postes) et 75 candidats CR1 (pour 1 poste) en 2014 (la situation étant similaire les années précédentes). Cela est dû tout à la fois à la largeur thématique déjà évoquée mais aussi à l'attractivité de la communauté française reliée à la section 02 qui conduit à un recrutement au meilleur niveau international (la proportion de chercheurs ayant effectué une thèse hors de France dans les recrutements Chargés de Recherche est de l'ordre de 50 % : 3 sur 6 en 2013 et 3 sur 5 en 2014). Bien entendu des théoriciens sont aussi parfois recrutés au CNRS via d'autres sections du Comité National et sur des thématiques proches aux interfaces. Il conviendrait néanmoins qu'une réflexion s'engage au sein de l'INP, et au-delà avec les autres Instituts du CNRS concernés, sur une augmentation sensible des postes affichés en section 02 pour que puissent continuer les recrutements à la fois dans le cœur thématique de la section et aux interfaces ; notons que jusqu'en 2013 l'IN2P3 affichait régulièrement un poste CR1 en section 02 sur la théorie reliée à la physique des hautes énergies et que quelques postes d'échanges avec l'INSMI ont été affichés en section 02 au cours des dix dernières années ; nous tenons à souligner l'importance de ces soutiens pour l'ensemble de la communauté de physique théorique et de ses interfaces.

Enfin, à l'heure où ce rapport est finalisé, les résultats du programme 2014 de l'ANR viennent d'être publiés. Alors que depuis sa création, et notamment via les programmes « blancs » et « jeunes chercheurs », l'ANR avait soutenu à un niveau juste raisonnable la recherche fondamentale, la structuration de son programme 2014 en défis sociétaux amène à l'écrasement sans précédent de son financement. Cette « chronique d'une mort annoncée » est d'ailleurs en parfait accord avec la stratégie et le pilotage prônée par un récent rapport de l'OCDE ; rapport qui semble, au fond, vouloir tout ignorer de ce qu'est la recherche fondamentale et son rôle. A contrario, le rapport 2012 de l'Académie des Sciences et ses recommandations cohérentes et constructives a pour sa part tout simplement été ignoré. Il convient ici, et sans aucune sorte d'humour, de rappeler, parmi une multitude d'exemples, que l'invention de l'ampoule électrique ne doit rien aux programmes d'amélioration de la bougie ni celui de la télégraphie sans fil à ceux des pigeons voyageurs, que le GPS n'aurait pas la précision requise sans les corrections nécessaires venant de la relativité générale d'Einstein dont la préoccupation était tout autre, et qu'enfin, l'invention du laser n'est pas non plus le résultat d'une forte demande sociétale d'amélioration du tourne disque. Si dans une situation conjoncturelle difficile il est bien entendu de notre responsabilité de contribuer à l'effort d'amélioration et de compétitivité de notre économie, il convient de souligner que recherche fondamentale, appliquée ou industrielle y participent toutes à leurs niveaux respectifs et y ont toutes leur utilité, et qu'il serait sans nul doute beaucoup plus productif et efficace de créer ou de renforcer les services favorisant les transferts d'idées et de concepts entre elles (c'est un métier à part entière, et de tels services, très développés, existent dans les grandes universités étrangères) plutôt que de vouloir, dans une stratégie à courte vue, réduire certaines ou inféoder les unes aux autres.