Section 39 Espaces, territoires et sociétés

4. Pluridisciplinarité et interdisciplinarité

La section 39 est une section par essence pluridisciplinaire : elle touche à des disciplines comme la géographie, l'anthropologie, l'architecture, la sociologie, l'économie, l'urbanisme, les sciences politiques, l'histoire, etc., dès que la question de la spatialité des processus est centrale dans la démarche de recherche. Cette caractéristique est bien identifiée par les candidats aux concours qui proviennent souvent d'une large palette de disciplines et savent proposer des projets pertinents par rapport à la spécificité de la section. Les résultats des concours montrent aussi l'attention portée à cette variété des origines disciplinaires.

Il faut faire la distinction entre le périmètre thématique de la section 39, avec les équipes, les enseignants-chercheurs et chercheurs qui s'y reconnaissent, et le périmètre d'ensemble des UMR en rattachement à la section. Car, à la suite des vagues de restructurations d'unités observées depuis plus d'une dizaine d'années, le nombre d'unités qui recouvrent différentes disciplines et sections du Comité national a nettement augmenté. On observe donc des structures de plus en plus complexes, avec des unités où les thématiques de la 39 peuvent ne concerner qu'une fraction d'une UMR.

Dans la pratique, ces grands périmètres scientifiques posent des problèmes de gestion et de prise en compte par les Instituts du CNRS (les logiques majoritaires d'un Institut, appliquées à l'ensemble d'une unité, pouvant poser problème à des collègues dont les recherches sont plutôt orientées vers les thématiques d'un autre Institut), comme lors de l'évaluation à vague des unités. La composition des comités de visite AERES, l'évaluation individuelle des chercheurs d'une discipline très « minoritaire » sont autant de problèmes fréquents à prendre en compte, tant par les unités que par la section 39.

Dans tous les cas, c'est la question concrète de l'interdisciplinarité qui est posée, et de la politique du CNRS en la matière, notamment lorsque les équipes sont amenées à grossir : quelle stratégie adopter ? Garder au sein d'une UMR plusieurs identités disciplinaires, avec leur culture, ou miser sur l'interdisciplinarité (notamment dans le projet d'UMR, via des axes transversaux qui transcendent les équipes internes) ? Et dans ce cas, quelles demandes de rattachement aux sections du Comité national viser ? On voit que ces questions, certes partagées par de nombreuses sections, sont particulièrement présentes pour les unités de la section 39, du fait de son caractère interdisciplinaire marqué.

Cette question se pose également pour la formation doctorale (les UMR dont les doctorants relèvent de plusieurs écoles doctorales sont fréquentes), et pour les supports de publication : ceux-ci sont extrêmement variables, comme peuvent l'être les thématiques de ces UMR multidisciplinaires, et rendent la formulation d'une « stratégie » de publication centrée sur quelques « revues-phares », nationales ou internationales, bien difficile.

Cette question pose aussi celle du positionnement de la géographie, discipline la plus présente dans la section 39, au sein des sciences sociales. Elle apparaît relativement « dominée » ou peu lisible de façon autonome au niveau national, y compris sur les questions territoriales (malgré des efforts fédérateurs comme ceux du CIST), mais à l'inverse, au niveau local, elle apparaît davantage comme un point d'ancrage pour d'autres disciplines : beaucoup d'UMR pluridisciplinaires restent à « majorité » de géographie/aménagement. C'est sans doute lié à la bonne couverture nationale de la section 39, via des UMR mono- ou multi-sites ; elle est en cela très différente d'autres sections majoritairement « parisiennes », du moins pour le soutien du CNRS (section 36 : sociologie et droit, section 38 : anthropologie). De ce point de vue, on pourrait dire (mais c'est peut-être caricatural) que, dans de nombreux cas, des UMR ont grossi autour d'un noyau initial plutôt de géographie/aménagement et doivent maintenant souvent gérer/intégrer une interdisciplinarité accrue.

La territorialisation des thématiques, pour les UMR où c'est le cas, peut être un support de l'interdisciplinarité, notamment lorsqu'elle est liée à la localisation de l'UMR (l'insularité, au transfrontalier, montagne, littoral, métropoles, aires macro-régionales). On se situe alors dans une logique de niche, avec une forte capacité d'attraction et de cohérence du projet, qui peut servir de levier pour des coopérations à large échelle mais également présenter des limites-repli possible sur des thématiques trop localisées et difficulté de l'articulation aux recrutements par les Universités d'enseignants-chercheurs dont les profils ne peuvent pas nécessairement correspondre au point central des recherches affichées par l'UMR. Plus généralement, il y a potentiellement des tensions entre le souhait affiché par le CNRS de spécialisation thématique et la nécessité pour les Universités de disposer d'une large palette de compétences pour couvrir les besoins d'enseignement.

La pratique de l'interdisciplinarité peut se faire dans des cadres très différents. Le premier d'entre est le périmètre des SHS. On pense ici aux travaux qui, visant à comprendre les modes d'organisation spatiale des sociétés contemporaines, investissent les dimensions sociologiques, psychologiques, géographiques, politiques, anthropologiques, etc. des phénomènes étudiés. L'interdisciplinarité de la section 39 offre alors un cadre particulièrement bien adapté pour conduire leurs travaux. On note alors un souci toujours plus explicite de positionnement des recherches dans le périmètre large des sciences sociales, avec sans doute une inscription plus marquée dans les controverses et évolutions globales des SHS que par le passé.

Un cadre d'interdisciplinarité plus large est caractérisé par des coopérations avec des disciplines hors-SHS. Dans les domaines de la simulation-modélisation, ou de l'analyse morphologique, les travaux avec les informaticiens et les mathématiciens sont déjà bien établis mais continuent à se développer, notamment autour de structures interdisciplinaires ambitieuses (Instituts des systèmes complexes, certains Labex à large couverture). Autour des thématiques environnementales, les travaux interdisciplinaires s'articulent autour des interrelations existantes entre les sociétés localisées et des phénomènes principalement initiés par des entités biophysiques. Ces recherches s'inscrivent alors dans une démarche associant SHS et sciences de l'environnement (de la vie ou de la terre). Dans ces démarches de large interdisciplinarité, on attend avec un intérêt certain d'évaluer les effets à moyen terme des politiques de recrutement liées aux Commission interdisciplinaires (CID) du CNRS, dont l'objectif est de recruter sur des profils complémentaires et originaux par rapport aux profils classiquement privilégiés par les sections.