Section 39 Espaces, territoires et sociétés

2. Recrutements : caractéristiques thématiques 2010-2014

L'analyse des concours 2010-2014 a été faite sur 5 sessions de concours correspondant au recrutement pour 3 grades : CR2, CR1, DR2. Il s'agit de 53 postes l'ensemble de ces grades, mis au concours en section 39 ainsi que successivement dans la CID 45 puis CID52 qui lui a succédé, et affectés dans des unités relevant de la section 39 ayant comme tutelle principale l'InSHS ou l'InEE. Cette analyse permet de voir quelles sont les thématiques sur lesquelles des candidats ont pu être distingués par les jurys, et quelles sont les unités qui ont été en mesure d'assurer l'accueil de leurs projets. Le premier bilan des recrutements fait apparaître un effet de non-concentration, à la fois par les profils de recherche qui s'inscrivent dans plusieurs thématiques de la section mais aussi par une distribution géographique des postes au sein des différents sites d'implantation des laboratoires (18 villes différentes).

Dans les champs de l'environnement ou du changement climatique, les travaux croisent fréquemment méthodes quantitatives et qualitatives. Les approches modélisatrices des paysages et de l'environnement urbain sont reconnues comme étant des spécialités bien maîtrisées du point de vue de la technique ; on note, au sein de cette famille de travaux, que la dimension sociale prend une place alors qu'elle était peu présente auparavant.

Plusieurs projets portent sur l'objet « ville », avec des entrées thématiques variées (déplacements et mobilités ; religieux ; santé, bien-être et qualité de vie ; politique) qui reflètent tout à la fois les spécificités des approches socio-spatiales propres à la section 39 et l'ouverture pluridisciplinaire. Les projets sur l'urbain marquent aussi un intérêt pour tout ce qui concerne « l'émergent » et sur les configurations territoriales nouvelles ; les notions comme celle de « métropolisation » sont revisitées.

Les projets portant sur l'architecture combinés à des approches en termes de patrimoine architectural et urbain font émerger une thématique qui n'apparaissait que peu dans le périmètre de la section.

Les approches sur les dynamiques des milieux ruraux ou dans les espaces « naturels » se renouvellent avec une attention particulière portée aux recompositions sociales et politiques intervenant dans ces espaces.

Les projets portant sur les approches sensibles de l'espace ont une présence de plus en plus marquée chez les jeunes chercheurs. La question des ambiances, la géographie du sensible et des émotions, la question du temps, de la culture prend de l'importance dans le périmètre de la section 39.

Les travaux sur les migrations restent bien représentés, et permettent eux aussi des ouvertures originales et transversales sur les dynamiques spatiales centrées sur les lieux de vie ou de passage des populations migrantes ou déplacées, et sur les âges de la vie.

Beaucoup de projets marquent un net intérêt pour les processus « par le bas » : les pratiques sociales et spatiales qui s'affranchissent des politiques publiques, les innovations artisanales, l'informel, les places marchandes transnationales sont autant de domaines novateurs que l'on voit émerger, au détriment de champs plus « classiques » comme celui de la géographie économique.

La thématique des inégalités socio-spatiales est présente de façon transversale dans les projets de recherche, ce qui en fait une question de fond commune à une très grande part des recherches menées dans le périmètre de la section.

Certaines orientations qui prennent une dimension croissante en SHS sont encore peu représentées dans le périmètre de la section : les approches centrées sur le genre et la question du droit en lien avec l'espace, avec la fabrique de la ville.

Les terrains représentés dans tous ces projets ne sont pas exclusivement cantonnés à une zone ou une région du monde (travaux centrés sur les Nords ou les Suds par exemple). Une grande partie des travaux montre un intérêt certain pour le comparatisme Nord-Nord, Sud-Sud ou Nord-Sud, si bien que l'internationalité des recherches reste un trait spécifique des productions de la section 39 (voir plus bas).

Les échelles auxquelles se déclinent les recherches peuvent aller d'un extrême à l'autre. L'approche globale à l'échelle du monde est peu présente (à l'exception des questions de durabilité, via le réchauffement climatique par exemple et quelques exemples de projets sur les représentations du global), les approches méso non comparatives ont par contre, et de manière frappante, quasiment disparu (échelles de l'État, ou de la région au sens infra ou supra-étatique) : la grande majorité des projets portent sur les échelles du quartier, de la ville, d'une petite région rurale, de « communautés ». Par ailleurs, on voit émerger des recherches mobilisant les échelles micro (le corps, les ambiances, etc.). Ces dernières peuvent impliquer des approches spécifiques et nouvelles (utilisation de nouvelles technologies de l'information ; utilisation de big data ; outils nouveaux de télédétection ou de géoréférencement ; recours aux méthodes ethnographiques incluant des dimensions spatiales) avec pour corollaire un retour en force du terrain et l'approfondissement d'une réflexion épistémologique et méthodologique.

Un risque bien connu dans le périmètre de la section 39 est celui d'une « coupure » entre méthodes qualitatives et quantitatives. Si on note au final assez peu de projets qui combinent une pluralité de méthodes, on peut remarquer une attention certaine portée au développement des interactions entre et au sein des équipes pour mobiliser des big data (évolution majeure pour laquelle la section 39 est largement concernée) ou plus largement des méthodes d'analyse quantitative, et simultanément des outils permettant de comprendre des pratiques, des représentations et des mobilisations touchant au social, au politique et/ou au culturel. Les pistes ne manquent pas, via les cartes participatives, les modélisations individu-centrées, les wikis, etc. Elles supposent cependant des moyens financiers et humains significatifs et pérennes en termes d'IT dans les unités.