Section 33 Mondes modernes et contemporains

1. Présentation générale

1.1. Périmètre de la section

Issue de la fusion en 1991 des anciennes sections 40 (Histoire moderne et contemporaine) et 44 (Langues et civilisations orientales), la section 33 (Mondes modernes et contemporains) a dans son périmètre des unités d'histoire à la fois généraliste, thématique et aréale. Si on y ajoute que les unités d'aires culturelles qui relèvent d'elles ont souvent été constituées sur des bases pluridisciplinaires, un aspect accentué par les regroupements d'équipes, on voit que les ensembles de sa compétence sont non seulement très larges mais singulièrement complexes pour des raisons tant institutionnelles qu'épistémologiques et sociologiques, comme le reflètent les mots clés depuis une décennie :

– Histoire des époques modernes et contemporaines dans toutes ses composantes et ses approches (politique, économique, sociale, culturelle).

– Histoire de l'art (époque moderne et contemporaine).

– Mondes non-européens selon la périodisation de chacun ; histoire, sources écrites et cultures matérielles traitées dans leur dimension historique (sauf l'islam médiéval méditerranéen).

Du point de vue de l'organisation de la recherche, la répartition varie fortement entre l'Université (où l'histoire du monde occidental (France et Europe) prédomine) et le CNRS (dont les chercheurs constituent l'armature des équipes « orientalistes » multidisciplinaires). Du point de vue chronologique, la périodisation et les sources de l'histoire des mondes extra-européens ne sont pas les mêmes et certains chercheurs « orientalistes » peuvent travailler sur des périodes bien antérieures au xvie siècle qui relèveraient plutôt de la section 32. Du point de vue épistémologique, leur appartenance à la section a pu davantage obéir à une logique d'aires culturelles que de partage disciplinaire strict. La section 33 doit ainsi traiter de deux communautés structurées de façon différente avec un éventail large de disciplines (archéologie, philologie, linguistique, littérature, anthropologie).

Le précédent rapport de conjoncture avait souligné les difficultés d'ajustement du périmètre avec la section 32 autour de la place des époques anciennes et « médiévales » et de l'archéologie « classique » des cultures d'Asie et d'Afrique. Sous l'égide de l'InSHS, une concertation a été menée avec cette section, ainsi que la 31. La section 32 a accepté d'élargir son périmètre aux problématiques archéologiques et pré-modernes de l'Afrique et de l'Asie (au-delà de l'Asie centrale qui en relevait déjà). L'archéologie des Amériques précolombiennes est de la compétence de la section 31 dont relève la principale unité du domaine. Cette section peut accueillir aussi les aires culturelles extra-européennes pour les périodes protohistoriques. L'archéologie des périodes modernes, les questions relatives au patrimoine industriel ou de l'archéologie préventive qui touche aussi à l'histoire de l'art continueraient de relever de la section 33. La concertation sur les périmètres devrait être poursuivie avec les autres sections relevant de l'InSHS, en particulier les sections 35, 36 et 40, pour les recherches sur les aires culturelles relevant de leur discipline.

En effet, il nous semble que le déséquilibre dans la distribution du potentiel de recherche entre CNRS et Université sur les aires non européennes ne peut qu'aller en s'aggravant avec la diminution constante du nombre de postes ouverts au concours du CNRS, non compensée par une augmentation du nombre de postes d'enseignants-chercheurs dans les disciplines rares du fait des modalités de formation. Malgré la qualité reconnue des travaux, de nombreuses spécialités ont déjà disparu ou sont en voie de disparition à l'heure où chaque crise internationale souligne l'importance des connaissances sur les aires culturelles pour les décideurs politiques comme pour l'ensemble de la société.

1.2. Unités de la section

Les unités dont le CNRS partage ou assure la tutelle ne représentent qu'une partie, relativement réduite, de l'ensemble des équipes de recherche travaillant dans les champs de la section, même si celles-ci ont l'ambition de jouer un rôle déterminant dans leurs domaines respectifs.

Le nombre d'unités rattachées à titre principal à la section (26 UMR, 1 UPR en cours d'umérisation, 9 USR dont 5 UMIFRE, 3 MSH, 1 USR (InVisu) sous la double tutelle de l'InSHS et de l'INS2I) n'a pas sensiblement varié depuis 2010. L'UMR demeure, à juste titre, le dispositif de recherche par excellence.

Le mouvement de concentration noté précédemment (il y avait avant 2005, 37 UMR) semble être achevé. Les regroupements avaient concerné principalement les unités d'aires culturelles. Souvent imposés, ils ont été généralement réussis du point de vue scientifique, car les équipes se sont attachées à proposer de véritables axes fédérateurs. Il est plus difficile d'apprécier si les « économies d'échelle » prévues par la mutualisation de moyens ont été réalisées.

À la section 33 étaient rattachées à titre secondaire 13 autres UMR en 2010 sur lesquelles la section a relativement peu d'éléments d'appréciation directe dans les conditions des comités de visite de l'AERES auxquels ne participent en général qu'un seul membre du comité national issu de la section de rattachement principal.

Depuis sa mise en place à l'automne 2012, la section a pu participer aux comités de visite des unités de la vague D (région parisienne). Elle a eu parfois à regretter des différences d'appréciation des conflits d'intérêt – l'AERES n'a pas toujours appliqué ses propres règles, plus floues que celles du CNRS – et surtout de la nécessité de la présence d'un IT à toutes les étapes de l'évaluation, huis-clos inclus. Certaines dates d'expertise ont été annoncées tardivement (parfois moins d'une semaine avant la visite), et les conditions matérielles (skype) n'ont pas toujours été satisfaisantes, notamment pour les UMIFRE. Une certaine confusion entre évaluation et notation a pu être remarquée. On sait que les modalités de l'évaluation sont en cours de transformation avec la loi relative à l'enseignement supérieur et à la recherche de juillet 2013 qui a remplacé l'AERES par le HCERES, mais elles n'ont pas encore été mises en œuvre à la date de la préparation du présent rapport.

Régulièrement déplorée, la concentration des unités en région parisienne n'a pas évolué. 19 des unités en rattachement principal ont conservé une implantation à Paris, parfois sur plusieurs sites. Le manque de locaux y est criant et peut constituer une véritable entrave à la vie scientifique collective. Les principaux organismes de cotutelle en région parisienne (EHESS, EPHE, ENS, Collège de France, Universités de Paris 1, Paris 4, Paris 7, Paris 10) n'ont en général pas varié sinon, parfois, par l'adjonction d'une nouvelle tutelle en lien avec l'établissement des PRES ou des regroupements d'équipes. Parmi les 7 UMR associées à l'EHESS, (CASE, CERCEC, CRH, CRIA, Centre Chine/Corée/Japon, CETOBAC, Mondes américains, IMAf), le CETOBAC est aussi associé au Collège de France, l'ancien MASCIPO devenu Mondes américains avec Paris 1 et Paris 10, le centre Alexandre Koyré avec le Museum d'histoire naturelle. Outre Paris 1, l'IRICE est désormais en cotutelle avec Paris 4 ; à la tutelle de Paris 4, le Centre André Chastel a ajouté une association avec le ministère de la Culture et le Centre Roland Mousnier a fait de même avec l'EPHE. L'IREMAM à Marseille et l'Institut d'Asie orientale à Lyon ont une association avec les instituts d'études politiques de ces villes, en plus des universités. L'IMAf (Institut des Mondes africains) est bilocalisé : Université d'Aix-Marseille et Paris (Paris 1/EPHE/EHESS/IRD) qui reste son implantation principale.

La répartition régionale dans l'hexagone des unités rattachées à la section est très éparpillée :

– Alsace : 1 (Maison Universitaire des SHS-Alsace) ;

– Basse-Normandie : 1 (CRHQ/Université de Caen) ;

– Bourgogne : 1 (Centre Georges Chevrier/Université de Bourgogne) ;

– Bretagne : 1 (CERHIO/Universités de Rennes 2, Angers, Lorient, Le Mans) ;

– Nord-Pas-de-Calais : 2 (IRHIS/Université de Lille 3 et Maison européenne des SHS) ;

– Provence-Alpes-Côte d'Azur : 2 (IREMAM et TELEMME)

– Rhône-Alpes : 3 (Lyon (IAO et LaRHRA/Universités de Lyon 3 et Grenoble 2, et Institut des Sciences de l'Homme/Universités de Lyon 2, ENSL).

La concentration de la recherche en Île-de-France est accentuée par le nombre de chercheurs et d'enseignants-chercheurs rattachés aux unités (165 chercheurs CNRS sur 212, plus de la moitié des enseignants-chercheurs relevant principalement du Pres HESAM à l'été 2014). Le phénomène est encore plus marqué pour les unités d'aires culturelles (11) où par ailleurs le poids des chercheurs CNRS est plus déterminant. Cela malgré le manque de locaux qui rend la vie collective et les invitations de chercheurs étrangers difficiles. La concentration en région parisienne des grands centres de fonds d'archives et de documentation – même si l'accès aux bases documentaires électroniques a changé la donne – et l'organisation de la formation universitaire avec les principaux établissements proposant des enseignements sur les aires culturelles rendent difficiles un renversement de cette situation, du moins à court terme.

Le réseau des 26 UMIFRE (instituts français de recherche à l'étranger) joue un rôle important, en particulier pour les recherches portant sur les aires culturelles extra-européennes, et contribue à l'internationalisation. Une partie de ces instituts sont devenus des USR (unités mixtes de service et de recherche) sous la double tutelle du ministère des Affaires étrangères (MAE) et du CNRS avec parfois l'association d'autres partenaires français et étrangers. Le CNRS peut donc leur affecter du personnel et des enseignants-chercheurs en délégation. Mais la tendance au désengagement du MAE et les conditions politiques locales peuvent remettre leur existence en question. Faute de moyens, les comités de visite de l'AERES pour l'évaluation de ces unités n'ont pu se rendre sur place et les conditions d'évaluation par l'AERES (une demi-journée par skype par exemple pour le Centre français de Jérusalem ou la Maison française d'Oxford) n'étaient à la hauteur ni des enjeux ni du travail effectué par ces unités. Les nominations et renouvellements de détachement des directeurs et des chercheurs de ces équipes ne sont soumis aux sections que pour information. À l'été 2014, 10 chercheurs de la section 33 se trouvaient dans ces unités. La satisfaction des demandes de délégation dans ces unités par les enseignants-chercheurs, comme de détachement de chercheurs CNRS, reste limitée par les contraintes budgétaires (surcoût dû aux indemnités d'expatriation) malgré l'intérêt de ces séjours pour l'avancement de leur projet et plus généralement pour l'internationalisation de la recherche française à laquelle est incitée la communauté scientifique. En association permanente avec les UMR, les UMIFRE jouent un rôle structurant pour les recherches sur les aires culturelles.

Une autre incitation importante est celle de la constitution de réseaux. Depuis le début de la mandature, un GDR principalement rattaché à la section a été constitué : Connaissance de l'Europe médiane, prenant en compte le renouveau historiographique qui a suivi la recomposition européenne depuis 1989. Basé à Paris, il regroupe une centaine de chercheurs et enseignants-chercheurs jusque-là dispersés dans 8 UMR, 1 UMS et 3 EA, sans compter des spécialistes en poste dans diverses universités. Le projet s'inscrit pleinement dans l'entreprise générale de décloisonnement des historiographies nationales à l'œuvre dans les pays de la zone et de restitution à l'Europe médiane de sa place comme « aire culturelle » dans le champ de la recherche française, tout en augmentant la visibilité internationale des participants, en synergie avec les IFRE.

Dans le cadre des reconfigurations autour de programmes dits d'excellence, on peut signaler que les unités relevant de la section 33 participent à 3 EQUIPEX (CASD, IDIVE, MATRIX) et 11 LABEX (CAP, COMOD, DYNAMITE, EHNE, HASTEC, IMU, ITEM, LABEXMED, SITES, TEPSIS, TRANSFERS). Majoritairement concentrées en région parisienne (9 sur 14, dont 7 dans le PRES HESAM), ces structures ont rendu la cartographie institutionnelle totalement illisible, sans que leur utilité soit toujours éclatante.

Les effets pervers du financement des équipes par l'ANR déjà mentionnés dans le précédent rapport (morcellement des budgets, complexité croissante de la gestion, déséquilibre dans la répartition des moyens entre les équipes, tensions internes, tendances centrifuges) se sont accentués à un moment de fortes contraintes sur l'emploi scientifique, y compris au niveau du personnel de soutien.

La section manque de recul et des données. Il est difficile d'analyser les résultats de cette reconfiguration du paysage de la recherche. Il est certain qu'elle ne va pas dans le sens de la cohésion et du travail collectif des unités, ni dans celui d'une politique à long terme, et encore moins dans celui de l'économie de moyens.

1.3. Les membres permanents des unités

Dans son rapport précédent de 2010, la section soulignait la difficulté à élaborer un rapport de conjoncture qualitatif pour un ensemble dépassant largement le seul cadre du CNRS qui ne représente numériquement qu'une part réduite des chercheurs relevant de son périmètre (15 à 20 % de l'ensemble des emplois permanents soit, à l'été 2014, pour un total de 1 373 personnes, 380 personnes (212 chercheurs, 168 IT) contre 993 personnes des institutions partenaires (827 enseignants-chercheurs, 26 chercheurs d'autres organismes, 140 IT). À cela s'ajoutent 107 post-doctorants, 1 952 doctorants et divers personnels contractuels ou temporaires. L'ensemble est estimé à 3 370 personnes, sans que l'on sache si les membres associés souvent très actifs, y sont comptabilisés. Absents des équipes d'accueil (EA) universitaires, les chercheurs CNRS sont par ailleurs très minoritaires dans les UMR (en moyenne 20 %), sauf dans celles des aires culturelles, comme évoqué plus haut. Le découplage entre l'évaluation des unités et celle des chercheurs qui résulte de la création de l'AERES pose problème pour les chercheurs se trouvant dans des unités en rattachement principal de la section 33, mais encore plus pour ceux qui appartiennent à des équipes relevant d'autres sections sur lesquels elle n'a pas d'information directe ou même indirecte. Quoiqu'encouragée par la direction de l'InSHS, l'interdisciplinarité peut en devenir une des « victimes » collatérales.

– Chercheurs CNRS

Le nombre de chercheurs rattachés à la section 33 et en activité est de 212 en 2014 (220 en 2008). Les départs n'ont donc pas été compensés par des recrutements, ni par une augmentation du nombre des enseignants-chercheurs dans les spécialités rares. Les perspectives pour l'emploi scientifique incitent d'autant moins à l'optimisme que pour le millier de personnels permanents (980), l'âge moyen des chercheurs et enseignants-chercheurs est de 50 ans (49,3 pour le personnel CNRS, 50,8 pour le personnel non CNRS). Le tiers des chercheurs CNRS a plus de 55 ans (dont 46 plus de 60 ans). Cinq chercheurs seulement ont moins de 35 ans. Le rapport de conjoncture de 2010 soulignait déjà que l'avenir était obéré, voire compromis dans certains cas.

La durée des thèses souvent plus longues que les « normes » officielles dans des domaines et des aires culturelles nécessitant un investissement important pour l'apprentissage de langues rares et difficiles, le travail de terrain et en archives, le nombre limité de contrats de recherche obligeant les jeunes chercheurs à travailler par ailleurs, la pénurie de postes, entraînent aussi un recul de l'âge au recrutement. La volonté affichée du CNRS de recruter au plus près de la thèse est dans les faits peu compatible avec la pénurie des postes, la pression, le nombre limité de candidatures en CR1, et inversement la possibilité de candidater en CR2 sans limite d'âge ni de nombre de candidatures ce qui met en concurrence des dossiers de chercheurs plus avancés avec ceux de jeunes chercheurs. L'évolution à la baisse du nombre de postes ouverts au concours des CR n'incite pas à l'optimisme. On est passé de 9 dans les années « fastes » (2008, 2011) à 7 en 2013 et 6 en 2014...

Au plan de la répartition par grade, on compte 136 CR (22 CR2, 114 CR1), 76 DR (43 DR2, 29 DR1, 4 DRCE). La parité a progressé globalement : 90 femmes sur 205 chercheurs en 2010 (44 %), 103 sur 212 en 2014 (49 %). La part des directrices de recherche (28 sur les 76 DR recensés) est passée de 27 à 37 %, ce qui est un peu supérieur à la moyenne du CNRS (26,7 %). Mais l'écart dans la progression des carrières reste fort : 6 femmes DR1 sur 29 (20 %), aucune femme DRCE. Le très faible nombre de postes ouverts à la promotion DR2 vers DR1 ou DR1 vers DRCE (dans ce dernier cas, il n'y en avait pas un par section de l'InSHS aux deux dernières campagnes) ne peut permettre de rattraper ce déséquilibre. Pour environ un tiers, la direction des unités est assurée par des chercheuses ou enseignantes-chercheuses.

– Enseignants-chercheurs

Il n'est pas de la compétence de la section d'évaluer les autres membres des unités (près d'un millier de personnes) dont on ne repère l'activité qu'à l'occasion des comités de visite des UMR en rattachement principal, à condition qu'ils y appartiennent. Une grande partie de la recherche des champs entrant dans le périmètre de la section s'effectue dans les EA. Plusieurs directeurs d'unité (qui sont d'ailleurs très souvent des enseignants-chercheurs) ont alerté la section sur le fait que les remplacements de ceux qui partent (en retraite ou en mutation) ne s'effectuaient plus par des profils équivalents, et que l'on assiste à des suppressions pures et simples de certains champs.

Une des conséquences de la LRU de 2008 a été que nombre d'enseignants-chercheurs affectés dans des UMR dépendant d'un autre établissement pour leur recherche ont été enjoints de revenir vers des EA de leur université de tutelle, même si cela ne correspondait pas à leurs axes de travail. Outre le risque d'isolement de ces chercheurs pour leurs travaux personnels, cela a pu mettre en péril la cohésion des UMR et plus généralement pose la question du partenariat du CNRS avec les universités.

Les délégations constituent un outil important de ce partenariat. Une partie importante des demandes concernent les SHS, notamment en histoire où le taux des chercheurs universitaires est beaucoup plus fort (environ 80 %) que dans d'autres disciplines telles que l'anthropologie par exemple. Ajouté au fait que le taux de réussite des candidatures (25 à 30 % en SHS) n'est pas proportionnel à la pression, les possibilités pour les enseignants-chercheurs d'obtenir une délégation sont réduites, malgré la qualité des dossiers. La dématérialisation des dossiers de candidatures a amélioré les modalités de l'évaluation des candidatures. Mais la décision finale qui appartient à la direction de l'InSHS en fonction de la nouvelle « politique de site » peut parfois conduire à des logiques plus institutionnelles que scientifiques, surtout en période de restrictions budgétaires.

– IT/IATOS

Dans cette catégorie, on compte 168 IT CNRS (dont 24 IR, 66 IE, 32 AI, 7 ATP) et 140 IATOS dans les structures relevant de la section 33. Il conviendrait aussi d'y ajouter des personnels contractuels (200 à 300) recrutés pour des tâches ponctuelles (organisation de colloques, gestion de projets ANR, de Labex ou de projets européens, etc.).

Faute de moyens pour une enquête rigoureuse et systématique, la section ne peut que se faire l'écho de savoirs pragmatiques acquis notamment lors des visites de laboratoires, effectuées avec l'AERES par deux membres du comité national, y compris un-e IT. Cette présence se révèle très fructueuse, tant sur le plan de l'analyse de la situation des IT au sein du laboratoire (notons que les chercheur-e-s des comités de visite sont en général assez peu sensibilisés au sort matériel et moral des IT et que, par conséquent la présence d'un IT est absolument indispensable) que de celle du fonctionnement général d'un laboratoire qui n'existe que par l'interrelation entre IT et chercheurs. Les observations faites lors de ces visites, appuyées et enrichies par les conclusions du rapport de Damien Cartron permettent de dégager quelques points dont l'évolution peu satisfaisante des carrières et le vieillissement de la population des IT. Des problèmes démographiques se posent avec acuité, en particulier pour la BAP D (sciences humaines et sociales), celle qui compte le plus d'ingénieur-e-s et la plus grande qualification disciplinaire, actuellement en voie d'extinction. Cette communauté se caractérise pourtant par une grande diversité des métiers (documentation, édition électronique, bases de données, lexicométrie, etc.) et par une importante production scientifique et technique (bases de données, blogs, sites web, publications électroniques, etc.).

Pour la plupart bien intégrés au monde de la recherche, les IT doublent leurs connaissances disciplinaires par des compétences techniques. Nombreux-ses sont celles et ceux qui animent des séminaires, participent aux projets collectifs, produisent et/ou publient. Le numérique rend indispensable une véritable synergie chercheurs/ingénieurs/techniciens voire une redéfinition des rôles, en tous cas une étroite coopération. Cette synergie existe dans quelques laboratoires et pourrait être plus développée, pour continuer à compenser l'absence en France de Digital Humanities Centers et impulser des projets où le numérique occuperait une place désormais nécessaire.

Faute d'un outil de mesure de leur activité du type Ribac, l'importante production des ingénieurs (publications et autres) n'est nulle part comptabilisée comme production du CNRS. Pour avoir une juste connaissance de l'ensemble des « produits » des laboratoires, il faudrait incontestablement prendre en compte ceux des ingénieurs. Le système actuel d'évaluation, différent pour les chercheurs et les IT n'est pas forcément adéquat. Une seule structure d'évaluation, du type comité national mais comprenant des représentants des divers corps de métiers, serait sans doute plus pertinente.

La diversité des activités d'un IT peut nuire à sa reconnaissance en termes de métiers. Néanmoins une des richesses incontestables du CNRS est aussi d'avoir un personnel « hybride », alors qu'une hyperspécialisation ne pourrait que l'appauvrir.